LE RÉVEIL DU SCORPION !
CHAMPIONNAT SUISSE DES RALLYES
Par Cédric Reynard
LA MARQUE SPORTIVE ABARTH AVAIT DÉJÀ, DANS SON HISTOIRE DE COMPÉTITION, ÉTROITEMENT ÉTÉ LIÉE À FIAT, EMBLÈME DE QUALITÉ ET PERFORMANCE QUI A VU SES 131 ABARTH DOMINER LE MONDE DES RALLYES AVEC LES TITRES MONDIAUX EN 77 ET 78 DU FINLANDAIS MARKKU ALEN ET EN 80 DE L’ALLEMAND WALTER RÖHRL. CETTE ANNÉE, ABARTH SUISSE, AVEC LA GRANDE PUNTO ABARTH S2000 ET OLIVIER BURRI, S’ATTAQUE AU CHAMPIONNAT SUISSE DES RALLYES.
Avec l’apparition en 2007 de la nouvelle catégorie S2000 (véritable voiture de rallye conçue autour d’un moteur 2 litres atmosphérique et disposant de quatre roues motrices), Fiat décide de retourner au rallye en relançant sa marque sportive Abarth et de renouer avec le succès d’antan avec la nouvelle Grande Punto S2000. Suivant l’exemple de la maison mère, qui engage plusieurs voitures dans le championnat IRC, Abarth Suisse décide de s’investir de même dans les rallyes du championnat suisse. Cette initiative d’un importateur souffle un vent bénéfique sur un championnat boudé par les importateurs suisses ou du moins dont la présence se fait discrète depuis plusieurs années.
Lors d’une invitation à une séance d’essais, la veille du Critérium Jurassien, j’ai pu rencontrer les acteurs du retour du Scorpion sur les spéciales (routes fermées où se déroule la compétition) du rallye suisse.
Afin de maximiser ses chances de résultats, Abarth Suisse a décidé de miser sur l’expérimenté Olivier Burri (quatre fois champion suisse des rallyes et huit fois vainqueur au scratch du Rallye du Valais). “Idéalement, j’aurais aimé avoir une deuxième auto avec un jeune pilote dans l’équipe aux côtés d’Olivier. Mais cela représentait un budget bien plus important et de ce fait notre choix s’est porté sur un pilote d’expérience” précise Timo Di Pardo, responsable du projet. Malgré le manque aux avant-postes de jeunes pilotes, l’argument est très compréhensible vu les investissements financiers déjà nécessaires pour la présence d’une auto. “Je reste très conscient de la difficulté aujourd’hui pour un jeune de se faire remarquer en rallye, d’autant plus qu’il n’existe plus de véritable Coupe de marque abordable. Chez Abarth Suisse, nous avons notre petite idée sur le sujet et cela pourrait être une deuxième étape dans notre investissement en rallye suisse”, ajoute Timo Di Pardo.
Au sujet de la jeunesse dans le domaine du rallye, Olivier Burri précise “Je parlais encore hier avec des amis d’une fameuse compétition dans le début des années 80. Cette coupe très stricte et basée sur une voiture quasi de série – si ce n’est quelques éléments de sécurité – permettait à un jeune d’aborder la compétition avec un budget minimum et de s’y faire remarquer. A chaque épreuve, il y avait vingt pilotes au départ !”. Cela fait plaisir d’entendre qu’Olivier, malgré sa passion toujours intacte pour piloter lui-même, se soucie de la relève. “Mes débuts en rallye datent de 1984. Je pensais en avoir fait le tour, mais avec l’arrivée des Super 2000, j’ai retrouvé un énorme plaisir à piloter. Ces voitures sont un véritable challenge : il est facile d’aller vite, mais pour aller très vite cela est une autre question, car la marge est fine. La tenue de route est exceptionnelle, mais attention de ne pas franchir cette limite, car il est très difficile de rattraper l’auto”, complète Olivier.
