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RENÉ H

“CHAQUE TRAVAIL A SON TEMPS ET SON IMPORTANCE”
By Corinne Tâche-Berther & Cira Riedel – Photo Dean Blotto Gray

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IL POURRAIT BIEN ÊTRE LA PERSONNE LA PLUS CRITIQUÉE DU MONDE DU SNOWBOARD. RENÉ H., SENIOR CHEZ BURTON, DIRECTEUR GLOBAL EN FONCTION DU BRAND MARKETING ET GLOBAL TEAM MANAGER, N’A PAS RENOUVELÉ LES CONTRATS DE CERTAINS COUREURS DE SON ÉQUIPE. NOUS AVONS INVITÉ LE PAPA DE 37 ANS À VENIR S’ASSEOIR SUR LE CANAPÉ DU NOVOTEL DE ZURICH, PENDANT LE FREESTYLE.CH.

René, tu viens de devenir papa. En quoi est-ce que ça change ta vie ?
L’importance de la vie est mise en lumière. Les êtres humains ont toujours été très importants pour moi, mais quand tu es papa, tu prends encore plus conscience des sentiments des autres, et tu gagnes en empathie. Traite les autres comme tu aimerais qu’ils te traitent.

C’est exactement le sujet de cette rencontre. Comment en êtes-vous arrivés à cette série de licenciements ?
D’abord, j’aimerais mettre au clair le fait que les riders n’ont pas été licenciés, nous n’avons simplement pas renouvelé leurs contrats. C’est une énorme différence. Le plus difficile est que tu suis ces jeunes gars, depuis qu’ils ont 14 ou 15 ans. Ils ont grandi avec toi. Tu les vois passer du stade de garçon à celui d’homme. Le problème est que tout un chacun a une date limite, surtout les athlètes. Ce moment sensible doit être traité de manière correcte et loyale. On doit en parler, et l’on a besoin de gens qui les aident à se préparer à la vie d’après la carrière de snowboardeur, la carrière de leurs rêves. C’est pareil dans toutes les disciplines sportives, mais ça devient encore plus difficile quand un sponsor géant comme Burton se retire. Ce type d’accords a autant d’avantages que d’inconvénients. Tu perds celui qui te sponsorise de la tête aux pieds. Et les biens en nature sont généralement plus importants que les salaires. De plus, beaucoup de riders veulent profiter des meilleurs produits et de la meilleure promo. C’est à double tranchant. Celui qui pense qu’il échappera à ce genre de décision est inconscient. C’est magnifique de créer quelque chose de nouveau, de découvrir un talent, mais c’est également très difficile et contesté, de devoir se séparer d’amis qui ont tant donné au sport, à la marque, et à soi. Tu peux me croire, j’ai passé pas mal de nuits blanches ces derniers temps.

Justement, comment se fait-il que vous n’ayez pas réussi à éviter que tant de riders se sentent traités injustement ?
La seule chose que j’ai à dire à ce sujet est que les riders, en se sentant lésés, ne sont pas honnêtes avec eux-mêmes. La plupart savent pourquoi leur contrat n’a pas été renouvelé. Quelques-uns avaient une chance de le faire, mais ils ne l’ont pas saisie. Ça ne veut pas dire que je ne regrette pas la manière dont certains cas se sont terminés.

Prenons le cas Romain de Marchi:
Ces gars doivent s’améliorer constamment s’ils veulent garder leur place au sommet. Romain est un bon exemple. Il était certainement, avec Travis Rice, le snowboardeur le plus inventif qui n’ait jamais existé. Ses performances étaient d’un autre monde, bien qu’il n’ait pas tout à fait retrouvé ses pleines capacités après sa blessure, ce qui n’aurait pas été un problème fatal, s’il avait su se réinventer. Voilà pourquoi il était difficile pour Burton d’accorder les dédommagements qu’il avait imaginé recevoir. On doit pouvoir s’entendre. Si on ne trouve pas d’accord, nous devons prendre des chemins différents. Si c’est possible, nous donnons toujours une seconde chance, mais ça implique des responsabilités partagées. Romain l’a bien compris. Il est une grande perte pour Burton, puisque, depuis le début de sa carrière, nous avons beaucoup investi en lui. J’ai toujours été admiratif de sa capacité à vivre sa vie de manière aussi extrême, jour après jour. J’ai le sentiment que nous étions “utiles” à Romain, mais ça ne suffit pas pour une collaboration pleine de succès. Et malheureusement, le dialogue avec les riders s’arrête souvent quand il faut parler argent. Puis s’en mêlent les agents. C’est ce qu’il y a de plus compliqué et pénible dans la relation entre agents, rider et entreprise.

