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O’NEILL MISSION

LE NOIR GAGNE TOUJOURS, TOUJOURS !
Par Cira Riedel - Photos O’neill & Cira Riedel

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CE SONT DES VOYAGEURS DANS L’ÂME. DES NOMADES MODERNES. TOUJOURS EN RECHERCHE ET EN MOUVEMENT. LES SURFEURS SONT LE CENTRE DE LEUR UNIVERS, ET TANT QU’ILS NE L’AVOUENT PAS ILS SONT SUR LA BONNE VOIE. CAR DERRIÈRE CHAQUE FALAISE PEUT SE CACHER LA VAGUE SUIVANTE ; VOYAGES ET SURF SONT DONC INDISSOCIABLES, CE QUI DISTINGUE CE SPORT DE TANT D’AUTRES. AVEZ-VOUS DÉJÀ ENTENDU PARLER, VOUS, D’UN SUPER TERRAIN DE VOLLEY PARFAIT, INTACT, UN TERRAIN D’ENFER, SUR UNE ÎLE INACCESSIBLE DE L’OCÉAN INDIEN ?

La mission ne se présente pas comme telle, mais c’en est une. 30 camping-cars pour neuf surfeurs talentueux participant à une mission de Freesurf Contest et pour nous, le reste des troupes, les fans enthousiastes de la discipline et autres “hanger’s on”, les gens d’O’Neill et la presse, un homme et sa guitare (ayant une formation d’électricien), un chien imposant, la cuisine nomade et de nombreuses mains secourables comme celles de Charles qui, tous les jours, orne nos camping-cars de nouvelles fleurs. Nous créons nos propres embouteillages, nos propres villages tels un cirque ambulant et, tous les jours, nous avons droit à un show.

Nous chaloupons en direction du nord le long de la côte atlantique française, pour trouver d’AUTRES vagues que les classiques “à l’Aquitaine”. Et tandis que nous bringuebalons comme des bouchons de liège à travers les petits villages de pêcheurs, où les ruelles sont étroites comme des boyaux, il me vient à l’esprit que nous avons franchi quelque part une frontière fondamentale et non signalée entre le sud et le nord. Entre le haut et le bas, entre l’endroit d’où nous arrivons et celui où nous voulons nous rendre. C’est ainsi que commence vraiment la mission.

Pointe de la Torche, Bretagne. Un champ celtique vert quelque part entre une église vieille comme Mathusalem et un café. Tous les soirs, les couchers de soleil se surpassent dans la veine dramatique et les petites rues mènent, à droite et à gauche, au néant, par de douces collines sans fin. Si j’étais une poétesse, il y aurait là vraiment de quoi faire des vers.

Nous serions donc en plein dedans. Des camping-cars à perte de vue… Un océan de bonheur ambulant en PVC (seuls des Hollandais comme les O’Neill d’Amsterdam pouvaient avoir une telle idée) ou encore des caisses de tricks pleines de moves, de turns et d’acid drops, car ils hébergent neuf surfeurs –  impossible d’en réunir de plus différents les uns des autres – et assurent un programme varié.

A côté de nous sont garés Julian Wilson et Jerrad Howse.

Julian Wilson est ce qu’il y a probablement de mieux dans l’histoire du surf, qui ne compte que 60 ans d’existence. Un génie du mouvement d’une dimension nouvelle. Un golden boy qui pourrait, sans tortiller, passer un casting pour n’importe quelle série de maîtres-nageurs sauveteurs. Même Kelly Slater dit qu’il est l’un des meilleurs acrobates du monde, qu’il incarne, en ce sens, l’avenir même du surf et est loin d’être un mauvais surfer de compétition, à 18 ans tout juste. Il est très complet, à l’aise sur les grosses vagues comme dans le classement WQS. On le cite dans un même souffle avec le Sud-Africain en pleine ascension, Jordy Smith. Quel que soit le “grommet” auquel on demande quelle est son idole, la réponse fuse à l’unisson : Julian Wilson dans Young Guns 3. Il a eu de loin le plus de succès auprès des surfeurs locaux dont certains sont simplement passés devant des pointures telles que Cory Lopez pour faire la queue devant le petit. Si nous étions dans un cirque ambulant, ce serait lui l’acrobate, c’est sûr, bien qu’il soit aux yeux de Justin Mujica le petit rat dans la fange du cirque. Ceci étant, celui-ci a affectueusement cligné des yeux en tenant ces propos. Julian, en revanche, décrit son art avec des mots plutôt simples, tels que “diversité” et “dynamisme”, en balançant sa jolie frimousse dans un turn, façon ralenti pour une pub de shampooing. “Inventer quelque chose de frais, de fou”. Après avoir tenu son rôle dans Young Guns 3, il est parti en mer du Japon et a débarqué avec un sushi roll. Il a beau affirmer que le move n’a rien à voir avec le bodyboard (et je m’étais proposé de ne jamais lui poser la question), la parenté étroite tombe pourtant sous le sens et mieux, sous la main. Car c’est une sorte de looping autour de son propre axe, la planche étant tenue entre les mains. Il lui aura permis d’atteindre une consécration à vie (voir portfolio).

