MATHIEU SCHAER
18 ANS, LYCÉEN ET TOUT À GAGNER
Par Ivan zwahlen - Photos Lorenz Richard & Michael Cordey
ON ASSISTE CES DERNIÈRES ANNÉES À UN RENOUVEAU SPECTACULAIRE DANS LE MONDE DU SNOWBOARD. DES ATHLÈTES DE PLUS EN PLUS JEUNES ET DE PLUS EN PLUS TECHNIQUES NOUS DONNENT DE GROS ESPOIRS QUANT À L’ÉVOLUTION DE NOTRE SPORT. MATHIEU SCHAER EST L’UN D’EUX. INCONNU IL Y A DEUX ANS, IL EST EN PASSE DE FAIRE SA PLACE DANS LA SCÈNE.
Raconte-nous qui tu es, Mathieu…
En quelques mots: je m’appelle Mathieu Schaer, j’ai 18 ans, j’étudie au collège (gymnase) en dernière année à Genève où j’habite. J’ai toujours habité là-bas et j’ai eu la chance d’aller régulièrement à la montagne depuis tout petit. Rapidement le snowboard a pris une place importante dans ma vie, d’ailleurs c’est pour en parler que tu m’interviewes, non?!?
Il y a deux ans tu étais un rider «local». Tu es maintenant professionnel, team rider d’une des marques les plus en vogue. Explique-nous cette ascension:
C’est un peu me surestimer, je ne me considère pas comme un professionnel (en tout cas pas pour le moment). En fait les choses sont allées assez vite. Il y a trois ans encore je ridais avec mes frères dans mon coin à la Clusaz. Je n’avais pas encore de sponsors. Puis je suis venu faire quelques contests locaux en Valais, principalement aux Crosets et j’ai rapidement rencontré du monde. Avec un peu de chance j’ai rencontré les bonnes personnes qui m’ont aidé et poussé. Du coup cette saison je ride pour DC Europe et filme pour Ero One, une production européenne.
Dans la vie comme sur une board, sans grande expérience, tu sembles être très calme. Tu fais preuve de sang-froid dans les moments d’adversité. On dirait que tu as une certaine faculté d’analyse et de maîtrise. Peux-tu nous en expliquer le secret?
C’est gentil, mais quand je suis sur un contest ou avant de m’élancer sur un gros module devant les caméras, je ressens pas mal de pression. J’essaye juste de me focaliser sur mon run ou mon trick et de relativiser par rapport aux raisons de ma pression (gens, sponsors, caméras, etc.). Il me semble important de bien visualiser ses tricks dans sa tête avant de les faire. D’ailleurs quand je ne ride pas, par exemple en plein milieu d’un cours à l’école, il m’arrive souvent de m’imaginer en train de faire un trick et de le «répéter» jusqu’à ce que j’aie l’impression de l’avoir acquis!
Tu mènes de front une intense activité sportive (entre contests, photo shoots et vidéo parts) et la préparation à une maturité scientifique. Tu dois être bien organisé, mais encore?
Oui, l’organisation est un facteur très important. Sans elle je pense que je n’arriverais pas à tout faire. Cependant cette saison est particulièrement fatigante pour moi car en même temps les choses ont pris une certaine ampleur du coté du snow et je suis en dernière année à l’école. De plus, désormais je suis comparé à des gens qui ne font que ça, qui rident trois fois plus souvent que moi. Il est donc difficile de rester à la hauteur, que ce soit sur les contests ou par rapport au nombre d’images produites sur la saison. C’est pourquoi j’ai le sentiment de ne pas avoir montré 100 % de mes capacités cette saison, et si tout se passe bien, j’espère pouvoir faire mieux à l’avenir. Sinon pour revenir à ta question, la clé c’est de se donner à fond, d’être ultra motivé dans les moments importants, mais aussi de savoir se reposer parfois et juste rider pour le fun avec ses potes.
Tu commences cette année le backcountry et on dirait que tu as toujours fait cela. Est-ce que tu as étudié comment faire, as-tu assimilé l’expérience des autres ou les rêves que tu fais la nuit te suggèrent ce que tu dois faire la journée?
Il est vrai que je me suis beaucoup consacré au backcountry cette saison mais ce n’est pas non plus ma première fois. En fait depuis que je fais du snow, j’ai toujours aimé aller rider en dehors des pistes avec mes frères. Avant de fréquenter les parcs, j’ai commencé le freestyle sur du relief naturel. Du coup, j’ai pu acquérir des bases qui me sont bien utiles.
On a eu un très bon hiver pour le BC cette année, mais je trouve que je n’en ai pas encore assez fait. J’ai donc toujours énormément à apprendre dans ce domaine.
Tout jeune que tu es, tu as déjà un style original et inventif. Tu sembles vouloir tracer ta voie. Comment expliques-tu que tu penses déjà au futur à l’âge de 18 ans?
Merci pour le compliment. A propos de mon futur, je me pose plein de questions en ce moment, sur ce que je veux faire par la suite. DC me donne une chance rare que je me dois d’exploiter. Je vais me consacrer à fond au snowboard l’année prochaine en essayant de donner le meilleur de moi-même et faire ma première saison complète. On verra ce que ça donne, comment les choses évoluent.
