JOHN TRAVOLTA
MÈNE LA DANSE
Par Benoit Thil
L’ACTEUR AMÉRICAIN EST DE RETOUR EN HAUT DE L’AFFICHE AVEC THE TAKING OF PELHAM 1 2 3 (L’ULTIME STATION), REMAKE D’UN THRILLER FAMEUX DES SEVENTIES.
Un générique pour lancer la belle histoire ? Celui de La fièvre du samedi soir de John Badham ! Quatre minutes et quelques pour entrer dans la légende : d’un coup, au printemps 1978, John Travolta est devenu une icône planétaire rien qu’en se faisant filmer un pot de peinture à la main en train de déambuler dans les rues de Brooklyn. Bien sûr, la basse souple de Staying Alive n’y était pas pour rien, la fièvre disco qui gagnait le monde à la manière d’une pandémie hédoniste non plus. Mais tout de même : devenir l’égal d’un James Dean ou d’un Elvis aussi rapidement, on n’avait jamais vu ça.
Trente et un ans plus tard, personne ne s’en est véritablement remis. Et surtout pas notre héros. Voilà bien longtemps pourtant que celui qui a vu le jour en février 1954 à Englewood, New Jersey, n’a plus rien à voir avec le personnage de Toni Madero ni avec la petite frappe de Grease… Trop de pression, trop de choix artistiques désastreux aussi, en dépit d’une prestation touchante dans Blow Out, le chef-d’œuvre de Brian De Palma. Lorsqu’on survole sa carrière, on s’aperçoit que les années 80 n’ont été rien d’autre qu’une lente et épuisante descente en enfer pour un garçon dont on pensait qu’il égalerait peut-être Newman ou Brando. Il faudra attendre la série des Allô maman à la fin de la décennie précitée pour que Travolta rappelle à la clientèle des salles obscures qu’il était bien un acteur et non pas un zombie gavé de junk-food.
Mais l’année 1994 est bien celle de sa seconde naissance. En assistant à sa montée des marches au Festival de Cannes, le monde redécouvre un Johnny enrobé mais plus vivant que jamais. Sous la direction d’un Quentin Tarantino qui pensait sans doute faire du second degré, le quadragénaire has been redevient cet acteur tendance qui fait se trémousser la critique et saliver le public. Il faut dire que sa prestation dans le rôle d’un tueur à gages dans Pulp Fiction est irrésistible. Malgré ses kilos en trop, Travolta n’a rien perdu de ses qualités de danseur qui affolaient les filles vers la fin des seventies. Et cette fois, c’est la belle Uma Thurman qui l’accompagne sur la piste. Conscient du caractère unique de l’opportunité, l’acteur s’accroche à cette bouée de sauvetage que lui a jeté l’un des membres les plus en vue du nouveau cinéma indépendant américain.
Même si ses choix ne vont pas toujours s’avérer judicieux, le membre éminent de l’Eglise de scientologie va nourrir ses rêves de nabab en faisant passer à la caisse les grands studios qui vont débourser en moyenne 20 millions de dollars par film. Dès le milieu des années nonante, époque marquée par une nouvelle prestation d’anthologie dans l’excellente satire noire Get Shorty, il survole le monde aux commandes de son Boeing 707 privé ou de son jet Gulfstream. Le bon gros baby-boomer comblé par tous les avantages que lui offre le royaume de l’Oncle Sam affiche sa passion immodérée pour l’aviation en se pavanant dans sa villa de Floride designée en aéroport vintage, pistes comprises. Après deux films avec John Woo (Broken Arrow, Volte-face) et une apparition plutôt touchante dans La ligne rouge de Terence Malik, il s’offre le luxe d’un plantage monstrueux mais sans conséquence en jouant les aliens de terrain vague dans l’ahurissant Terre champ de bataille, adaptation d’un roman de science-fiction du patron de la scientologie Ron Hubbard.
Entre films sympas et gros navets, John Travolta va poursuivre son bonhomme de chemin à l’abri du besoin. Jusqu’à cette année 2009 marquée par le décès brutal de Jett, son fils de 17 ans. Après ce drame, c’est l’acteur impeccable qu’on va retrouver dans The Taking Of Pelham 1 2 3, remake signé Tony Scott d’un remarquable film du même nom réalisé en 1974 par Joseph Sargent. Dans cette histoire captivante racontant le détournement d’une rame de métro par un gang de malfrats prêts à tout, il va croiser le fer avec Denzel Washington et l’ex Soprano, James Gandolfini, autre héros énorme du New Jersey. One more time : Staying Alive…







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