Après une fête britannique très arrosée “positive drinking” sans limites, comme s’il ne devait pas y avoir de lendemain, le jour breton nous salue par une légère houle, à la grande joie des forains qui, avec une belle gueule de bois, offrent cependant un spectacle très réjouissant : des appuis tendus renversés sur des paddleboards et des acid drops depuis les bunkers allemands qui continuent à imprimer leurs traces profondes dans le sable français. C’est la première fois que je suis à une compétition de surf où les athlètes ont le temps de pousser quelques débutants dans les vagues. Nous formons une famille nomade, soudée et la fonction de rituel purificateur du surf apparaît encore une fois clairement, car tous sortent de l’eau sans maux de tête. On s’amuse avec les jet-skis et on réalise quelques aerials. Pour couronner le tout, Adam Robertson réussit un bel air, mais aussi à garder malgré tout suffisamment de vitesse pour enchaîner un solide “cave off the top”. C’est le surfeur le plus motivé des neuf et celui qui arbore le plus de taches de rousseur, toujours le premier dans sa combinaison et le dernier à en ressortir. Il a remporté le prix du “Spirit Of The Mission”, qui a été créé compte tenu de son enthousiasme effréné.

Pour les collègues, c’est tous les jours l’happy hour entre 5 et 7 et, avec l’attente de la houle et les averses occasionnelles, l’atmosphère ne manque pas de “gaieté”. Le troisième jour cependant, grise et parcourue de violentes tempêtes, la mer est même un peu démontée. Pas encore ce que l’on pourrait nommer un swell passable, mais tout de même. Je m’installe confortablement sous la tente, sur la plage mouillée, un crayon à la main, le regard fixé sur les petits points multicolores à l’horizon. Une superbe lumière tombe du ciel. Cory Lopez file dans un sifflement le long du bord supérieur de la vague, décolle et trace dans le ciel un demi-cercle aux couleurs de l’arc-en-ciel pour ensuite atterrir. Quelqu’un crie : “Cory, what did you kill out there ?” “It !” triomphe-t-il. Une autre voix pénètre dans ma conscience : “Et voilà de nouveau Adam Robertson sur sa 234 000e vague, ce qui porte son score à 1,145 million”.

Je ne m’en étonne pas… et continue à écouter attentivement : “A droite, voici de nouveau Jean-Jacques Dupont, ah non c’est Cory Lopez ! Hmmm, il ressemble à un ‘local’…”, lorsqu’un papillon bigarré arrive en virevoltant tout droit sur moi et se met à ricaner… Je me réveille dans un sursaut de frayeur, un appareil radio de l’équipe TV à la main. J’ai dû m’assoupir…

L’après-midi nous récompense d’une solide houle de 4 pieds et le tout prend une tournure plus sérieuse, lorsque l’on entend rire les jeunes gens jusqu’à la plage. Cory a une vraie chance sur le left et exécute quelques airs impressionnants, mais avoue que c’est Julian qu’il faut garder à l’œil ici.

Je m’assieds quelques instants aux côtés de Justin Mujica, 32 ans, père de famille, originaire du Venezuela et domicilié au Portugal. C’est un habitué de longue date, il a été plusieurs fois champion européen et on le reconnaît comme tel. Pourtant, il fait partie de ces athlètes qui ne se font jamais vraiment repérer… et ne sont jamais parvenus à se positionner aux yeux du public. On le voit parfois briller, mais on se questionne sur la structure.

J’aborde ce sujet avec lui : “Oui”, reconnaît-il, “cela m’arrive souvent. C’est peut-être une question de karma. A l’Highland Open par exemple, j’ai été très frustré et pas très content des juges”. Il prononce ces mots d’une voix traînante, presque ennuyée, avec un accent sud-américain inimitable. “Mais je commence à écarter les aspects négatifs, à me concentrer sur les choses positives et peut-être vais-je arriver à les attirer de nouveau. J’aime assez la compétition et les défis extrêmes. Je peux aussi me fâcher, être parfois faible. Et quelquefois, cela m’est complètement égal, alors je m’en remets à Dieu”. La session est terminée et nos plions bagage le lendemain matin pour nous rendre au prochain spot.

