JONAS EMERY
SUR LES TRACES DE SON ÊTRE
Par Corinne Tâche-Berther & Cira Riedel – Photo Christophe Margot
QUI NE CONNAÎT PAS CET EXCEPTIONNEL JONAS, L’ÉTERNEL ADEPTE DU ZEN QUE L’ON SURNOMME DÉJÀ L’ABBÉ JONAS? L’UN DES RARES FREESTYLERS QUI S’EST CONVERTI AU FREERIDE, ET QUI DEPUIS MAINTENANT 2 ANS PARTICIPE ACTIVEMENT AU NISSAN FREERIDE WORLD TOUR EN TANT QUE MASCOTTE DE L’ÉQUIPE. UN BEAU JOUR D’ÉTÉ, SUR LA TERRASSE DE NOTRE BUREAU DE CRISSIER, NOUS NOUS SOMMES LAISSÉ EMPORTER DANS LA PROFUSION DE CET ÊTRE CAPTIVANT.
On ne peut poser une question simple à Jonas et espérer de lui une réponse qui n’est pas complexe. Il sera constamment prolifique, universel. Un magicien se fiant à la loi du cosmos, qui considère la vie comme un grand voyage propice au développement, et à la prise de conscience. Les quelques questions-réponses qui suivent constituent les extraits d’un long et complexe entretien..
Quels sont les trois cycles par lesquels tu es passé dans le snowboard jusqu’à présent?
Celui de la curiosité qui m’a amené à être passionné, et qui par maintes expériences m’amène à un sentiment bien plus global, qui est l’amour.
Peux-tu nous parler de l’espace-temps?
C’est vivre l’unité avec la vie dans l’action, en dehors de tout mental… Je veux dire par là qu’avant d’entreprendre un saut ou une ligne, on se programme mentalement. C’est ce qui nous sort du présent, pour mieux le retrouver dans le mouvement. C’est justement dans cette action qui, vécue avec un immense lâcher prise, nous amène dans cet espace-temps ou l’on est tout simplement une rivière qui coule, jusqu’à bon port, où nous attend notre mental, qui tente ensuite de revivre ou d’analyser un moment bien trop puissant pour lui.
Qu’est-ce que tu recherches dans la vie? Qu’est-ce que tu as déjà pu assimiler et expérimenter?
Ben… peut-être moi-même (moi m’aime)…
En quoi le snowboard t’aide-t-il dans ta voie?
A être à l’écoute de mon être intérieur, à expérimenter les lois universelles de l’harmonie dans un sport où la relation de cause à effet est des plus directe… On apprend vite à ne pas se mentir afin de ne pas avoir à vivre la douleur physique.
Tu as été projeté dans le freestyle sans vraiment en faire partie… Points négatifs et points positifs qui en résultent?
Je me suis projeté dans le freestyle sans vraiment en faire partie dans le sens où tout le fashion qui en découle ne m’a jamais trop fondamentalement parlé… ce qui en effet m’a un peu différencié de la scène et me permet à présent de travailler sur mon identité dans un milieu très conditionné.
Est-ce que les contests freestyle sont encore attirants pour toi?
Personnellement, en termes de ride non, car je me sens attiré vers d’autres expériences… mais cela dit le TTR est vraiment le style de contest dont je rêvais à l’époque, et c’est sûr que j’en aurais fait partie.
Pourquoi? Pourquoi pas?
Parce que j’ai l’impression que ce tour se veut plus créatif en termes d’obstacles et de formats de courses tout en subissant, hélas, toujours d’énormes pressions venues des médias et des industries, qui sont naturellement à l’image d’un inconscient collectif qui se veut compétitif et limitant.
Qu’est-ce qui te motive au Freeride Tour?
L’échange avec des hommes d’expérience et la motivation réciproque qui en découle m’amènent à parfaire mon apprentissage… et le fait d’avoir renoué avec la compet’ me pousse aussi à observer les différents états que mon ego, avec tout son bagage, ses attentes et jugements me fait vivre.
Tu as découvert l’air… En quoi la glisse en l’air est-elle différente de celle sur la neige?
Elle n’est pas si différente, dans le sens où les principes vitaux sont les mêmes… Mais en termes de sensations et de visuel il est sûr que le parachutisme permet un espace de jeu en 3D incomparable avec tout autre sport de glisse… Je dirais que le base jump se rapproche plus du ride, par sa proximité avec la terre et par l’écoute des éléments. Quant aux autres moyens d’expression aérienne comme le parapente ou le deltaplane, je n’ai pas eu l’occasion de les tester.
