ABLE TO RESIST
Par Cira Riedel - Photo: Al Mackinnon
NOTRE SYSTÈME ÉCONOMIQUE MONDIAL PART DU PRINCIPE QUE LES RESSOURCES SONT INÉPUISABLES. UN POSTULAT BIEN ENTENDU IRRÉALISTE. NOUS SOMMES ASSIS SUR UNE BOMBE À RETARDEMENT ET NOTRE PLANÈTE VA SIMPLEMENT FINIR PAR NOUS LAISSER MOURIR DE FAIM, TELS DES PARASITES GÊNANTS. PEU IMPORTE QUE NOUS PERCIONS ET GRATTIONS, DEMANDIONS ET MENDIONS, ELLE NE DONNERA PLUS RIEN. NOUS PENSIONS JADIS QU’ELLE ÉTAIT PLUS GRANDE QUE NOUS. UN HÔTE GÉNÉREUX, UNE SOURCE INFINIE. NOUS NE TOUCHONS PAS ENCORE AU TERME, MAIS NOUS L’APERCEVONS DÉJÀ ET FORCE EST DE CONSTATER QUE NOUS SOMMES DEVENUS PLUS GRANDS QU’ELLE. TROP GRANDS.
Nous sommes si intensément et profondément touchés par cette perspective que le développement durable est désormais incontournable dans le commerce de tous les jours (”catastrophe climatique” était le mot de l’année 2007 en Allemagne). Cela tape réellement sur les nerfs de bon nombre de personnes. Dès que l’on aborde le thème de l’écologie, les gens roulent les yeux et l’on entend : “Oooh, tout le monde s’affiche ‘bio’, mais ce n’est que du bluff, etc.”..
Nous sommes confrontés à une jungle d’informations et de publicités, de normes ISO et de labels, à des interdictions plus nombreuses que les autorisations. Rares sont, dans notre secteur, les véritables experts. Les critiques nombreuses – très nombreuses – fusent, ainsi que les accusations d’hypocrisie.
Répondant à l’un de mes courriels acérés, Marco Dalla Bona (de Ondas, un distributeur suisse) met les points sur les i concernant les critiques : “Il est très difficile, pour une petite marque, d’avoir une production écologique. Si tu me poses la question, une seule société est un “real shit” : il s’agit de Patagonia. Cela fait maintenant 20 ans qu’ils utilisent tout l’arsenal des thèmes écologiques, et ce dans tous leurs produits. Mais Coop et Migros font également du très bon travail sur le thème bio, notamment le coton bio. Ils possèdent au moins 5 ans d’avance sur Marks & Spencer, Karstadt ou Carrefour, etc. Toutefois, leur écobilan est problématique : une grande part de leur coton bio provient du Burkina Faso, en Afrique, et est acheminé en Inde par bateaux-conteneurs pour y être tissé et confectionné. Entre ces sociétés viennent se glisser toutes les entreprises américaines avec quelques articles en coton bio dans leur collection. Elles se contentent de participer parce que cela donne une bonne image et la plupart du temps, il n’y a rien derrière. Le coton bio, c’est cool, mais le problème principal est que la plante de coton appauvrit les sols et 1000 litres d’eau sont nécessaires (voire plus, de 4000 à 40000 l selon les terrains cultivés) pour fabriquer 1 kg de coton textile tissé ou tricoté. C’est ainsi que le niveau des nappes phréatiques baisse dramatiquement à Tirupur, en Inde. Mais nous, occidentaux, sommes en fait plutôt niais et pensons : “Super, ce produit est bio”. Alors nous l’achetons sans nous poser la question du bilan écologique global. Je me suis beaucoup occupé de ce sujet et j’ai également collaboré avec Max Havelaar”.
Marco Dalla Bona n’est pas le seul à émettre ce genre de critiques. C’est pourquoi nous nous sommes mis à rassembler des informations. Des informations très concrètes et à peu près transparentes, sur qui fait réellement quoi dans les sports de glisse, dans un sens plus écologique. Cela s’est révélé être un voyage passionnant et nous nous sommes aperçus que cela bougeait plus que prévu dans cette voie. Bien sûr, on voit vite que certains ne font que participer et ne se préparent pas, de manière systématique et stratégique, à une conversion entièrement orientée sur le développement durable. On reconnaît souvent ces entreprises au fait qu’elles intègrent une “ligne éco” supplémentaire à leur production au lieu d’adapter lentement leur collection et de penser à quelque chose de l’ordre d’un écobilan. D’autres en revanche, petites ou grandes, abordent le problème, pleines de bonne volonté et en appliquant des concepts réalisables. Dans ce cas, la tendance ne se réfère pas seulement au produit, mais aussi aux bâtiments et à l’orientation verte de la philosophie d’entreprise, surtout chez de grandes sociétés telles que Quiksilver et Soletech (Etnies) par exemple, ou comme Rip Curl qui travaille à de nombreuses approches très individuelles visant à économiser ses déchets et à les recycler en d’autres produits (ex. la transformation des déchets de combinaisons néoprènes en sandales). De plus en plus souvent, des sociétés (dont Reef) engagent des personnes dont le métier consiste à apporter toutes informations relatives à ce sujet et à élaborer des stratégies qui suivent des objectifs plus écologiques et, dans le meilleur des cas, durables.
