CHAOS COMPUTER CLUB
LES HACKERS SONT NOS AMIS
Texte par Lonesome As In Net / Image par Elena Montesinos
LE MYTHIQUE CHAOS COMPUTER CLUB (CCC) EST UN GROUPE DE HACKERS ALLEMANDS DE GÉNIE À LA RÉPUTATION SULFUREUSE DE PIRATES INFORMATIQUES DE L’IMPOSSIBLE.
Leur intelligence tactique digne d’un scénario de science-fiction est cependant bien réelle. Le CCC fait principalement campagne pour la liberté de communication sans aucune limite et se préoccupe de questions ayant trait à la culture démocratique de réseau pour promouvoir d’une façon générale la liberté d’information ainsi qu’une certaine éthique, tout en étudiant les impacts de la technologie sur la société et l’individu. Il s’agit en quelque sorte de super héros de l’ère électronique au service de la population. Le groupe se forme dans les années 80 autour du personnage visionnaire de Vau Holland, prédisant l’influence future de l’informatique sur l’humanité. CCC excelle alors dans le piratage de jeux vidéo Commodore 64 et Amiga, puis se fait rapidement remarquer aux débuts de l’ère du PC en s’amusant de façon spectaculaire des lacunes en matière de sécurité au sein des réseaux informatiques naissants. Le groupe compte aujourd’hui plus de 4000 membres actifs. Le CCC est devenu mondialement célèbre en attaquant le Bildschirmtext (version allemande du Minitel français). En 1984, il est parvenu à pénétrer une banque et à détourner 134 000 DM sur son propre compte bancaire. L’argent fut retourné le lendemain lors d’une conférence de presse, l’acte demeurant simplement sportif. Un tour de force qui fit la une des journaux et qui fait encore trembler plus d’un banquier aujourd’hui. Le mythe du hacker détournant des sommes gigantesques depuis son petit bureau enfumé était né.
Dernièrement, le CCC a révélé publiquement l’empreinte digitale de l’index droit du ministre de l’Intérieur allemand. Sur le site de l’hebdomadaire allemand Der Spiegel, CCC a publié l’information biométrique de l’homme politique. L’action a pour objectif de créer un débat sur les dangers et les vulnérabilités de la biométrie et de la construction d’un appareil de surveillance de type “Orwellien” en Allemagne. Ayant réussi à récupérer un verre dans lequel le ministre avait bu lors d’un colloque public, les hackers ont reproduit l’empreinte sur une petite pièce de latex, de façon à ce que n’importe qui puisse l’appliquer sur son propre index et usurper l’identité du ministre. Ainsi, un scanner d’empreinte digitale (système de contrôle d’identité pourtant supposé infaillible) peut le plus facilement du monde être dupé. Un exemple de cette procédure d’une simplicité renversante est d’ailleurs à disposition du public sur leur site, telle une recette de cuisine anodine à la portée de tous. L’aspect éducatif et didactique de CCC est d’ailleurs la dimension la plus remarquable de son concept. Dès leurs débuts, les membres du club ont toujours partagé leurs joyeuses pirateries avec le grand public, apprenant au premier venu des tours de magie électronique dignes de James Bond, appliqués pour leur part à s’attaquer aux plus grandes puissances de la planète. Parmi beaucoup d’autres, on compte dans les victimes de leurs exploits la NASA, le CERN, des groupes comme Microsoft et Siemens, et les procès et perquisitions sont pure routine au CCC.
Depuis 1984 (date emblématique) le CCC organise annuellement à Berlin le Chaos Computer Camp en été et le Chaos Computer Congress durant la période de Noël, proposant des conférences et des workshops publics afin de partager leurs découvertes avec d’autres éminences internationales du hacking. On peut assister à de nombreuses conférences en anglais et en allemand notamment dans le domaine de l’IT, de la sécurité Internet, du copyright, et de la cryptographie. Les thèmes de l’électronique comme moyen de protestation, ainsi que des vues sur l’évolution de nos sociétés sont aussi abordés. Le groupe publie également un magazine spécialisé : Die Datenschleuder. Durant le congrès de 2008 (24e édition) une démonstration a été faite de la vulnérabilité de la célèbre console Wii de Nintendo. La console a été hackée, les clés de cryptage et de décryptage découvertes en temps réel. Cet exploit permet désormais de faire tourner sur la Wii des programmes Homebrews (c’est-à-dire faits maison) et cela sans avoir besoin d’installer la moindre modchip dans la console. Quelques grincements de dents chez Nintendo et des censures de vidéos de l’événement sur Youtube s’ensuivirent. CCC utilise également son talent de façon purement artistique à travers une identité graphique très forte, dans laquelle les symboles de la piraterie apparaissent souvent en filigrane. Une très belle intervention a eu lieu entre 2002 et 2004 à Berlin sur la Alexanderplatz, lorsque le CCC s’est offert le luxe de transformer un immeuble entier en un jeu vidéo interactif à activer depuis son téléphone portable, la nuit. Chaque fenêtre de la Haus der Lehrers représentant un pixel, selon qu’elle soit allumée ou éteinte. Des parties endiablées de Pong géant ou autres jeux primitifs s’ensuivirent par téléphone mobile interposé. L’immeuble affichait également parfois un grand sourire monumental ou encore des messages privés. CCC a ainsi offert au grand public une belle démonstration de magie cinétique que beaucoup regrettent encore car cet immeuble revenu à son état normal semble à présent un peu trop “inanimé”. Il est indéniable que la dimension philanthropique et humaniste de la philosophie du CCC est tout simplement passionnante ! Ses prouesses sont toujours à la pointe de la technologie et il offre généreusement et démocratiquement à chacun la possibilité d’y accéder selon ses propres capacités. Et ce qui ne gâche rien demeure le fait qu’il ne s’agit même pas d’une légende urbaine : il existe bel et bien de gentils héros de l’ère informatique qui veillent sur nous…
Longue vie au Chaos Computer Club, car c’est certain : les hackers sont nos amis !


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