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A DEEPER SHADE OF BLUE

MERCI BRUCE
Par Jack Mccoy - Photos Tim McKenna - de l’anglais par Joël Espi

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J’AI GRANDI DANS UNE VILLE NOMMÉE KAILUA. ELLE EST SITUÉE SUR L’ÎLE D’HAWAÏ, SUR LA CÔTE NORD-EST DE OAHU. C’EST LÀ-BAS, ALORS QUE J’AVAIS ENVIRON 12 ANS, QUE J’AI VU MON PREMIER FILM DE SURF. C’ÉTAIT LE TROISIÈME FILM DE BRUCE BROWN, INTITULÉ SURFING HOLLOW DAYS. CELA SE PASSAIT DANS L’AUDITOIRE DE MON ÉCOLE, ET C’EST MON PÈRE QUI M’Y A EMMENÉ. PAT, LA FEMME DE BRUCE, ÉTAIT ASSISE À UNE PETITE TABLE POUR VENDRE LES TICKETS, ALORS QUE BRUCE LUI-MÊME LES VÉRIFIAIT À L’ENTRÉE. C’ÉTAIT UN SACRÉ SPECTACLE À L’INTÉRIEUR. TOUS CEUX QUI SURFAIENT DANS MON ÉCOLE ÉTAIENT LÀ, TOUT COMME BEAUCOUP DE SURFERS CONNUS VENUS DE TOUTE L’ÎLE. ON SENTAIT VRAIMENT L’EXCITATION DANS L’AIR, CE QUE JE DÉCRIRAIS COMME UN ÉNORME COUP DE POING PAR-DESSUS TOUT.

15 minutes après le début de l’événement, Bruce est monté sur scène et s’est présenté. Ils nous a raconté un peu comment s’était fait le film et ce à quoi on devait s’attendre dans la première moitié. Après un signe au projectionniste, qui éteignit la lumière, l’action est apparue dans un grondement mêlé de sifflements et de cris. Cela a continué durant toute la séquence d’ouverture. Une fois cette partie terminée, Bruce, assis à une petite table sur laquelle se trouvait un magnétophone à bande, commenta avec son fameux ton “pince-sans-rire” les images que nous étions en train de regarder. Je suis resté bouche bée durant les 45 minutes que ça a duré. Lorsque la lumière s’est allumée pour l’entracte, un énorme grondement est monté, et tout le monde s’est mis à parler de sa séquence favorite. J’ai convaincu mon père de rester un moment, et comme ça j’ai pu écouter Bruce qui avait plein de surfers autour de lui, et à qui il racontait des anecdotes sur le tournage. Cette nuit-là, je suis rentré à la maison complètement secoué, rêvant à une vie comme celle de Bruce Brown. Je n’avais pas réellement conscience que faire des films de surf allait devenir mon métier. J’ai aussitôt commencé à me procurer des posters pour chacun des films de surf qui étaient projetés en ville. Quelques années plus tard, j’ai rencontré Jim Freeman et Greg MacGillivray, qui m’ont d’abord pris sous leur aile en tant que poseur d’affiches, et après le lycée j’ai commencé à organiser des projections pour eux.

En 1970, je suis allé en Australie pour les Championnats du monde de surf. Greg et Jim m’ont proposé d’y présenter leurs films Waves of Changes et Five Summer Stories. Quelques années plus tard, en 1975, j’ai tourné mon premier film de surf : Tubular Swells. C’était hallucinant de réaliser un film comme mes héros en faisaient, et de faire partie de l’expérience des films de surf. A cette époque, les films étaient l’épicentre du mouvement, c’était une période où tout le monde venait voir le dernier qui sortait sur grand écran. Il faut se rappeler que ceci se passait avant la vidéo que l’on pouvait passer à la maison et avant qu’Internet nous permette de voir ce qui nous chante. Bien sûr, les magazines relataient ce qui se passait, mais c’était sur grand écran qu’on pouvait se rendre compte de l’action quasiment en grandeur nature. Par-dessus tout, les interactions sociales étaient une partie importante de tout cela. Il n’y a rien de comparable à 500 surfers dans une seule pièce, commentant dans le chahut général les séquences d’ouverture ou les chutes. C’était électrique.

deeper_02ptEnsuite est arrivée la vidéo. Au lieu d’aller au cinéma, les surfers, qui sont généralement fainéants de nature, avaient tendance à rester chez eux avec deux ou trois potes et un pack de bières, pour regarder la vidéo à la télé. Ce n’était plus pareil, et petit à petit le film de surf était en train de mourir. Au début des années 80, il était totalement mort. Après la vidéo, le DVD est arrivé sur la scène, et maintenant le film de surf de nos jours est généralement intégré à une couverture de magazine. Comprenez-moi bien. Je suis très content jusqu’où où la technologie a mené le surf, et de combien j’ai aimé avancer avec le temps. A l’époque, quand j’ai débuté avec Tubular Swells, l’excitation et l’étonnement étaient très intenses : apprendre à utiliser une caméra argentique, maîtriser mon exposition et mes cadrages, et me trouver à la bonne place au bon moment. C’était également la première fois que je shootais des images mobiles depuis l’eau. Armés d’une caméra Bolex étanche, la même qu’utilisaient les premiers réalisateurs de films de surf, mon partenaire Dick Hoole et moi étions comme des enfants dans un magasin de bonbons avec ces nouveaux jouets.

