DE   FR   EN  

BEN AFFLECK

ben_affleckLA REVANCHE DU VILAIN PETIT CANARD
Par Benoît Thil

ALORS QU’IL IMPOSE ENFIN SA GRIFFE SUR LE CINÉMA AMÉRICAIN, L’ACTEUR EST À L’AFFICHE DU TRÈS ATTENDU STATE OF PLAY.

Plus personne ne rigole en entendant prononcer le nom de Ben Affleck. C’est un sacré progrès ! Pourquoi se marrer en effet ? L’acteur né à Berkeley il y a trente-sept ans est enfin parvenu pas très loin du sommet. Encore quelques mètres et ce sera le toit du monde aux côtés de Brad et des autres. Brad Pitt justement : Ben a bien failli lui donner la réplique dans State Of Play, le dernier film du brillant Kevin McDonald (Le dernier roi d’Ecosse). Mais finalement, dans cette adaptation très attendue d’un trop bref feuilleton britannique éponyme, notre homme va croiser le fer avec Russel Crowe, l’un des plus redoutables dévoreurs d’écran du moment. La rencontre promet. Il est évident en effet que les deux tronches vont faire des étincelles tout au long de ce thriller politique dont l’intrigue évoque certains brûlots intenses des seventies comme A cause d’un assassinat ou Les hommes du président du magnifique et regretté Alan J. Pakula !

Ce droit de briller dans le cinéma de qualité, Ben Affleck l’a conquis de haute lutte. Il y a peu encore, l’ami intime de Matt Damon (ils ont écrit ensemble le scénario de Will Hunting de Gus Van Sant) n’affolait guère que les collégiennes. Les cinéphiles, eux, se moquaient de son charisme d’endive dans des ouvrages “ni faits ni à faire” tels que Pearl Harbour ou Daredevil. Il faut dire que, durant près d’une décennie, Affleck a tissé lui-même soigneusement la corde avec laquelle les défenseurs du bon goût étaient censés le pendre un jour prochain. Comme tétanisé par le talent et le succès public et critique de son alter ego Damon, voire pétrifié par les concerts de louanges qui accompagnaient chaque prestation de son jeune frère Casey (Gerry, les trois volets de la saga Ocean’s Eleven, L’assassinat de Jessy James par le lâche Robert Ford), il s’illustrait principalement dans les rubriques people. Son talent et son charisme étaient masqués par des liaisons tapageuses avec Gwyneth Paltrow ou Jennifer Lopez et par des problèmes récurrents avec l’alcool : du côté d’Hollywood, on le surnommait “tue-mouches” en souvenir de l’haleine chargée de Dean Martin, autre buveur impénitent. Seuls ceux qui savent fouiller dans les bacs à soldes comprenaient, en tombant par hasard sur des petites choses divertissantes comme Famille à louer (conte de Noël cruel et tendre dans lequel Affleck martyrise James Gandolfini, la star de la série Les Sopranos ), que Ben Affleck n’était pas mort mais simplement endormi.

Le réveil a sonné en 2007. Cette année-là, l’acteur, producteur et scénariste, a mis tout le monde à genoux en adaptant Gone Baby Gone, un bouquin de Denis Lehane (auteur de Mystic River). Avec l’aide de son cadet, impeccable à nouveau dans un rôle principal, Ben Affleck signait un thriller psychologique dur et poignant, digne, osons le dire, du meilleur Eastwood.

Aujourd’hui, dans la foulée de State Of Play (”Jeux de pouvoir”), film qui, dans son genre, risque bien de marquer la saison en cours, Ben coiffera à nouveau sa casquette de réalisateur pour Gimme Shelter. Et s’il fait la moitié du bruit de la chanson éponyme des Rolling Stones à laquelle il emprunte son titre, ce projet fera de lui, à moins de quarante ans, un prince d’Hollywood. Face auquel on s’inclinera, admiratif…

State of Play, sortie le 29 avril 2009

Laissez un commentaire

Spam Protection by WP-SpamFree Plugin