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XAVIER ROSSET

3OO JOURS SUR UNE ÎLE DÉSERTE AU TONGA…
Par Corinne Tâche-Berther - Photo: Xavier Rosset

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VOUS AVEZ BIEN LU. LE 2 SEPTEMBRE, XAVIER EST PARTI À LA RECHERCHE DE LUI-MÊME SUR UNE ÎLE DÉSERTE AU TONGA, À 80 KM DE LA VILLE LA PLUS PROCHE. NOUS AVONS INTERVIEWÉ L’EX-ARGENT DU SNOWBOARD DE L’XTREME QUELQUES JOURS AVANT SON DÉPART POUR CETTE INCROYABLE AVENTURE :

Xavier, raconte-nous ton projet…
C’est une aventure unique au cœur de la nature, un retour en arrière de 10’000 ans pour vivre comme nos ancêtres. 300 jours en solitaire sur une île inhabitée, voilà le projet qui trotte dans ma tête depuis plus d’une année. Apprendre à s’adapter, à faire du feu, à pêcher en bord de côte, construire un abri en feuilles. Toutes ces expériences que nous, hommes modernes, avons oubliées au profit d’une évolution plus industrielle que personnelle. Le but de cette aventure est de réaliser un documentaire de 52 minutes en français et anglais afin de faire partager cette nouvelle manière d’aborder les choses de la vie, de voir quelles sont les vraies motivations de notre civilisation et aussi notre rapport à la nature. Le projet aura une connotation environnementale en collaboration avec Summit Foundation.
C’est un challenge où l’argent, la puissance et la gloire n’ont pas de place. C’est l’essence pure de la vie : juste vivre ses rêves et les faire partager. Vous êtes-vous déjà demandé si vous étiez vraiment heureux et épanouis dans ce que vous faites ?

Comment t’es tu préparé ?
Cela fait maintenant 14 mois que je prépare cette expédition autant sur le plan physique, psychologique que financier. Physiquement, j’ai pris 14 kg de masse en vue de l’adaptation qui durera au minimum un mois. La préparation mentale est venue avec la progression du projet. Les techniques de chasse et de pêche sont super importantes autant que la manière d’obtenir une flamme avec deux simples bouts de bois. Il faut aussi apprendre à reconnaître les végétaux comestibles pour ne pas s’empoisonner tout seul au milieu de nulle part.

Est-ce que tu as peur ?
Je tremble à l’idée de le faire, c’est vrai, mais je tremble d’impatience. La peur fait partie de l’homme. Nous avons peur quand le contrôle nous échappe, donc pour l’instant non je n’ai pas peur. Je pense pouvoir relever ce fabuleux challenge dans les meilleures conditions possibles et en revenir grandi. Les inconnues sont multiples et il y a un risque que je doive écourter mon séjour en cas d’incident majeur.

Comment vas-tu communiquer avec le monde extérieur ?
Chaque semaine, une mini-vidéo sera mise sur le site Internet xavierrosset.ch. Vivre ce challenge c’est bien mais le faire partager c’est encore mieux. Pour cela, une antenne satellite m’accompagnera ces dix mois. Cette antenne me servira également à contacter les secours en cas de gros pépin. Par contre, je n’animerai pas de blog, personne ne pourra me contacter. Je n’aurai pas non plus accès à Internet et l’envoi des données se fera en circuit fermé.

Comment vas-tu te nourrir ?
Bananes, homards sauce coco, crustacés au citron, assortiment de poissons à la broche et crabes braisés seront ma principale source alimentaire, sans oublier une petite salade de saison. Ça fait rêver… En fait le premier mois ça va plus ressembler à des petits crustacés pas beaux avec un goût de chiotte mais bourrés de vitamines, du lait de coco, et j’espère arriver à faire du feu dans les huit à dix jours. Sinon ça ne va pas être de la tarte. Challenge….

Tu ne vas donc pas quitter cette île durant dix mois ?
En théorie pas. Sauf en cas de médicalisation d’urgence. Par contre, je pense fabriquer une sorte de radeau pour pouvoir poser des cages de pêche en bois fabriquées main. Cela me permettra aussi d’explorer l’île depuis les côtes car elle est énorme : 64 km2 de forêt semi-tropicale dense avec plus de 30 km de côte. Il n’y a pas de plage de sable non plus comme dans les films car c’est une île volcanique avec un gros cône et un lac de lave en activité en son centre.
La température variera entre 25 et 32 degrés, avec des ouragans pendant les quatre mois de la saison des pluies. Une heure est nécessaire pour parcourir 500 mètres à grands coups de machette. Calme et zenitude bienvenue.