Ce qui complique encore le processus !
Oui, mais il faut le voir autrement. Le contrat de Romain se terminait en novembre 2007, et Burton a décidé de ne pas le renouveler. Déjà avant que l’économie américaine ne chute, Burton avait ressenti l’imminence d’une récession, et le but premier de Jake est de passer le cap avec ses employés internes. Quand on n’a pas de vue d’ensemble, il est facile de dire “Eh, regarde ce qui est arrivé à Romain”, et ce n’est pas faute d’avoir essayé de trouver un nouveau deal. Laurent, le président, a voulu lui faire une nouvelle proposition, malheureusement ça n’a pas marché.

Tout naturellement, une nouvelle question se pose : Qu’est-ce qui arrive aux icônes après l’âge de 30 ans ?
En tant qu’athlète, tu vis ton rêve, ta passion. Tous t’honorent tant que tu continues à te réinventer, et que tu restes au top à ta manière. Dans le snowboard, c’est le cas d’un Dave Downing, ou d’un Terje Haakonsen. Ces deux-là pourront rester chez Burton aussi longtemps qu’ils le souhaitent. Ce qui les différencie, c’est qu’ils travaillent avec Burton tout en restant indépendants. Tant qu’il y a un dialogue, tout est possible. Nicolas Müller est venu nous voir et il a dit : “J’aimerais devenir le porte-parole vert de Burton, et participer au développement des produits écolos”. Aussitôt dit, aussitôt fait ! Nico aussi restera chez Burton aussi longtemps qu’il le veut. Il lui suffit juste de faire des straight air’s toute la journée, et tout le monde le trouve cool et inspirant. De plus, il reste en excellente forme. Il n’y a pas besoin d’être toujours dans l’extrême pour atteindre son public. La plupart des gens font à 30 ans les premiers pas concrets de leur carrière. Chez les riders, on se pose déjà la question de l’après, ce qui nécessite une certaine maturité et de la prévoyance.

N’y a-t-il plus que la performance qui compte pour Burton ?
Dans un certain sens, oui. Mais est-ce qu’il existe un job dans lequel ce n’est pas le cas ? Le niveau, le développement, les apparitions dans les films, dans les magazines et le professionnalisme comptent beaucoup. Je compare souvent les snowboardeurs avec des groupes de rock. Chaque snowboardeur est un groupe à lui tout seul. Plus il montre son talent en public, plus il a de chance de conquérir le marché. Qu’est-ce que ça apporterait aux Rolling Stones de jouer dans leur garage où personne ne peut les voir et les entendre ? Aujourd’hui, tu ne peux plus vivre seulement de ta réputation. Pour être un snowboardeur professionnel, tu dois te plier à certaines attentes. Tu dois vivre ton rêve devant la caméra et aux contests, avoir des capacités particulières, et être commercialisable. Les Stones répètent sans cesse, parce qu’ils aiment la musique, parce qu’ils veulent donner le meilleur à leurs fans, et parce qu’ils veulent les inspirer. Bien sûr, en même temps, ils se sont fait un nom, et ils en tirent de l’argent. Picasso peignait par simple passion, ça lui était égal de gagner de l’argent. Nicolas Müller va rider pour lui le plus souvent possible, même s’il pleut, et en même temps, il réussit à inonder les magazines de photos et à enregistrer une performance vidéo mortelle. Craig Kelly a révolutionné les débuts du back-country. Il a été le premier à mélanger snowboard et big mountain, et lui aussi serait encore chez nous s’il était encore en vie. Je peux l’affirmer en toute bonne foi. J’ai souvent des discussions avec Jeremy Jones, qui tournent autour de la question des plans des riders professionnels : à quoi ils ressembleront dans le futur ? Toute bonne idée est la bienvenue ! Toute vie a une date limite, et c’est pareil pour les athlètes. Ceux qui s’en rendent compte sont souvent ceux qui restent le plus longtemps. Ils s’entourent de gens avec lesquels ils peuvent échanger, des gens qui sont là pour les aider. Par exemple, Jeremy est le mentor de Keegan qui lui permet de rester connecté à la culture jeune. Il existe beaucoup de moyens pour continuer à se développer. Se voir comme une victime est une possibilité. Mais crois-moi, les marques ne tirent jamais profit du départ de quelqu’un. Ça arrive seulement quand il y a des raisons.

Est-ce que tu as tiré des leçons importantes de cette situation ? Est-ce que tu agirais exactement de la même manière ? Est-ce que tu préparerais les athlètes différemment, ou est-ce que tu aborderais certaines situations difficiles d’une autre manière ?
Bien sûr que j’en ai tiré des leçons. Avoir à ne pas renouveler les contrats de ses amis est une position dans laquelle personne n’a envie de se trouver, mais ça fait partie de mon job. Mais je pense qu’il y a toujours quelque chose à apprendre des situations traumatisantes, et qu’on peut toujours faire mieux.

Une dernière question : pourquoi est-ce que Burton a arrêté Un…inc ?
Un…inc était incroyable, pur et réel. Mais toute les meilleures choses ont une fin, et comme Seinfeld, la série télé extrêmement populaire aux Etats-Unis, Un…inc s’arrête au sommet de sa gloire.

Merci beaucoup René.

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