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TOM HANKS

UN TALENT SIMPLEMENT DIABOLIQUE
Par Benoît Thil - Photos Sharp Nigel Parry, Ed. powerHouse

tom_hanksVALEUR SÛRE D’HOLLYWOOD, PARFAITEMENT À L’AISE DANS TOUS LES REGISTRES, L’ACTEUR CALIFORNIEN RETROUVE UN DE SES RÔLES FÉTICHES DANS LE TRÈS ATTENDU THRILLER ANGES ET DÉMON

La bande-annonce, visible depuis des semaines sur le net, promet l’essentiel: un mélange de frissons, de bastons et d’énigmes bien tordues qui font le charme des blockbusters réussis. C’est la grande nouvelle du printemps: trois ans après avoir rempli les salles de la galaxie avec Da Vinci Code, Ron Howard et Tom Hanks se retrouvent pour l’adaptation d’un autre best-seller de Dan Brown: Anges et démons..

Le cheveu un peu plus lisse et un peu plus long que de coutume (un petit artifice pour booster son sex-appeal), Hanks retrouve le costard standard de Robert Langdon, l’as de la symbologie (lire: Science des symboles) qui avait récemment démêlé la pire des intrigues christiques. Cette fois, suite à un appel pressant du Vatican, Langdon doit se “friter” avec la secte peu commode des Illuminati. Aux côtés de la belle Ayelet Zurer, Hanks/Langdon va mettre à profit 2h20 de projection pour lever le voile sur les activités d’un certain ange déchu dont nous tairons le nom pour éviter aux lecteurs quelques nuits blanches.

A moins d’une catastrophe improbable, Anges et démons va cartonner à l’heure de Cannes. Quelle que soit la portée réelle de l’intrigue, il faut s’en réjouir. Pas uniquement pour Ron Howard, acteur rouquin chez Lucas (American Graffiti) devenu faiseur de films très honorable (Apollo 13, Les disparues, western chamanique méconnu mais fort saignant) mais bien pour ce bon vieil oncle Tom. A bientôt 53 ans (il est né le 9 juillet 1956 à Concord, Californie), Hanks est l’un de ces rares acteurs populaires capables de célébrer la grandeur du septième art dans les films les plus anecdotiques. En quelques décennies, la tête à claques longiligne de petits machins comme Le palace en folieou Big s’est imposée comme le plus digne successeur de l’élégant James Stewart. C’est du moins ce qui se dit du côté d’Hollywood. Mais en parcourant la filmographie de l’acteur, on s’aperçoit aisément que le compliment ne tombe pas à côté de la plaque.

Avec un naturel assez confondant, le garçon use de son charisme pour incarner l’homme ordinaire avec un précision disons diabolique, qui permet dans la plupart des cas au metteur en scène qui l’a engagé de réaliser une bonne opération. En fait, en ce bas monde, tout le monde aime Tom Hanks. Avec 52 statuettes (toutes cérémonies essentielles confondues) glanées depuis les eighties, le bonhomme n’enfile rarement un smoking pour rien lorsqu’on le nomine pour une de ces soirées pailletées qui font le délice de la presse people. Parmi ces trophées, on remarque bien entendu avant tout les deux Oscars du meilleur interprète masculin obtenus en 1994 et 1995 pour ses prestations bouleversantes dans Philadelphia de Jonathan Demme et Forrest Gump de Robert Zemeckis.

Même si pas mal d’eau a coulé sous les ponts, il faut se souvenir du choc ressenti par le grand public en découvrant dans Philadelphia, premier film hollywoodien à traiter du sida avec force et empathie, que la bonne bouille déconneuse de Hanks pouvait passer d’une comédie romantique comme Nuits blanches à Seattle de Nora Ephron, à un drame aussi épuré sans que jamais on envisage le contre-emploi. Depuis cet exploit monumental, l’acteur n’a jamais cessé de se montrer impressionnant même si, habitude oblige, on relève avec moins d’empressement ses performances de classe mondiale.

Il suffit néanmoins d’en évoquer certaines pour comprendre le niveau auquel évolue désormais cet homme tranquille, père de quatre enfants, que le destin a cruellement frappé lorsqu’il lui a enlevé son épouse Samantha un jour funeste de 2002. Pour la bonne bouche, avant de ressortir des rayons les DVD, on citera quelques rôles magistraux qui rendent le cinéma américain bien moins crétin qu’il n’y paraît. Sur l’écran de notre mémoire, le défilé de ces personnages marquants démarre avec l’apparition de cet officier redoutable et cabossé dans Il faut sauver le soldat Ryan de Steven Spielberg. Ce rôle est rapidement suivi par celui du gardien de prison empathique dans l’inoubliable Ligne verte de Frank Darabont. Le rythme s’accélère encore. Oui, Hanks est magnifique en maffieux impitoyable dans Les sentiers de la perdition de Sam Mendes, touchant en policier de la brigade financière dans Arrête-moi si tu peux, autre chef-d’œuvre absolu de Spielberg, irrésistible de bêtise et de méchanceté dans Tueurs de dame des frères Coen, juste sublime dans Le Terminal, autre merveille de Spielberg (bâillements), troublant encore en politicien pochard et érotomane dans La guerre selon Charlie Wintson de Mike Nichols. Derrière l’image lisse du bon gars, se cache, on le répète, un comédien au magnétisme démoniaque. Sachant cela, on plaint déjà les acteurs qui se retrouveront un jour ou l’autre en compétition avec lui. Leurs chances de s’imposer semblent quasi nulles. Tom Hanks, en revanche, peut déjà occuper son temps libre à dégoter le meuble élégant qui lui permettra de ranger ses futures statuettes.

www.angelsanddemons.com

Anges et démons, sortie le 13 mai 2009

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