ROMAIN DE MARCHI
LA RÉPONSE
Au sujet de la Couch-interview de René H. du 7sky de novembre, par Romain De Marchi
Intro de Cira Riedel & Corinne Tâche-Berther - Photos Jérome Tanon
CHERS LECTEURS,
COMME VOUS LE SAVEZ, CHAQUE HISTOIRE A AUTANT DE FACETTES QUE LES PERSONNES QUI Y SONT ASSOCIÉES. LA COUCH-INTERVIEW DE RENÉ H. (QUI AUJOURD’HUI NE REPRÉSENTE PLUS BURTON EN TANT QUE TEAM MANAGER ET GLOBAL MARKETING MANAGER) A SOULEVÉ BIEN DES QUESTIONS ET BEAUCOUP DE POUSSIÈRE. DANS CETTE INTERVIEW IL ÉTAIT PRINCIPALEMENT QUESTION DU SNOWBOARDER ROMAIN DE MARCHI. IL NOUS A SEMBLÉ JUDICIEUX DE LUI PERMETTRE DE S’EXPRIMER À SON TOUR, DU FAIT QUE LE RAPPORT ENTRE SPONSOR ET ATHLÈTE NE SOIT RAREMENT SI SIMPLE. CELA SIGNIFIE QUE NI LA VISION QUI SUIT, NI L’INTERVIEW DE RENÉ NE REPRÉSENTENT FORCÉMENT CELLE DU MAGAZINE. 7SKY MET SES PAGES À DISPOSITION, POUR CE CAS UNIQUE, ET OFFRE UNE PLATEFORME POUR S’EXPRIMER; ET SOUHAITE L’HARMONIE À CHACUN.
“Traite les autres comme tu aimerais qu’ils te traitent”
Par Romain de Marchi
En tant qu’ancien rider de la plus importante marque de l’industrie du snowboard, impliqué dans l’interview donnée dans le dernier 7sky par René Hansen, Global Marketing Manager, je me suis interrogé sur le sens des affirmations qui y sont contenues et me dois donc d’apporter certaines réflexions. Je me suis longtemps interrogé sur le bien fondé d’une intervention de ma part dans les médias à ce propos, mais à force d’entendre des absurdités, je me suis résolu à donner ma vision des choses.
J’ai longtemps cru à un comportement éthique de la part de mon ancien sponsor, mais les propos tenus dans l’interview ne semblent pas faire mystère du fait que la marque défend uniquement ses propres intérêts. Car il est tout de même un peu étrange, pour quelqu’un qui affirme ayant agit de manière “correcte et loyale” d’employer un vocabulaire comparant les riders à de la marchandise, ayant leurs “date limite”. De riders “d’un autre monde”, on passe au stade proche de la péremption? L’expérience que j’ai vécue m’a montré que mon ancien sponsor promeut les meilleurs produits selon ses propres critères, n’hésitant pas à signer des contrats aux montants astronomiques pour ceux qu’il juge plus visibles et non pas forcément en tenant compte de l’esprit du snowboard. Le projet Un…inc. en est un exemple, après l’avoir utilisé pour recrédibiliser l’image de la marque en prônant les vraies valeurs du snowboard au-delà des raisons commerciales, le programme a été stoppé “au sommet de sa gloire”… ne serait-ce pas pour des raisons économiques? Plus aucun fondateur (Gigi, DCP, JP Solberg et moi-même) ne ride aujourd’hui pour la marque, par contre nous avons gardé nos convictions originelles.
En tant que snowboarders nous assumons une relation particulière avec le risque et nous avons de la chance de pouvoir pratiquer notre sport en tant que professionnels, toutefois, le moule que représentent les contrats limite notre liberté et nous soumet à de fortes contraintes. En cas de problèmes, il vaut mieux s’assurer d’un bon accompagnement et de l’aide extérieur puisque le “Partner” n’est plus présent: la blessure devient vite une faute!