Si tu en avais la possibilité, que changerais/apporterais-tu au sport maintenant et ensuite?
Pour l’instant je ne pense pas pouvoir apporter quelque chose à notre sport. Mais si j’avais assez d’influence j’essayerais de donner envie aux jeunes d’aller à la montagne et de se mettre au snow et je soutiendrais des organisations qui font bouger notre sport, comme le TTR, ou les boîtes de production qui amènent un souffle de nouveautés. Je ferais aussi de mon mieux pour qu’on ait de meilleurs parcs en Europe, avec plus de budget de la part des stations, des institutions et des sponsors, car il y a un trop gros décalage avec les U.S..
Quelles sont tes relations avec la montagne et comment voudrais-tu que cela évolue?
Je respecte la montagne et l’environnement du mieux que je peux. Je vois déjà venir les critiques selon lesquelles un snowboarder est mal placé pour dire cela. Je répondrai que le but n’est pas de sacrifier ce qu’on aime faire, mais d’être sensibilisé, de reconnaître qu’on doit tous faire des efforts, qui peuvent être différents pour chacun. D’ailleurs, j’aime bien Nico Müller pour ses convictions à ce propos.
J’essaye également d’acquérir un maximum d’expérience de la montagne et connaître ses dangers. Je crois que n’importe quel snowboarder qui aime s’aventurer en dehors des pistes devrait avoir un minimum de connaissances à ce propos. ça commence déjà par bien savoir utiliser son bip.
Quelles leçons as-tu retenues de cette saison?
La leçon serait qu’il faut prendre le temps de bien se mettre en jambe en début de saison pour se mettre en confiance. Que lorsque tu shootes il faut être optimiste et motivé car même si une journée ou un spot ne s’annoncent pas optimums tu peux ramener parfois de bonnes images. Et par dessus tout, il faut savoir écouter son corps.
Avais-tu des objectifs cette saison? Les as-tu atteints?
Tout d’abord mon objectif premier cette année est d’obtenir ma maturité, pour pouvoir me consacrer à fond au snow l’année prochaine. Coté snowboard, je voulais faire quelques résultats sur les TTR et shooter le plus possible pour avoir quelques images dans la prochaine vidéo Ero One. Pour les contests, je n’ai pas atteint mes objectifs. Mais il m’a été difficile de trouver du temps pour m’entraîner en début de saison pour me sentir bien avec mes tricks. Ceci à cause de beaucoup de travail et d’examens à l’école. Concernant mon footage, je suis satisfait. Je pense avoir été plutôt productif par rapport au nombre de jours passé à shooter. En ne ridant que les week-ends et pendant les vacances scolaires, je rate parfois des bonnes sessions et ça me laisse au final peu de temps pour faire des images, sans compter la problématique de la météo, des conditions de neige et de la disponibilités des photographes et filmers.
Quel terrain t’attire le plus dans la montagne en tant que rider? Penses-tu que cela puisse évoluer et pourquoi?
Le backcountry est mon terrain favori et je pense que c’est celui qui convient le mieux à mon style de ride. Je ressens quelque chose en plus lorsque je ride la poudre ou quand je plaque un trick en BC. J’ai toujours été surexcité dès qu’il se met à neiger abondement en vue des jours de pow qui vont suivre. J’admire les riders polyvalents. J’essaye de faire pareil et j’aime bien les bonnes sessions de park, surtout en fin de saison.
Dans ce sens, quels sont les riders qui t’influencent dans cette discipline?
Les riders qui m’influencent sont JP Solberg pour son pur style sur les kickers, Gigi pour sa créativité et son originalité, Jake Blauvelt car il ne ride presque que du naturel. Ou encore Austin Smith, qui m’a bien impressionné ces derniers temps. Il «a» tous les tricks en backcountry et est aussi super fort en jib, ce qui est assez rare. Ces riders me font rêver, me donnent envie d’aller rider, de refaire les mêmes tricks, et je les mate en boucle même des années après.
Comment vois-tu l’évolution du backcountry à l’avenir?
A mon avis, le backcountry sur du relief naturel peut encore beaucoup évoluer. Je verrais bien, dans quelques saisons, des riders maîtriser tous leurs tricks sur des kicks naturels, dans des grandes pentes, comme en Alaska. On voit déjà cela dans les films d’Absinthe par exemple, et ça me fait vraiment rêver.
Sinon je pense que durant encore quelques années on verra des kicks de plus en plus fat, des rails de plus en plus engagés, des tricks de plus en plus fous (comme on l’a vu cette année avec la vidéo de Travis Rice). On atteindra bientôt une limite au niveau de la taille et du nombre de spin, que notre physique ne nous permettra pas de dépasser. Le jour viendra où l’originalité, la créativité et le style (au niveau des tricks comme des modules) prendront le dessus et les médias, sponsors et institutions seront obligés de les reconnaître.
Quelques associations:
Le snowboard c’est: indescriptible en un seul mot
La pow c’est: ce qu’il y a de mieux
La famille c’est: pour la vie
Les potes c’est: important
La teuf c’est: après le snow








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