PJ HARVEY
NOIRS DÉSIRS
Par Miguel Cid - Photos Pj Harvey Universal Music
PJ HARVEY N’EST JAMAIS LÀ OÙ ON L’ATTEND. ON L’AVAIT QUITTÉE, IL Y A DEUX ANS, EN TENUE VICTORIENNE SÉVÈRE, ASSISE AU PIANO, DANS L’ATMOSPHÈRE FANTOMATIQUE ET ACOUSTIQUE DE SON DERNIER ALBUM, WHITE CHALK. DANS SON NOUVEL ALBUM, ELLE HURLE ET ABOIE. RENCONTRE AVEC LA VAMP GOTHIQUE DU ROCK ANGLAIS.
On la retrouve, plus rock’n’roll que jamais, aux côtés de son vieux complice John Parish, qui a signé la musique de son nouveau CD, A Woman A Man Walked By, treize ans après leur dernière collaboration, Dance Hall At Louse Point. Le cadre de notre rencontre est, lui, très bucolique : un pub perdu dans la campagne anglaise, pas loin du comté du Dorset où a grandi et habite la Britannique. “Je ne dirais pas que je me suis lâchée sur ce disque”, dit-elle, habillée aujourd’hui d’un jean bleu foncé et d’une veste en fausse fourrure blanche.”J’ai simplement envie de faire à chaque fois quelque chose de complètement différent”. Pourtant, à l’écouter littéralement aboyer sur le titre éponyme ou hurler sur Pig Will Not, on est en droit de penser le contraire. Mais Polly Jean Harvey n’est pas du genre à livrer ses secrets ou à déballer ses sentiments comme une vulgaire pop star. C’est bien pour ça qu’elle est une chanteuse culte, entourée de mystère et adulée par des fans obsessifs. “Comme vous le savez, je ne décortique jamais mes textes et je ne vais pas commencer maintenant” répond-elle, poliment mais fermement, lorsqu’on lui demande des éclaircissements. Et dire que la vamp gothique du rock anglais a bien failli devenir institutrice. Nourrie au blues par des parents fanas de John Lee Hooker et Howlin’Wolf, elle se passionne très tôt pour la musique mais n’envisage pas d’en faire son métier. “Je pensais enseigner la sculpture, une autre de mes passions. Je me disais que d’un point de vue pratique j’aurais plus de chances de décrocher un boulot. Je n’imaginais vraiment pas pouvoir gagner ma vie en faisant de la musique”. Pourtant dès le succès de To Bring You My Love et Is This Desire ?, elle s’impose comme le pendant féminin de Nick Cave, avec qui elle entretient d’ailleurs une brève liaison à l’époque. Depuis, on ne lui connaît aucun autre amant et certains l’imaginent vivre comme une recluse dans sa maison au sommet d’une falaise. “Je ne me coupe pas du monde. Je sors pas mal et mon travail me fait beaucoup voyager. Dans tous les cas, je ne vis pas comme une chauve-souris dans une grotte” ironise-t-elle. L’auteur de Black Hearted Love, son épatant nouveau single, attribue la noirceur de ses chansons à la réalité qui l’entoure. “Je ne fais que refléter le monde dans lequel on vit. Nous sommes tous affectés par pas mal de choses tragiques”. Une noirceur amortie parfois par une bonne dose d’humour… noir. Il suffit de l’écouter se glisser, d’une voix tremblotante, dans la peau d’une vieille conversant apparemment avec son chat, sur fond d’orgue glauque, dans April. “L’humour est très important dans la vie. Pour moi en tout cas, c’est vital pour affronter l’existence. J’ai beaucoup lu sur la Première Guerre mondiale récemment et cela m’a fasciné. Pour les soldats, le plus important pour survivre au quotidien dans les tranchées, c’était l’humour. C’est une façon de comprendre et supporter l’existence”. Oui, décidément, PJ Harvey n’est jamais là où on l’attend.







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