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ICE CUBE

IL N’A PAS DIT SON DERNIER MOT
Par Joël Espi

ice-cube-220H05, L’INTERVIEW, ANNULÉE LE MATIN-MÊME, EST À NOUVEAU CONFIRMÉE DEPUIS UN PEU PLUS D’UNE HEURE. GRISÉ PAR LA CHALEUR DE CETTE JOURNÉE DE PRINTEMPS, JE ME SUIS RENDU EN TROMBE VERS LES DOCKS DE LAUSANNE, OÙ LE LÉGENDAIRE ICE CUBE, RAPPEUR MYTHIQUE ET ACTEUR HOLLYWOODIEN, VA DONNER SON SEUL CONCERT EN SUISSE. NOUS SOMMES DEUX PRIVILÉGIÉS À POUVOIR L’INTERROGER. MAIS ICE ANNULE ET REPORTE SES INTERVIEWS COMME BON LUI SEMBLE… “APRÈS LE CONCERT”, ME DIT-ON. JE DESCENDS DANS LA SALLE, J’ESPÈRE ENCORE, ET ME LAISSE PORTER PAR LE FLOW DE CE CONCERT COUP DE POING.

“Quelle est la définition d’une coulée pyroclastique? C’est ce qui se passe lorsqu’un volcan explose, c’est ce qui arrive lorsque Ice Cube balance son flow”, entonne la voix enregistrée qui fait trembler l’enceinte des Docks. De solides bruits de détonation sont crachés par la puissante sono. WC, qui accompagne Ice Cube sur scène, est venu chauffer la salle. DJ Crazytoones, qui surplombe la scène derrière ses platines, se tourne avec lui vers un côté obscure de la scène, la voix retentit, la salle hurle, le beat ravageur et west coast de I got my locs on démarre, et le public, bras en l’air à la façon old school, devient hystérique de bonheur. Ice Cube est sur scène, micro tendu, main en l’air, épaisses lunettes de soleil, casquette et T-shirt noirs.

Ice Cube est un boss, un imposant rappeur avec plus de 20 ans de métier, littéralement l’un des précurseurs du Gangsta rap, avec le groupe NWA, dont a fait partie un certain Dr Dre… “J’ai commencé en 84, certains d’entre vous n’étaient même pas nés”, déclare-t-il en milieu de concert, “on veut que je prenne ma retraite, mais ce n’est pas prêt d’arriver”, enchaîne-t-il face à la salle conquise. Comme sur les images qui illustrent son 8e CD, Raw Footage, Ice Cube se bat, assomme et frappe, mais avec ses mots, son articulation clinique et ses mimiques puissantes, comme s’il lui restait la verve agressive d’un jeune loup, ou alors cette volonté d’annihiler ses détracteurs lors de ce retour musical. Cube balance un concert tendu du début à la fin, entre beats hardcore old school et rythmes west coast, dans la plus pure tradition.

Le concert se termine, sans rappel, et il est temps pour moi d’espérer à nouveau une interview. Dans les loges, à quelques mètres de Ice, j’attends patiemment. J’en profite pour observer le petit balai qui se joue derrière, sur fond de rap west coast vibrant depuis la loge tant convoitée. L’organisateur de la tournée, le garde du corps, les responsables de la salle de concert, le manager, toute une série d’étapes à franchir avant de nous retrouver pour l’interview.

La conversation, qui durera en tout douze minutes, démarre immédiatement sur la politique. Ice pense que les Etats-Unis ont beaucoup changé, suffisamment pour qu’une personne comme Obama puisse confirmer le rêve américain. “Il donne de l’espoir aux gens, à leurs enfants, à leurs petits-enfants… Ce sont les rappeurs et les sportifs qui ont fait que cela soit possible”. Ice est même invité à la Maison Blanche pour dîner, explique-t-il, le sourire en coin, alors que le pouvoir lui a toujours paru quelque chose d’oppressif. Malgré son statut et ses nouvelles relations, Ice est éternellement Gangsta. Passer outre les règles si cela est nécessaire, sentir la liberté et même lutter pour la quête du bonheur, le Gangsta est un état d’esprit qui ne nécessite ni violence, ni violation de la loi. Sauf dans des cas extrêmes. Le rappeur de L.A n’est pas violent, plutôt même enclin à rigoler, comme il le dit. “J’aime rire tout le temps, même si on ne le dirait pas !”, dit-il en ricanant. L’homme de 40 ans est sobre, a les idées claires sur ce qu’il reste à accomplir, et comment il peut aider les gens. “Le hip-hop a permis de mélanger beaucoup de cultures différentes, mais malgré les progrès il y a encore beaucoup de racisme aux Etats-Unis”, nous confie le rappeur épuisé après quasiment 1h30 de concert. Mais Ice est entier.

Il fait la musique qu’il aime, jongle entre films et albums, au gré des opportunités, dans des rôles proches de sa personnalité. Après vingt-cinq films (dont Boyz’n the Hood, xXx 2, Anaconda ou Barbershop), il affirme ne pas se cantonner au rôle de la brute, même s’il va tenir le personnage de Mister T dans la version film de l’Agence tous risques. C’est comme si j’avais passé une soirée sur la côte Ouest et j’ai le sentiment, au final, que Ice n’est pas apprécié à sa juste valeur. Derrière son image de dur bardé de haches et de flingues, il prône un rap authentique et loin des majors qui, dit-il, ont pourri le hip-hop et son essence et l’ont éloigné de la rue. Ice remercie Internet de le remettre sur le devant de la scène, le public de continuer à le soutenir, mais, au final, c’est nous qui le remercions pour sa force et son charisme. Si Ice n’est peut-être pas un volcan, c’est en tout cas une montagne.

www.icecube.com

1 comment à “ICE CUBE”

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