O’NEILL COLD WATER SERIES
Images & Texte par Stephane Robin
IL EXISTE ENCORE SUR TERRE DES CONTRÉES QUI SEMBLENT VENIR D’UNE AUTRE PLANÈTE. BIENVENUE DANS UN AUTRE MONDE, BIENVENUE EN TASMANIE.
Penal drop
Good bye les tropiques, voici venu le temps des compétitions de surf en eau froide. La dernière du genre s’est déroulée en Tasmanie. Pour le surfeur lambda, cette grande île isolée au sud de l’Australie relève de l’inconnu. Pendant longtemps on n’y allait que contraint et forcé. Aujourd’hui, l’ancien repère de prisonniers attire des extrémistes d’un autre genre : les chasseurs de vagues mutantes. Il faut dire que pour eux l’île a tout d’un paradis (sic !). Du Nord au Sud, la côte est parsemée de reefs inquiétants qui produisent des monstres marins ouverts au challenge. C’est dans ce décor incertain et vierge qu’O’neill a lancé la première des cinq étapes des Cold Water Series. Une mission difficile relevée par 150 surfeurs et vécue en live par Stéphane Robin.
Into the wild
Destination Marrawah (c’est bien un nom de bout du monde ça !). Et c’est à peu près la seule info que j’ai sur cet événement au moment de monter dans l’avion. Les compétiteurs sont à peine plus au courant que moi. Ça sent bon l’aventure. Equipé comme un explorateur du dimanche, je n’ai pas mis longtemps avant de me retrouver au volant d’une voiture couverte de poussière, perdu sur une piste à l’extrême Ouest de l’île. Sur ma carte griffonnée à la va-vite, je n’ai qu’une série de plages plus ou moins reliées à la route principale par des petits chemins. Je comprends rapidement que, pour m’en sortir, il faut que je repère le convoi de camping-cars des pros qui foncent dans le bush à la recherche de LA vague. En Tasmanie tout prend des proportions démesurées. L’éloignement, la violence du soleil, la puissance de la houle et même la taille des algues. Dès le premier jour les éléments se déchaînent. Les organisateurs ont opté pour une vague de récif particulièrement radicale. Un violent off shore balaye la côte et rend le spot encore plus difficile à surfer. Un vrai challenge pour la plupart des compétiteurs. On les voit essayer de dropper sur des murs d’eau bien raides avec des énormes morceaux de kelp qui leur passent au-dessus de la tête. Ça fait froid dans le dos. Appuyé à la rambarde de sa maison, Paul, un des rares résidants, profite du spectacle. “ça fait trente ans que j’habite là, il ne passe pas grand monde, mais on ne s’ennuie pas, on va à la pêche. Ici, la mer est pleine de ressources”. C’est vrai que le milieu marin a l’air bien vivant. C’est aussi ce qui effraie certains surfeurs. La peur du grand blanc se lit dans leurs yeux. Un risque qui n’a pas l’air d’inquiéter le Sud-Africain Jordy Smith, le genre de surfeur qui impressionne les juges et le public dans ces conditions sauvages. Durant cet événement, chaque jour qui passe est une découverte. Les organisateurs sont sur le pied de guerre avant le lever du soleil. Il fait encore nuit quand ils partent sillonner la côte en quête de la vague du jour. Ce n’est pas une mission facile. Après un lancement en fanfare, le swell se tasse un peu. La houle est grosse mais pas assez pour faire fonctionner les reefs et légèrement trop forte pour les plages qui ont tendance à saturer. Malgré cela, il y a toujours un beach break qui permet aux surfeurs de s’affronter. Japonais, Français, Brésiliens, enchaînent heat après heat du matin au soir sur des vagues qu’ils n’ont jamais vues. Les conditions sont variables mais la compétition est intense. Tube, air, gros carve, il faut user de tout son répertoire pour progresser d’un tour à l’autre. Sans compter la sélection naturelle. L’océan ici ne fait pas de cadeau.
Slow life
Hébergé à quinze kilomètres de Marrawah, je partage un condo en contrebas d’Arthur River. L’endroit est une sorte de “non lieu” constitué de maisons de vacances occupées en été. Dehors je ne croise quasiment personne. De ma fenêtre j’ai une vue sur l’embouchure de la rivière. Les vagues d’eau sombre se brisent au loin, en formant des barres infranchissables. Un rocher solitaire subit l’assaut des déferlantes. La plage est jonchée de dizaines de troncs d’arbre. Bizarrement il y a des panneaux “à vendre” sur beaucoup de maisons. Même le camping est à vendre. A Marrawah, c’est un peu le même rythme. Il y a un pub, une station d’essence, une caserne de pompiers et une église. Les fermes des alentours transforment les algues, l’or noir local, en produits de base qui serviront à fabriquer des cosmétiques. Pas la peine de demander du lait de soja au petit déjeuner, ici l’industrie laitière est toute-puissante. Dans la campagne verdoyante, il ne reste aucune trace des aborigènes. Il y a bien ça et là des sites qui étaient sacrés avant l’arrivée des colons, mais l’héritage du peuple des rêves s’est envolé avec son dernier représentant au début du siècle. De passage à Launceston, la grande ville du nord de l’île, je suis surpris par l’architecture imposante. J’apprends qu’elle est héritée d’une période glorieuse provoquée par la ruée vers l’or. La ville fut une des premières d’Australie à avoir l’électricité. On peut même encore visiter la petite centrale hydroélectrique d’époque, située dans les gorges d’une rivière à la sortie de la ville. La vie nocturne n’est pas le fort des Tasmaniens. Dès 17 ou 18 heures, la plupart des commerces ferment leurs portes. Les rues se vident. A 21h30, ce sont les bars qui ferment. Fortement imbibés, les jeunes se livrent alors à des courses de voiture en plein centre-ville. Ils roulent dans des vieilles bagnoles aux pneus larges. Ça fume et ça crisse dans tous les sens, sous les hurlements de ceux qui sont restés sur le trottoir. Un peu plus loin sur la côte est, le décor change et les températures remontent un peu. Wine Glass Bay est sans aucun doute un des joyaux incontournables de la région. Située dans un parc naturel, cette plage en forme de verre de vin est le lieu idéal pour la randonnée. De quelques heures à plusieurs jours, tout est envisageable. Le paysage, constitué de rochers plats et larges se découpe en strates de couleur ocre plus ou moins foncée. L’odeur des eucalyptus est omniprésente. A tout moment on s’attend à voir surgir un groupe d’Aborigènes, mais ce sont les kangourous et les wallabies qui peuplent ce sanctuaire hors du temps. Des petites vagues déferlent au hasard des pointes rocheuses du parc mais sans la force de celles que je retrouve à Marrawah le jour de la finale. Une fois de plus la vague de Bluff Hill est fidèle à sa réputation. Il ne reste plus que huit surfeurs pour relever le défi. Au fil de la matinée les conditions évoluent rapidement. Les vagues sont magnifiques et très puissantes. Il faut déployer beaucoup d’agilité et de technique pour ne pas se faire croquer par les tubes. C’est la nouvelle génération qui s’impose avec la victoire de Jordy Smith. A tout juste vingt et un ans, il laisse sa signature dans le ciel tasmanien, en pensant déjà à l’étape suivante qui se déroulera chez lui en Afrique du Sud fin juin. En route vers l’aéroport, j’apprends qu’un avion assurant la liaison avec Melbourne vient de se faire foudroyer ! Que des blessés légers à bord mais une odeur de brûlé assez flippante. Je ne me suis pas encore tout à fait habitué à la puissance des éléments sous ces latitudes “australes”.









