DE   FR   EN  

LE MOMENT X

INSTANTANÉS DU NISSAN XTREME VERBIER 2009
FREERIDE WORLD TOUR FINAL WWW.XTREMEVERBIER.COM
Par Cira Riedel - Photos Jancsi Hadik & Cira Riedel

verbier_02pt
verbier_01pt

L’ambiance
Sur une terrasse de Verbier, au couché du soleil, un petit groupe danse sur la voix érotique d’un jeune anglais. Jouant des classiques de feu de camp à la guitare, il enflamme son auditoire. La tête en arrière, les jeunes femmes rayonnent, mi-chantonnantes, mi-souriantes, comme si seul l’instant présent existait. Le soleil plonge les visages dans un rouge orangé. Un homme dit : “Tu sais, c’est pour ça que j’aime tant Verbier, et l’Xtreme !”.Bien sûr que je sais. Je sais exactement ce qu’il veut dire. C’est comme un voyage à l’autre bout du monde, à l’autre bout de soi-même. L’ambiance qui embrasse cet événement légendaire est mystérieuse. Les athlètes, à la fois si individualistes et pourtant si harmonieux, ressemblent aux illustres personnages des cieux. Verbier, le Panthéon ? Xavier de Le Rue, Zeus ? Et Aurelien Ducroz, Prométhée ? Chacun a sa mission, chacun est un fil teint d’un tissu multicolore, une étoile dans le firmament. Je suis convaincue qu’ils font de ce monde un endroit meilleur. “Par superstition, je ne devrais pas en parler”, me chuchote une amie proche, “mais ne t’es-tu jamais demandé pourquoi les accidents sont si rares, pourquoi il n’y en a même jamais à l’Xtreme ? Ce doit être l’énergie positive, qui nous protége tous”. Elle est bien placée pour le savoir, elle a gagné plusieurs fois le contest. “Ce sont tous des guerriers, à leur façon. Mais ils n’entrent pas en guerre, ils en sortent, pour vivre plus intensément” dit un autre proche, prenant part à la discussion, alors que le soleil descend. Excités, nous saurons le lendemain avec quelles armes les riders se battent, sur quel pied ils dansent, et quel destin leur est réservé. “Ils sont tous spirituels, sans le vouloir, sans chercher à l’être. On ne peut pas vivre si proche de la limite, sans sentir le pouls de la Terre”. Il parle sans pathos ni lourdeur : il constate. Le soleil s’est couché, les derniers sons se perdent au loin.

verbier_fpt

Le sommet
Le vent hurle à travers les rochers, l’air est plein d’appels et du bruit assourdissant de l’hélicoptère. Tous sont prêts au départ, le regard tourné vers le ciel, fixant la porte chancelante qui vrille incontrôlée dans l’air. Devenue un jouet du vent elle est un danger mortel pour les hommes sur le sommet du Bec-des-Rosses. On attrape le monstre de fer, on le dompte, on l’attache. Mais il s’échappe une fois de plus, s’envole par-dessus les têtes. S’étant mué en une grande voile, il érafle les rochers, joue avec l’hélicoptère, et ne laisse aux hommes aucune chance de le cerner, car il se libère à nouveau, aussi rapidement qu’il s’était pris dans la pierre. Le staff doit l’esquiver plusieurs fois en sautant de côté. Mais de quel côté ? Des parois rocheuses quasi verticales limitent l’espace et font du sommet une prison sans issue. La porte s’approche telle une bête, prête à l’attaque. Les hommes empoignent les cordes, avant qu’elles ne leur échappent à nouveau, avec une force monstrueuse. L’un d’eux constate, horrifié, qu’une corde s’est nouée autour de sa jambe, tel un bras en colère. La porte menace d’enlever sa proie, mais, comme par miracle, l’armature s’enfonce dans la neige. Le jeune homme se dégage, haletant, transpirant, d’avoir eu si peur pour sa vie. A peine est-il libéré du nœud mortel que le monstre s’enfuit à nouveau. De là-haut, on peut entendre le monde soupirer. Soudainement tout s’arrête : une fois de plus, la porte redescend sur eux, mais de manière docile. Elle se laisse maîtriser. Au prix d’un grand effort, elle est ramenée à sa place, fixée, vissée, amarrée, sécurisée. On respire. Une épreuve a été surmontée. Les prochaines aventures trouveront leur place dans nos rêves.