Ces dernières années, le management des marques a radicalement changé, pour s’orienter vers une gestion plus corporative, plus agressive, davantage centrée sur le profit à court terme que sur l’être humain. On a parfois l’impression que c’est l’argent seul qui dirige, que ce n’est plus pour le snowboard qu’on ride et qu’on s’éloigne malheureusement des slogans de la marque, peut importe finalement si l’image d’un rider ou même de la marque perd en crédibilité, tant que les ventes et les profits croissent. Si le trend que nous avons servi vient à être considéré comme dépassé par la politique marketing ou si simplement nous ne leur plaisons plus, les prétextes pour nous jeter sont vite trouvés.
Le système veut que le rider nécessite de moyens plus importants que dans d’autres domaines pour parfaire son talent et exercer sa discipline. Il ne dépend pas de l’argent public ni du mécénat, mais d’entreprises qui s’affirment sur le marché, en majeure partie grâce à lui. Le comportement dont j’ai fait l’expérience prouve un certain égoïsme et renforce la loi du marché du nouveau Capitalisme. On pourrait imaginer en effet, qu’une entreprise leader, tirant grand profit et bénéfice des riders grâce à leurs dons et à leur charisme, leur offre un avenir propice… ce qui ne devrait pas manquer dans une entreprise de cette taille et de cette envergure envergure.
Les raisons invoquées pour justifier mon éviction me sont incompréhensibles et se contredisent entre elles: je ne peux plus continuer faute de ne pas avoir renouvelé mon génie, par contre cela convient très bien que d’autres se répètent à longueur de journée! L’affirmation selon laquelle il serait incompréhensible que je n’aie pas trouvé de nouveaux sponsors peut être interprétée dans deux sens opposés: soit la reconnaissance de ma valeur, soit ma disqualification: aucune marque ne veut de moi, donc ils auraient eu raison de me licencier. Même en admettant que l’entreprise puisse à tout moment se séparer d’un collaborateur pour des raisons qui lui sont propres, on pourrait s’attendre qu’elle le fasse selon les usages pratiqués entre partenaires solidaires, on ne demande pas les parachutes dorés de l’UBS, mais une contrepartie honorable et surtout un minimum de respect. Ce n’est apparemment pas le style de l’entreprise, en particulier en ce qui concerne les délais: mon contrat prenait sa fin en novembre 07 et on m’a communiqué en février 08 qu’il ne serait pas renouvelé. Dans l’interview, mon ancien Team Manager savait déjà qu’il y avait une crise et voulait sacrifier les uns pour laisser survivre les autres. N’aurais-je pas eu le droit d’en être informé? En outre il est faux que le CEO (PDG), que j’ai toujours considéré comme un ami, ait tenté de me proposer un nouveau deal, au contraire, mes essais répétés pour l’atteindre sont restés infructueux et je n’ai eu aucune occasion de pouvoir m’entretenir avec un membre du Senior Management. Les seules explications provenant de l’entreprise qui me sont arrivées aux oreilles (lors du European Sales Meeting au printemps passé): j’aurais été licencié parce que ma famille allait s’agrandir! Serais-je considéré comme une victime si je pose aujourd’hui la question quant à la pertinence de cette raison?
Ceci dit, et malgré toutes les frustrations que peut engendrer une situation comme celle-ci, jamais je ne renierai avoir passé mes meilleures années, partagé les meilleures expériences, voyages… eu d’incroyables opportunités et profité financièrement de mon statut chez Burton. Je crois m’être enrichi de cette dernière pénible expérience en m’interrogeant sur mes expériences passées et mes désirs pour le futur. Cette remise en question m’a permis d’avoir un nouveau regard sur ma passion et j’ai aujourd’hui pris la décision d’essayer de contribuer à ajouter une pierre à l’édifice du snowboard à travers les nouveaux challenges que j’ai choisis.
A l’heure où j’écris ces lignes, j’apprends que René H. a été licencié avec effet immédiat: “traite les autres comme tu aimerais qu’on te traite”… Cette fois il n’y a pas eu d’exception à la règle.









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