Effectivement, j’ai pu vérifier les dires d’Olivier en tant que passager (voir encadré) concernant cette limite très repoussée demandant une concentration de tous les instants et une préparation physique à ne pas négliger pour maîtriser la bête ! “Ces voitures demandent d’être un peu ‘chien fou’, car elles sont très pointues à piloter à cause de leur tenue de route supérieure à leur puissance. Cela signifie que la moindre erreur se paie cash et qu’on ne peut pas non plus se rattraper avec la puissance en cas de fausse trajectoire, contrairement avec une double WRC (voiture présente en Championnat mondial) qui dispose d’une puissance à bas régime permettant parfois de se sortir de mauvaises situations” avoue Olivier.
Conscient de cette difficulté d’exploitation, Olivier désire jouer sur l’expérience acquise durant ses années de compétition, mais précise toutefois, “Mon objectif est d’être en dessous de la seconde au kilomètre lors du Rallye du Valais (manche européenne), face aux pilotes professionnels qui seront présents avec la même auto”.
14 km en passager d’Olivier.
Lorsque vous prenez la place du copilote, ce qui surprend en premier est votre situation dans la voiture : la position est très reculée et basse, cela afin de maximiser le centre de gravité. Et ça vous déconcerte un peu de ne pas voir où les roues sont mises, mais cela est dû à mon réflexe de pilote, ce qu’un copilote n’a en fait pas à gérer !
L’habitacle est dénudé et seuls les éléments nécessaires sont présents, dont un arceau-cage, garantie indispensable en cas de friction appuyée. Le levier de vitesses monte jusqu’à la hauteur du volant permettant au pilote des mouvements rapides. Les rapports de vitesse sont courts et séquentiels ce qui propulse l’auto bien rivée sur ses quatre roues motrices de manière phénoménale. Les changements de vitesse sont tellement rapides et courts que vous n’avez jamais le temps de sentir votre dos se crisper pour ne pas traverser le siège baquet dans lequel vous êtes assis !
La route est fermée à la circulation. Heureusement qu’Olivier connaît par cœur le tronçon et n’a pas besoin de notes (définition du virage et de ses caractéristiques) car je me souciais plus de voir ce qui se passait et s’il allait enfin penser à freiner en arrivant à 160 km/h sur un virage serré à gauche qui devrait être abordé dans les 60 km/h. Mon expérience de la monoplace et de ce que je connaissais jusqu’alors des voitures fermées me disait qu’on allait avoir un problème pour prendre le virage. C’est au pied gauche de freiner de manière déterminée et lorsque Olivier entre les rapports de la même manière en poussant simplement par à-coups successifs sur le levier, la voiture, à mon grand étonnement, ralentit telle une monoplace Formule 3 ! Un petit coup de volant sec pour la faire pivoter afin de remettre au plus vite les roues droites et de bénéficier de la meilleure accélération possible. Vous volez de courbe en courbe sur cette petite route goudronnée forestière, à une vitesse moyenne bien supérieure à 100 km/h. Un dos d’âne se présente et vous êtes presque au rupteur en vitesse maxi lorsque le pilote vous explique par l’interphone du casque qu’il n’est pas trop content du comportement des pneus qui font que l’auto glisse plus que la normale… Tout pour vous rassurer ! Lors du retour, plus en confiance face à l’auto… et au pilote, je me permets de parler plus facilement avec Olivier sur cette tendance de l’auto à bouger, effectivement. Cette expérience me démontre encore une fois l’importance du copilote qui, à ces vitesses, doit pouvoir apporter les notes à la fraction de seconde désirée. La symbiose entre les deux doit être parfaite, sinon c’est la sortie assurée !
En descendant de l’auto, je me félicite de ne pas avoir trop mangé à midi et remercie vivement Olivier de m’avoir donné l’occasion de me prendre pour une boule de flipper !
www.abarth.ch
www.racingteamburri.ch



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