La compétition
L’événement commence, les riders disparaissent dans la verticalité d’une trace dont on aurait jamais soupçonné qu’elle puisse exister. Des surfaces enneigées à 50 degrés, étroites comme un ski et des passages serrés, d’une largeur de planche de snowboard. Des cliff drops incalculables, desquels on ne sortira vivant que grâce à un contrôle absolu. Ils descendent avec intuition et une précision scientifique, et atterrissent entre des rochers dont la proximité pourrait leur coûter la vie. Les conditions sont capricieuses et changeantes, jamais égales, jamais simples : la neige est “sucrée”, compacte ou poudreuse. Les athlètes ont un respect incalculable pour la montagne. Le Bec-des-Rosses est un mythe. Un sommet à la limite du domptable, raide et long comme trois runs. Il les intimide. Ils doivent mémoriser chaque petit détail, s’en imprégner, et agir en fonction. Leur vie en dépend. Ce n’est pas une montagne qu’ils descendraient tous les jours, et leur préparation mentale a nécessité des semaines. Il n’existe pas de plus grand rush, même qui s’en approcherait, que de descendre le Bec dans les conditions d’une compétition. C’est surréaliste. Ce sommet pousse l’athlète à devenir un super héros. You don’t want to fall.

La nuit
L’air est si épais qu’on aimerait y découper un trou de brise fraîche aux ciseaux. Les bras s’agitent dans l’air, des masses de cheveux se secouent du haut vers le bas, de gauche à droite, des torses d’homme dévêtus s’entrechoquent et se repoussent à l’unisson sur Nirvana. La transpiration reluit à la lumière vacillante d’une ampoule de bar fatiguée. Les hommes explosent. La tension accumulée depuis des semaines se mute en testostérone libérée avec la force de jeunes taureaux dans un climat unique. Il y en a toujours un pour commencer. Il “charge” le type d’à côté, lui arrache son T-shirt, et ce denier, à son tour, “entre en défense” en essayant de tirer le boxer-short de son agresseur. Le jeu dure des heures. Pour finir, même les filles dansent en soutien-gorge, avant que le tout se noie dans le vertige ensorcelé des excès nocturnes.

verbier_09ptverbier_08pt1

Le type d’ici
Il y a toujours un local, un type, qui fait le lien entre les voyageurs et le lieu. Ses mots comptent, on écoute ses conseils, on aime boire sa bière, et il est encore là pour prendre congé des derniers. A Verbier, c’est André Sommer. Sa maison est quasiment une œuvre d’art, une baraque de laquelle on raconte qu’elle est vivante. Chaque coin vit sa propre vie. Chaque pas sur ces quelques mètres carrés semble offrir au visiteur un nouvel univers. Il a la plus belle vue sur Verbier et trône comme, un prince méconnu, sur l’hôtel de luxe depuis son simple banc en bois, devant un énorme feu de camp. On y grille un veau entier, à la mode argentine, pour nourrir les 30 ou 40 personnes qui ont trouvé le chemin jusqu’ici pour se libérer de l’extase de l’événement, à travers leurs veines et leur corps. On se sent bien chez André, on se sent chez soi. C’est un sentiment qu’on peut ressentir partout dans le monde, à condition de le connaître. On parle cinq langues à la fois. Le chaos n’admet pas la banalité du quotidien, les traces de pas dans la neige prennent toutes les directions. On se trouve près des “leylines”, un réseau énergétique, selon lequel s’orientent les promeneurs du monde. André le sait, et comme tout homme qui connaît son devoir, il laisse transparaître la générosité par tous ses gestes, et ses yeux disent “bienvenue”. Sans les locaux, comme lui, le charme d’un lieu serait brisé, rapidement, et ne laisserait aucune trace, ou du moins aucune visible. Seuls les initiés le reconnaîtraient encore.

Il commence à neiger. Le rideau de l’obscurité s’abaisse sur la prairie devant la baraque de bois, “Cartogne” de son vrai nom. Je traîne les pieds sur le chemin par lequel j’étais venue et atterris en douceur dans la réalité du siège de ma voiture. J’allume le moteur, et bien que j’habite à tout juste quelques kilomètres d’ici, j’ai l’impression de subir un décalage horaire, un décalage horaire Xtreme.

Laissez un commentaire

Spam Protection by WP-SpamFree Plugin