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AREA 241

MIKEY BASICH A CRÉÉ SA MAISON AVEC SES PROPRES MAINS Par Joël Espi et Corinne Tâche-Berther - Photos Mike Basich Mike Basich est sponsorisé par sa compagnie d’habits Two Four One, Smokin Snowboards, Spark et R&D Bindings.
mick-image1ptMike Basich : “Je pense que les rêves d’enfant prennent une place importante dans la vie de chacun. J’ai toujours pensé que certains devaient rester des rêves, et d’autres devaient se réaliser lorsque l’enfant à l’intérieur de toi a besoin de plus de place pour s’étendre. Le rêve de construire ma maison de mes propres mains est ancré en moi depuis que j’ai 11 ans. Ce n’est qu’à l’âge de 32 ans que j’ai senti qu’il était temps pour moi de réaliser ce rêve, et lorsque je regarde en arrière, je ne pense pas que j’aurais pu le faire plus tôt, même si je suis emballé par l’idée depuis très longtemps. Je peux dire que cela arrive à un moment de ma vie où j’avais besoin de m’étendre vers le haut, en même temps que de garder mes pieds au sol. Je savais que c’était dans les montagnes que je me sentais le plus vivant, j’ai donc atterri sur un magnifique terrain de 40 acres dans la région de Tahoe, justement en plein milieu de l’hiver. Je suis allé voir comment le vent, la neige et le soleil se déplaçaient dans cette région, et lorsque le printemps est arrivé, c’était comme déballer un cadeau de Noël. Une fois la neige fondue, je me suis retrouvé avec un tonne de granit devant moi. Durant cet hiver, je ne pouvais penser à autre chose que de faire les plans de ma maison. J’avais lu des choses au sujet du nombre d’or, et je pensais construire la maison selon cette règle de mesure. Mais j’en suis venu à penser que je devais laisser tomber tout ce qui avait un rapport avec les mesures et les structures, et trouver quelle forme avait un intérêt, et était juste à mes yeux. Partant du principe que c’était MA maison, j’ai commencé à penser aux moments de ma vie où je me suis senti le plus vivant. Tout est devenu clair : me trouver au sommet d’une montagne était ce moment. Sur toutes les photos de moi sur une montagne, j’avais cette position, mes bras étirés, et les pieds plantés dans le sol, à la façon d’une étoile. Cela m’a paru encore plus clair quand j’ai commencé à comprendre que j’étais ancré au sol et en train de m’étendre en même temps. Cela m’a scotché lorsque j’ai réalisé que cette posture était représentée depuis des siècles. Cette simple forme, avec tous les points de notre corps étirés, devient une étoile, si on connecte ses extrémités. Ce pentagone est devenu la forme de base pour le sol de ma maison. J’ai senti que c’était le moment parfait pour construire ma maison. Vous pouvez sûrement l’imaginer : L’endroit où se trouvaient mes pieds sur le dessin est devenu la porte, mes bras qui s’étiraient vers l’extérieur sont devenus les fenêtres et la vue ouverte (les fenêtres font quasiment la taille des deux murs, ndt). Comme souvenir de mon anniversaire, j’ai prévu de mettre à ma fenêtre une pièce de métal, de sorte que le jour de mon anniversaire, la lumière qui entre forme une étoile à l’endroit même ou est situé mon cœur, sur le plan dessiné. Un simple rappel de mon point de départ dans ce monde. Alors que le temps passait, j’ai réalisé que tout cela venait d’un instinct, et que si on le structurait, on finissait avec le nombre d’or, car notre corps est formé selon cette loi mathématique. Je pense qu’il y a toujours une place dans la création artistique pour que nous puissions créer ce que nous sommes, un espace tellement ouvert, qui devient vraiment l’inconnu, jusqu’à ce que vous viviez, grâce à cette passion, dans cet espace. On peut dire que ma maison est la toile sur laquelle j’ai peint l’image de ce que je suis en train de devenir. Et comme on peut le voir sur la photo, en regardant simplement autour de ma maison, il était clair que le granit était quelque chose qui survivait là-haut. Ma maison a donc été faite en granit. J’ai maintenant 36 ans, et ma maison devrait être terminée au moment où vous lisez ces lignes. Il est sûr que cela n’a pas été le moyen le plus facile de construire, avec les 5 km de télésiège l’hiver, et les routes chaotiques