Nous vivons une période de crise, une époque d’”appauvrissement de la nature” et sommes redevenus créatifs. La “société bourgeoise” se repose sur ses acquis que l’on ait une existence financière assurée ou que l’on vive dans un pays de Cocagne naturel. Mais l’époque du superflu et de la consommation avide, sans prise en compte des conséquences, est révolue. On se demande quel produit peut encore avoir le droit d’exister et, aussi étonnant que cela puisse paraître aux fashion victims, il y aura peut-être même, un jour, des règles établies à ce sujet.
Le fait est que nous ne vivons pas encore dans un système économique durable et que nous trouvons importants, incertains et compliqués les efforts à déployer pour trouver de nouvelles voies. Patagonia est citée comme pionnière dans chaque entretien. Souvent (malheureusement) on entend comme excuse : “Nous ne pouvons pas faire comme Patagonia, parce que nous sommes cotés en bourse ou nous devons servir nos intérêts financiers, etc.”. Une déclaration qui confirme que le problème ne relève pas seulement de notre propre attitude, mais aussi de la politique économique qui, je le répète volontiers, se fonde sur l’image irréaliste d’une planète aux ressources inépuisables.
Pourtant, nombreux se retranchent derrière la critique et pensent que puisque les choses sont si peu claires et rarement écologiques, ils ne devraient carrément rien tenter du tout. Ils restent inactifs jusqu’à ce qu’ils soient acculés ou qu’une meilleure solution voie le jour. Cette attitude est légitime, même si l’on ne peut pas vraiment dire de ces personnes qu’elles aient beaucoup contribué à améliorer la situation.
L’écologie ne laisse personne indifférent. Tel camp utilise le bio parce que c’est de bon ton, tel autre critique ce “greenwashing” exploité à des fins de marketing. Mais en fin de compte, peu importent les raisons des productions plus écologiques, tant que cela reste à l’ordre du jour. Des connaissances accrues et des stratégies éprouvées, plus transparentes, finiront par créer un ordre nouveau.
Quoi qu’il en soit, l’industrie vit grâce à cette vague quelque chose qui ressemble à un deuxième printemps. Cela fait plaisir d’entendre les défenseurs d’une gestion durable, des simples enthousiastes aux militants, et l’on découvre des projets affichant une réelle bonne volonté d’améliorer le monde dans des domaines dont on ignorait totalement qu’ils posaient des problèmes. Voilà ce que j’appelle du dynamisme !
Vous trouverez dans le tableau suivant un aperçu des marques qui prennent position sur le sujet : nous ne prétendons pas être exhaustifs. Certaines sociétés n’ont pas répondu, tandis que d’autres élaborent encore leurs stratégies et il est encore simplement trop tôt pour se prononcer officiellement. Il est toutefois important que cette déferlante soit un élan passionné. Elle ramène la vie et le respect, s’appuie sur nos valeurs, car nous sommes, nous surfeurs et snowboardeurs, intensément et inéluctablement dépendants de la nature et de ses caprices. Sortir de l’eau un sac en plastique lorsqu’on pagaie sur la line up, c’est terrible. Ne plus avoir de poudreuse, c’est dévastateur. De même, il est rebutant d’apprendre que les ouvrières chinoises accouchent d’enfants malformés en raison de nos teintures mode. Je ne cherche ni le racolage ni le sensationnel. Je porte aussi des couleurs et ne sais pas qui est la personne qui s’est écorché les doigts pour moi, et sur quoi. Je souhaite juste qu’il soit plus simple de vivre “bien”. Consommer moins, y compris les matières premières. Recycler. Etre, somme toute, plus simple et plus modeste.
Et même si cela va presque à l’encontre des besoins fondamentaux de l’homme, c’est notre attitude qui fera la différence entre être et non-être.








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