Quel est l’aspect en toi que tu souhaites développer?
Mon intuition.
As-tu déjà une idée de vers où tendra ton avenir?
Oui et non, disons qu’à l’image de la marche, j’ai certains buts qui se trouvent encore à des kilomètres, d’autres à quelques mètres, mais mon attention se porte plus aux centimètres devant moi, et en même temps, bien sûr, je jette quelques coups d’œil à gauche, à droite, un peu en avant, histoire de ne pas tomber dans un trou ou de me perdre en chemin.
Quelle est la différence entre être et paraître?
Elle est généralement assez simple à cerner dans pas mal d’endroits, du style snowpark, dropzone, surf spot…. je veux dire par là que l’habit ne fait pas le moine !!!
Entre connaissance et savoir?
La connaissance, c’est d’avoir une idée sur une chose, alors que le savoir c’est de l’avoir vécue.
Entre réalité et vérité?
La réalité, c’est de voir une ligne droite quand, en vérité, il n’y en a aucune.
Entre échappatoire et justesse?
C’est de faire ou ne pas faire les choses en accord avec son être.
Entre amour et passion?
La passion a des limites que l’amour n’aura jamais.
Entre vertical et horizontal?
Essayons d’être au centre, du moins le temps de ce voyage.
Entre vrai pouvoir et argent?
Un vrai pouvoir nous montre en vérité que l’argent n’en a aucun.
Entre glisse et sport?
ça dépend de l’état d’esprit de chacun, certains feront de la glisse un sport, quand d’autres s’appliqueront à glisser dans un sport.
Entre noir & blanc?
Aucune, car l’un n’existerait pas sans l’autre.
Est-ce qu’il faut mourir pour renaître en être spiritue? Si oui, comment?
Oui. En mourant dans sa personnalité, afin de réellement se re-connaître.
Comment devenir un être spirituel? Un observateur?
En commençant par s’observer soi-même sans aucun jugement.
Quel est la différence entre un être spirituel et une personne religieuse (dépendante d’une église)?
L’un vivra sa spiritualité comme un life style à travers sa propre et unique expérience et de là en découlera une connaissance, quand à l’autre ce sera un savoir de plus, emprunté à d’autres en guise de soulagement de sa conscience.
Comment es-tu perçu dans ton environnement avec ta spiritualité?
Eh bien figure-toi que depuis quelques temps on m’appelle l’abbé Jonas (rires)… Sincèrement, j’en sais rien. Je m’en fous, et je dirais même que faire du snow est un acte spirituel dont peu ont conscience… donc finalement je suis loin d’être le seul dans le milieu.
Est-ce que tu sens que l’humanité s’ouvre de plus en plus à ces énergies, ou crois-tu qu’elle aura encore longtemps besoin d’expérimenter le matérialisme, les guerres, le trop-plein?
A mon avis, tout est relativement juste, dans le sens où l’humanité a eu le devoir d’expérimenter tout cela afin de se remettre en question pour mieux avancer, un peu à l’image d’un enfant qu’on élève.
Quelle est la plus grande compréhension que tu as eu dernièrement?
De savoir que sur une exit il ne faut pas marcher sur sa drisse !
Peux-tu nous expliquer le rapport à ton corps, le respect que tu lui portes, ce qu’il fait pour toi, comment on peut l’entraîner, le maîtriser comme tu le fais?
En l’aimant, en l’écoutant, en le laissant vivre les mouvements dont il a besoin… en le considérant comme un royaume composé de milliard de cellules plus vivantes les unes que les autres, et en laissant à son locataire la totale liberté de le gérer comme bon lui semble.
Comment peux-tu arrêter le flux de tes pensées?
En les observant pour mieux les dissocier de qui on est en vérité.
C’est quoi la liberté pour toi? Qu’est-ce qui te la procure?
Nous sommes la liberté, encore faut-il n’avoir aucune peur pour mieux la vivre.
Que signifie l’argent pour toi?
Une énergie qui se doit de circuler, afin de donner la chance à chacun de vivre son jeu de la vie.
Et quels sont tes investissements personnels?
Des jouets…
Et pourquoi, au niveau du sport, dois-tu toujours aller encore plus loin?
Pour ne pas avoir de regrets
Est-ce que tu ferais la même chose si tu avais des enfants?
Mais bien sûr, d’ailleurs j’en ai eu plein… dans d’autres vies ! (rires)
Sponsors: Rossignol, Vutho & Arnette


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