l’été. Mais les rêves ne viennent pas facilement lorsque que vous vous trouvez au somment de la montagne que vous essayez de conquérir, sinon cela n’aurait pas commencé comme un rêve. Non ?” mick-image2ptMike, tu vis la totale abondance, n’est-ce pas ? Que signifie pour toi l’abondance ? Eh bien, je n’ai jamais assez de powder turns  :-). Mais j’ai des souvenirs en abondance. Je n’utilise pas beaucoup le mot “abondance” lorsque je parle, mais je pense que cela correspond à beaucoup de ce que j’ai eu dans ma vie, ce qui signifie beaucoup de bons moments avec mes amis, et dans la neige. J’espère vraiment qu’il y en aura une tonne (en abondance) en plus l’hiver prochain. Vivre comme ça dans la nature doit être incroyable. Y a-t-il beaucoup de gens qui viennent te rendre visite ? Au cours des quatre dernières années, j’ai eu une bonne poignée de gens différents et d’amis qui sont montés là-haut. Dans les premiers jours, j’ai mis jusqu’à 5 heures pour tenter de rejoindre ma maison en motoneige, alors que cela prend normalement une dizaine de minutes. Mais avec une forte tempête, cela a nécessité du travail supplémentaire, ce que tout le monde n’est pas capable de faire. 5 heures à dégager ton engin au milieu de la nuit… Maintenant j’ai bien sûr une meilleure idée de ce que c’est de vivre au milieu de la neige. Même si j’y ai passé la plupart de ma vie, il y a quelque chose d’autre qui se passe quand tu te mets en situation de survie, ce qui est ce que je voulais. Inviter des amis de partout dans le monde à venir et à s’éclater m’a forcé à mieux m’équiper, dernièrement, pour me déplacer dans les grandes tempêtes. L’été est aussi incroyable ici. J’ai beaucoup de potes qui s’arrêtent ici. Je me trouve sur l’une des meilleures routes de mountain bike de Tahoe, donc c’est toujours fun, même si je ne suis pas un mountain biker. Raconte-nous comment tu tournes financièrement : Pour avoir de la nourriture sur mon assiette, j’ai ma compagnie d’habits. Mais ce n’est que 50% de mon revenu. Le reste vient de projets, de photos, de la vente de bois pour le feu provenant de mon terrain, un peu de mes sponsors de snowboard, et je travaille un peu dans le jardin de mes parents, donc ça aide aussi. L’argent produit de drôles d’effets sur les gens lorsqu’ils s’imaginent devenir riches. Je n’ai jamais entendu l’histoire d’un type sur son lit de mort qui aurait souhaité avoir gagné plus. La chose que tu possèdes et qui te fait te sentir riche ne se trouve pas dans l’argent, elle ne peut même pas s’en approcher. Je pense que c’est d’avoir trop de choses matérielles qui rend l’homme malheureux, à un point qu’il n’arrive plus à vivre sa vie. Cela arrive lorsque l’on vieillit, c’est pour ça que j’essaie d’avoir ma liberté, elle m’est nécessaire. C’est la partie de la vie que je chéris le plus, et je pense que je serais des plus préoccupés si je perdais ça. Tu as donc 36 ans aujourd’hui. Quelle est, d’après toi, la meilleure chose lorsqu’on prend de l’âge ? Aaah… Je dirais être bien ancré sur ses deux pieds. Se sentir satisfait. La connaissance n’a pas de prix. Pour moi, c’est très excitant de vieillir, c’est une partie de ma vie qui vient vraiment avec mes expériences passées et mes connaissances, et maintenant je vois tout s’associer d’une façon qui me semble juste, quelque chose qui a du sens dans ma vie. Comment vois-tu ton avenir ? Tu sais, j’ai passé beaucoup de temps à parcourir des distances incroyables juste pour montrer ce que je savais faire, ou satisfaire un sponsor. Maintenant, j’aurais plus envie qu’une personne vienne chez moi et que je lui montre ce que je fais, plutôt que d’éparpiller mon savoir en petits morceaux. La vie part dans tous les sens lorsque tu dis “oui” à toutes les opportunités qui se présentent. Je dois sentir que celles que je choisis sont les bonnes. Autant j’ai aimé partager dans le passé, autant on peut dire maintenant que je me concentre plus sur moi. Il y a certains projets auxquels j’aimerais donner vie et que j’avais laissés de côté. L’un d’eux est mon projet de voiture électrique, et d’avoir le temps de peindre à nouveau, de faire plus d’art. Est-ce que tu vois aussi du positif dans la crise actuelle ? Absolument ! Pour ma part, j’ai ajusté ma vie pour que mon quotidien soit meilleur marché. Je pense que si les gens perdent leur argent, cela a des effets positifs. Ils sont plus conscients de ce dont ils ont vraiment besoin. Ici, aux States, les gens ont vraiment beaucoup trop de choses. La crise ralentit les achats, les gens réutilisent ce qu’ils ont, éteignent les lumières quand ils n’en ont pas besoin, prennent le vélo à la place de la voiture. Ce ne sont que des bonnes choses. Tout le monde a l’air sonné à cause de ça, parce que c’était différent il y a quelques années. Mais l’un dans l’autre, cette crise aide à faire des progrès contre le réchauffement climatique, et les gens deviennent de plus en plus conscients de l’impact qu’ils ont sur l’environnement. Là-haut dans ta montagne, tu dois vivre un silence absolu. Que signifie pour toi le silence ? C’est un endroit où vivent les nouvelles idées. Le silence peut être un lieu très excitant. J’essaie toujours de donner du silence à une personne lorsque je parle avec elle, c’est un lieu nécessaire. Il fait partie intégrante de l’équilibre. Je dirais que c’est la partie de l’équilibre qui me plaît le plus. Et que t’apporte la musique ? Un moment de détente. C’est marrant, c’est justement l’opposé de la question précédente. La musique remplit l’espace, donc elle t’aide à ralentir tes pensées, ce qui t’aide à te relaxer. Tu vois ? Lorsque je pense à ça, je me dit que si cet espace est un champ, ta réaction est de le remplir d’une manière différente, donc tu n’utilises pas beaucoup ton cerveau, tu utilises les autres parties de ton corps. C’est peut-être pour cela que lorsque les gens courent ou ont une autre activité physique ils écoutent de la musique pour ne pas penser à d’autres trucs. Hmm. J’écris cela dans un lieu très calme, mon cerveau réfléchit sûrement trop  :-) Andy Finch sur Mike : “Chacun a rêvé d’avoir son petit coin de paradis, Mikey l’a créé. Ce n’est peut-être qu’un paradis de 40 acres, mais les frontières de son début et de sa fin me sont inconnues. Tu arrives là-bas, et c’est ouvert sur des kilomètres et des kilomètres. Peut-être es-tu un snowboarder qui veut droper des falaises ou construire des kickers ? Certains pourraient vouloir s’arrêter après avoir fait du mountain bike sur le chemin du canal. D’autres aimeraient aller s’éclater aux alentours avec leur nouvelle snow machine. Peut-être que tu es plus chill, et que tu préfères observer la vie sauvage sur la deck de Mikey, et profiter de la vue. Peut-être es-tu un fan d’eau, et que tu préfères aller te baigner dans l’une des magnifiques criques du lac, un peu plus bas. Moi j’ai choisi le tout ! Mikey a construit une incroyable maison, totalement de ses mains. Lorsque je dis de ses mains, cela va bien plus loin que ce que l’on pourrait imaginer. Lorsqu’il construit une porte, il fait sécher le bois qu’il a lui-même coupé sur sa propriété. La charnière et le cadre, il les fait lui-même. La forme de la poignée en bois de cerf est incroyable. La porte entre parfaitement dans le mur de pierre autour d’elle. Chaque élément est traité jusqu’au plus petit détail. La chose incroyable est le nombre d’amis qui lui ont apporté leur aide. Je pense que c’est parce que les gens sont soufflés, non seulement par le talent de Mikey, mais également par sa personnalité. C’est un être unique et terriblement créatif”. Rich Van Every sur Mike : “La première fois que je suis arrivé à l’ AREA-241, c’était simplement époustouflant. Voir ce que Mikey avait fait de ses mains nues, dans un vrai travail d’amour, était tellement inspirant. Ce n’est pas simplement une cabane et une zone de ride. Pour moi, c’était une expression unique de création passionnée. Je respecte Mikey pour avoir pris sa vie en main et fait quelque chose qui aide à soutenir et préserver l’environnement. En voyant le tire-fesses en cordes qu’il avait construit, cela m’a montré que Mikey aimait faire les choses à sa façon. L’engin sortait tout juste d’un film de savant fou, et ça marchait vraiment ! Je m’inclinerai toujours devant M. Basich. Comme notre bon pote et légende du snowboard Jason Ford le proclame : Mikey à gagné !”

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