Nous continuons un peu en direction du sud et trouvons une line up surpeuplée que l’un des photographes commente par ces mots : “Même ma grand-mère et la Reine sont de sortie !”. Il est anglais. Le paysage est impressionnant et d’une élégance rare. Les falaises émergent de manière très masculine de la mer et même si la terre et l’eau sont clairement distinctes, la combinaison esthétique crée une symbiose émotionnelle. Impossible d’envisager un élément sans être impressionné par la proximité de l’autre.

De telles beautés naturelles font le sel du voyage et aussi de la mission. C’est également l’avis de Cory Lopez :

“Cela me fait plaisir de voir une autre facette de la France et d’être sur les routes. Je suis venu très souvent dans ce pays, mais je ne suis jamais monté aussi au nord”.

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Je lui demande comment les surfeurs locaux ont réagi dans l’eau lorsqu’ils ont vu passer un Cory Lopez pagayant à l’occasion d’une compétition Rush Guard…
Je n’ai pas vraiment pu parler avec eux, mais nous avons fait la fête ensemble ! Ils étaient, je crois, plutôt heureux de nous voir ici. Ce sont de braves gens. A la différence d’Hossegor où en tant que pros, nous n’avons pas toujours vécu de super ambiances. Je crois que nous sommes trop nombreux là-bas…
N’est-il pas parfois difficile de voyager avec tant de gens que tu ne connais pas ?
Non, ce n’est pas difficile, à part la grande diversité des langues qui crée une certaine distance. Et je me donne du mal pour m’en tenir à certaines règles et respecter les plannings. Sinon, je suis habitué à voyager seul, à faire cavalier seul.
Alors tu n’as sans doute pas eu trop de mal à quitter le Dream Tour ? (Cory ne participe plus au WCT depuis cette année).
Eh bien, cela marque un tournant décisif dans ma carrière. Je savais que ce moment viendrait, et que je serai un freesurfer. C’est arrivé plus tôt que prévu. Mais je suis là et j’en suis heureux. J’ai fait de nombreux trips incroyables cette année, comme par exemple les îles Galapagos. Nous avons eu des vagues fantastiques…
Est-ce que le WCT est réellement un tour de rêve ?
Oui, lorsque les vagues sont bonnes, ça l’est vraiment. Mais il arrive aussi que les vagues soient merdiques. Mais je suis maintenant sur mon propre Dreamtour, et c’est réellement mon rêve que je suis en train de réaliser. Petit, je n’ai jamais pensé vouloir devenir à tout prix surfeur de compétition. J’ai toujours simplement voulu être libre. Filmer et photographier. En ce moment, la moindre chose me remplit de joie. Je suis une personne positive et j’ai toujours eu du mal à dire non. Donc, quand quelqu’un veut m’emmener en voyage, j’y vais. Où que ce soit ! Je trouve difficile de rester à la maison. Mais mon amie vient habiter chez moi et peut-être que les choses vont alors changer.
Elle peut t’accompagner…
Oui, pour certains trips, mais le camping ce n’est pas vraiment son truc !
A quoi ressemble donc la liberté ?
C’est nouveau pour moi et je dois encore m’y habituer. Elle s’accompagne de nouvelles obligations et responsabilités. Jusqu’à présent, le tour me fixait un cadre temporel. Je peux désormais faire ce que je veux. Les seuls moments où je ‘dois’ être présent sont les events O’Neill. Mais cela me plaît. C’est l’aventure !
Et maintenant, qui a remporté les 25 000 dollars grâce à la meilleure vidéo et la meilleure musique que l’équipe du film s’est occupée, cette semaine, de monter au cours de longues heures supplémentaires ? Je vous le dis, le noir l’emporte toujours.

1. Julien Wilson – noir (musique : Swollen Members – à écouter absolument)
2. Cory Lopez – bronze
3. Adam Robertson – bleu (Spirit of the Mission Award)
4. Tim Boal – blanc
5. Justin Muijca – vert clair
6. Hugo Savalli – orange
7. Michel Bourez – jaune
8. Jarrad Howse – vert foncé
9. Ian Walsh – lilas

& Winner Amph Progression Award: Julian Wilson

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