Mais ce qui nous a vraiment hallucinés, c’était le surf que nous avions pu capturer sur la pellicule. Burleigh Heads et Michael Peterson formaient, avec les autres, une bande d’une douzaine de gars. Ensuite, lors de notre voyage à Hawaï nous avons réussi dix jours de “west swell” dans un pipeline avec Gerry et Rory devant et Shaun, Bugs et Mike Tomson qui les talonnaient. Et finalement, la cerise sur le gâteau pour ce premier film, nous étions parmi les premiers pionniers en Indonésie. Lorsque nous sommes allés à Bali au début des années 70, Kuta était un village endormi de pêcheurs et de champs de cocotiers. Chaque jour, on pouvait découvrir un spot de surf. C’était une époque spéciale, et je pense maintenant, presque 40 ans plus tard, à quel point le surf s’est étendu. Je ne parle pas vraiment de comment c’était avant, mais juste du fait que ce ne sera plus jamais comme c’était.

Avec ceci en tête, j’ai commencé, il y a 4 ans, mon nouveau film intitulé Deeper Shade of Blue. En faisant les recherches avec mon vieil ami Derek Hynd, nous avons creusé profond dans notre culture du surf, avec l’objectif de nous concentrer sur les icônes de ce sport durant les 100 dernières années. Notre intention n’était pas de donner une leçon d’histoire, mais plus d’avoir une vision intérieure sur l’idiosyncrasie des icônes qui ont marqué l’histoire de leurs empreintes ce siècle dernier. Des histoires comme celle de ce surfer qui était capable de s’endormir debout, ou de ce gars qui n’avait jamais porté de chaussures à 60 ans passés. Des réponses à des questions du genre : qui était le surfer qui rida Waimea Bay la nuit sous LSD ? Qui a aidé à inventer un objet qui a coûté un œil à son père ? Et qui était la première femme hawaïenne à devenir maître-nageur ?

Le film inclura également des séquences sur des surfers d’aujourd’hui, des hommes, des femmes, et des enfants. Vous les rencontrerez…

Les locaux en Tasmanie qui ne vivent que pour l’une des vagues les plus grandes et les plus difficiles du monde ; un prodige du surf de 5 ans, issu de la troisième génération, et qui ride dans la maison spirituelle du surf, Waikiki ; un écolo multi-millionnaire de l’ouest de l’Australie, qui surfe là où il veut depuis son méga yacht aux émissions neutres de CO2, et qui met également son argent là où ça lui chante ; deux frères qui ouvrent leur bar pour le fun, face à la vague la plus parfaite et la plus légendaire de Californie ; un couple mari et femme, amoureux de la vie, qui vit son rêve de surfer le paradis australien de Noosa Heads ; un surfer hawaïen qui est une légende vivante sur son île et qui est le classique “homme d’eau”, qui pêche, plonge, bodysurfe, ride des short- et des longboards, pratique le stand up paddle, le tow-surfing, et dont la passion principale est le foilboarding sur une bande côtière isolée ; une étudiante de San Francisco dont la beauté, le talent et la personnalité – elle a les pieds sur terre – l’ont amenée des bus de la cité au Mexique rural dans un voyage qui combine les expériences, sa passion pour le surf et l’amour de connecter les gens entre eux grâce à leur vécu.

Les personnes que nous avons rencontrées sont révolutionnaires. Elles considèrent l’acte humble de rider des vagues comme leur cause, ont transmis le test de l’équilibre et de la force, du savoir-faire naturel de surfer à surfer, de plage en plage, de génération à génération, jusqu’à ce que cela devienne la révolution sociale que nous connaissons aujourd’hui. Au fil de ces séquences, j’ai eu l’occasion de capturer des éléments dont j’ai rêvé durant 30 ans. J’ai toujours inclus des prises de vue sous l’eau dans mes films, mais j’ai aussi été frustré d’être immobilisé sur un point fixe et de juste voir les surfers passer. Lors d’un de mes voyages, on m’a fait découvrir un jet-ski à batteries, très cher, qui me permet de bouger à une vitesse de 10 nœuds sous les vagues, ce qui me donne un “all access backstage pass” sur ce qui se passe derrière et dans la vague. Je suis aussi heureux de raconter que j’ai ressenti le même émerveillement que lorsque j’ai vu mon premier film de Bruce Brown et quand j’ai fait mes premiers films. Ce sentiment est plus fort que jamais. Pour ce projet, j’ai aussi shooté avec des caméras HD. J’ai dû tout apprendre sur un nouveau moyen de capturer les images… Et je peux vous dire que j’étais scotché par les images que j’ai réussi à avoir, directement à la sortie de la caméra. Pour moi, un autre grand bonus a été que contrairement à avant, où je shootais avec des objectifs à focales fixes, j’ai maintenant au bout des doigts un zoom qui me permet de danser avec le sujet, en faisant des zooms avant et arrière à ma guise, permettant ainsi au public de profiter de perspectives que je n’ai pas offertes dans le passé.

Tout cela et bien plus sera révélé dans notre nouveau film à travers l’histoire orale de notre sport, telle que nous la partageons dans l’arbre généalogique du surf – ou comme j’aime à l’appeler, l’Arbre de la Mer – qui continue de grandir dans l’océan d’amour avec sa “deeper shade of blue”, son ombre bleue plus profonde. Une Deeper Shade of Blue qui sera terminée début 2010. Suivez notre évolution sur www.adeepershadeofblue.com.

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