PLACEBO
POST TENEBRAS LUX
Par Miguel Cid
LE FLAMBOYANT TRIO FAIT PEAU NEUVE ET POSITIVE AVEC UN SIXIÈME ALBUM COMBATIF ET RUTILANT, BATTLE FOR THE SUN. RENCONTRE.
Placebo a le goût du drame. Au bord de l’implosion, le flamboyant trio a choisi de faire peau neuve et de rebondir avec un album combatif et rutilant, Battle For The Sun. “Durant notre dernière tournée, Brian et moi avons arrêté de nous parler” raconte Stefan Olsdal, bassiste et cofondateur du combo rock, qui se prête au jeu des questions dans un palace londonien, pendant que le chanteur Brian Molko souffre d’une angine.”On s’est dit qu’on avait le choix : soit on tuait le groupe – parce que ce n’était plus fun – soit on opérait des changements au sein de la formation”.
Brian Molko et son acolyte ont donc sacrifié leur batteur de longue date, le Britannique Steve Hewitt, sur l’autel de Placebo, et l’ont remplacé par un séduisant jeune loup, le Californien Steve Forrest. “On l’a repéré sur scène quand son groupe assurait la première partie du nôtre aux Etats-Unis. Il savait se faire remarquer, torse nu et tout tatoué”, glousse le bassiste, en présence de l’intéressé. “Je mentirais si je disais que je ne le trouve pas super sexy et canon !”.
Le groupe s’est également séparé de sa maison de disques, EMI, préférant financer lui-même son nouveau CD et confier sa distribution à divers labels indépendants et pays “qui aiment vraiment Placebo”. “On souscrit à l’idée de redonner le contrôle à l’artiste, comme l’ont fait les membres de Radiohead. Ils ont mis leur dernier album en vente sur leur site web sans recourir à un label. Ils ont épousé les nouvelles technologies et Internet. Pourquoi pas nous ?” Sur le fond aussi, Placebo se renouvelle. Après 15 ans d’existence rythmés par un goût marqué de l’hédonisme, de la décadence et du spleen, le trio a décidé de grandir, de “sortir des ténèbres et d’entrer dans la lumière”. “On peut faire des choix, changer de mode de vie. On peut rendre les choses meilleures pour soi et pour les gens qu’on aime, pour notre planète”, avance Stefan Olsdal pour expliquer la thèse optimiste du disque. Un Placebo écolo ? “Brian est convaincu que le monde est foutu. Moi pas. Je pense que l’écologisme et le capitalisme peuvent ensemble sauver la planète. L’humanité n’a pas le choix, elle doit changer sa façon de vivre”. Alors, fini la fiesta ? “Les suicidés et les victimes du rock’n'roll nous servent d’exemple. Il faut tirer des leçons de l’histoire” répond sérieusement le bassiste.
Pour marquer son grand retour, Placebo a fait appel à Dave Bottrill, producteur de Tool, pour peaufiner un disque épique et dynamique. On retient d’emblée les chants pop de Ashtray Heart (pour l’anecdote, le nom originel du groupe à ses tout débuts), les pulsations glam rock de For What It’s Worth, les relents new wave de Bright Lights, les guitares nerveuses de Breathe Underwater, ainsi que Kings Of Medicine, la grandiose ballade qui clôt l’album sur une symphonie de synthés, de violons et de cuivres. “On a expérimenté pour la première fois les cordes sur notre dernier album et on a décidé de continuer avec celui-ci. Mais on aussi voulu élargir notre palette de sons, notamment avec des cuivres. Le but était de réaliser un disque plus coloré et imposant que les précédents”. Pari réussi. Battle For The Sun brûle d’une énergie contagieuse. “Cela faisait longtemps qu’on ne s’était pas senti aussi bien. Avec l’aide de Steve Forrest, Brian et moi avons retrouvé l’enthousiasme et l’alchimie que nous possédions il y a 15 ans” conclut Stefan Olsdal.








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