Quels sont les objets que tu amèneras avec toi ?
Mon matériel de survie se limite à un couteau Wenger, une machette et une trousse de secours. Le reste est le matériel électronique pour le documentaire et les panneaux solaires Flexcell. Le tout sera dans une Peli Box étanche. Un sac spécial Tatonka avec une armature métallique en L me permettra de transporter cette surcharge de poids : 30 kg environ. Je pars également sans vêtements de rechange, juste ce que j’ai sur moi. Je me ferai des jupes en feuilles. Faut imaginer, mais ça va être vraiment bien… lol.

Quel a été le déclencheur ?
Le snowboard m’a permis de voyager autour du globe, principalement en montagne. J’ai pu rencontrer des gens fabuleux avec le coeur sur la main et vivre des expériences extraordinaires, comme tout voyageur. J’avais envie de quitter le monde magique des hauteurs pour découvrir d’autres endroits que l’homme n’a pas encore dominés. Cela devient de plus en plus difficile. Il y a 10’000 ans les humains s’adaptaient à la nature qui les entouraient, maintenant c’est l’homme qui transforme la nature à sa guise. Pas très cool pour patchamama (terre).

Tu ne vas donc voir personne ?
Pour rejoindre l’île par beau temps, cela prend cinq heures de vieux bateau en bois de 7 mètres au milieu des creux du Pacifique Sud. Croyez-moi, c’est déjà une expédition juste pour rejoindre l’île. Normalement je serai seul au monde. Peut-être qu’un volcanologue viendra pour étudier le volcan, mais j’en doute. La première civilisation est à 80 km. D’autres créatures endémiques seront mes amis. J’aurais mon Wilson à moi, mais je l’appellerai IMT, c’est plus fun.

Est-ce que tu as un plan B si ça échoue ?
Plan A : Tout roule pendant 10 mois, je rentre et c’est la fête.
Plan B : Je rencontre plein de problèmes et les résous, je rentre et c’est la fête.
Plan C : J’attrape une septicémie et appelle les secours qui arriveront dans les 5 jours au pire, en espérant que ça suffira, je guéris et c’est la fête.
Plan D : Je ne reviens pas et sers de garde-manger à une horde de vers affamés qui deviendront de belles mouches locales. C’est la fête pour les vers.
Perso, je n’aime pas trop le Plan D car y a moins la fête pour moi.

Comment vas-tu gérer le manque de sexualité…
Avec mon pote IMT on va faire des trucs de fou, tout nus sur les cailloux abrasifs de l’île, ça va être bien. Non sérieux, ce n’est pas une question qui me travaille trop. Il y a des gens qui ont 87 ans et qui n’ont jamais “trempé le biscuit”. Je devrais bien tenir dix mois. Sinon j’aviserai…

Tu peux devenir dingue, as-tu déjà pensé à ça ? Et si c’est le cas, comment aimerais-tu vivre par la suite…
Tu sais, quand tu n’as aucune limite exceptée celles que tu te fixes, c’est à toi de gérer les expériences que tu as envie de vivre, enfin, celles que tu peux choisir. Toute expérience comporte un début et une fin. Quand la fin arrivera, je saurai que je dois rentrer et reprendre les bases pour vivre dans notre système si compliqué où politique se mélange trop avec pouvoir et argent.
D’ailleurs, je ne sais pas qui est le plus fou : celui qui accepte le système actuel comme un mouton sans se poser de questions, ou celui qui se dit qu’il a envie de suivre ses propres règles…

Qui sont tes sponsors… et pourquoi te soutiennent-ils ?
Les partenaires financiers ont été difficiles à trouver de par la nature “roots” de l’expédition. Plus que des sponsors ce sont des partenaires passionnés qui s’engagent. Les sociétés qui ont rejoint le projet ont joué la carte du coup de cœur. Mes sponsors trouvent le projet à la hauteur du bonhomme et seront derrière moi aussi en cas de coups durs. Ils sont divisés en partenaires “finances, matériel, et prestations”.

En voici les sept principaux que je profite de remercier via le 7sky…
1. Instruments & Mesures du Temps SA, horlogerie de pointe, Lausanne, une team de winners.
2. Eli Lilly, société pharmaceutique à Genève, qui ose sortir des sentiers battus.
3. Les Elfes Internationales, camps de vacances à Verbier et dans le monde.
4. Philippe Roux Sports, le magasin m’a toujours soutenu depuis ma tendre enfance.
5. Wenger, la marque de couteaux suisses par excellence, qui sera mon outil de survie.
6. Pateco, société de conseil qui m’a appuyé depuis les premiers jours de préparation.
7. AMB, l’assurance du bagnard qui veut bien vivre dans les montagnes ou ailleurs.

Matériel : Summit Foundation, Sur Mesure Concept, Tatonka, Peli Product, Grimm, Flexcell, Open Air, Dakine, Columbia, Agence Synopsism, FS Communication, ASC Valais.

www.xavierrosset.ch

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