XAVIER ROSSET
RACONTE SES 300 JOURS SEUL SUR L’ÎLE DE TOFUA
Par Corinne Tâche-Berther et Cira Riedel - Photos Xavier Rosset
IL NOUS EST REVENU VIVANT ! XAVIER ROSSET A TENU SON PARI DE RESTER 300 JOURS EN SOLITAIRE SUR L’ÎLE DE TOFUA, PRÈS DE TONGA DANS LE PACIFIQUE SUD. PENDANT 300 JOURS, IL S’EST RAPPROCHÉ DE LA NATURE SAUVAGE, MAIS SURTOUT ET AVANT TOUT DE SON FOR INTÉRIEUR. QUE RESSORT-IL DE CETTE MAGNIFIQUE AVENTURE ? PAR UN BEAU JOUR DE JUILLET, IL EST VENU NOUS CONTER SON HISTOIRE…
Quel honneur de recevoir ce héros moderne chez nous, juste quelques semaines après son arrivée sur le sol helvétique. On peut lire la sagesse dans ses yeux qui rayonnent à chaque parole prononcée. C’est sûr, Tofua l’a ancré. Cette île de 60 km carrés lui a généreusement offert son âme et son silence. Xavier vibre encore à son rythme.
Pour revenir à notre interview d’avant ton départ, cher Xavier, nous t’avions demandé si tu t’étais suffisamment préparé. Rétrospectivement, qu’aurais-tu fait autrement ?
Je ne sais pas. Je pense que j’étais prêt physiquement. Peut-être que je me serais mieux préparé à la solitude. J’aurais peut-être fait venir quelqu’un après 3 ou 6 mois… un ami pour me recharger. Il n’y a pas de mots pour décrire la solitude. Il aurait pu apporter des réponses à mes questions qui tournaient sans cesse dans ma tête. Des questions existentielles, sur la nature, sur moi, savoir si je suivais toujours mon fil rouge…, car quand on est seul, on peut devenir fou sans s’en rendre compte. En quelque sorte, on doit être son propre psychologue.
Mais les réponses te sont quand même parvenues, n’est-ce pas ?
Au début non, j’avais trop de brouillard dans ma tête. Ensuite petit à petit il s’est dissipé et quelques jours plus tard certaines réponses sont arrivées. Elles me sont venues soit par intuition, soit dictées par la nature. Il faut juste rester attentif à la question que tu te poses. Un exemple : un jour, je devais fabriquer le toit étanche et il me restait encore un peu de travail que je voulais repousser au lendemain. Mais ma petite voix intérieure m’a dit : «Non, fais-le maintenant», et au moment où j’ai fini de poser le toit, une pluie torrentielle est tombée… Sans toit, j’aurais été trempé ainsi que toutes mes affaires. Oui, quand tu poses une question, la réponse arrive…
T’a-t-il fallu longtemps pour trouver la nourriture sur l’île ?
Heureusement, j’avais pris 15 kilos avant de partir, sinon je serais mort de faim le premier mois. J’ai commencé par manger des noix de coco, mais comme c’est un laxatif, ça a occasionné quelques problèmes digestifs. Par chance, j’avais déjà une petite idée de ce que je pouvais manger, il me fallait juste du temps pour savoir où trouver et comment reconnaître les crustacés, les fruits et les racines comestibles. Je récoltais l’eau de pluie dans mon sac étanche et j’ai trouvé un petit réservoir dans une école en ruines, seul bâtiment en dur, témoignant de la présence d’habitants jusque dans les années 1970.
Et tu n’es donc jamais tombé malade ?
Mis à part la diarrhée pendant une semaine et demie, non. Mais je pense que si quelqu’un se rend là-bas, il vaudrait mieux qu’il prenne avec lui des pastilles de purification. Par deux fois j’ai eu des petites blessures qui m’ont démontré que notre corps n’est plus habitué à vivre dans la nature. En revanche, l’infection que j’ai eu au doigt m’a causé énormément de soucis, car je savais que si elle se répandait, je devrais me faire évacuer dans les plus brefs délais. Le problème est qu’il aurait fallu 2 à 8 jours au petit bateau pour venir me chercher. C’est la seule fois où j’ai consulté mon médecin d’exped’, Jacques Richon, par téléphone satellite. Il m’a conseillé d’ouvrir la plaie avec une lame de rasoir. Comme c’est toujours humide, ça a pris un mois et demi pour cicatriser. Je gardais mon doigt bandé et pour désinfecter, j’utilisais l’eau de mer.
Tu as donc poussé tes limites plus loin que tu le pensais ?
Totalement. Quand tu rides en snow, tu sécrètes énormément d’adrénaline et tes limites sont dans ta tête. Tu es à 100 % pendant 2-5 minutes. A Tofua, c’est toujours le même rythme et le même calme, le même bruit de vagues, le même vent dans les arbres pendant 300 jours. C’est très contemplatif, il n’y a rien qui te procure cette adrénaline qui te booste. Tous les capteurs que tu as en snow s’éteignent. Tu dois donc repousser tes limites et accepter ta situation. Si un jour tu n’as rien à manger, alors tu ne manges rien. Si tu manges une noix de coco, tu sais que tu n’auras rien d’autre. Tu dois accepter d’être tout seul, sans personne d’autre, tu dois apprendre à devenir zen. J’aurais pu m’énerver très très souvent ! Mais pour évacuer la pression, quand je tombais, je restais par terre et je riais. Je relativisais beaucoup les choses. C’est drôle, on vit tous sur la même planète mais chacun dans son propre monde. J’ai appris à relativiser. Si aujourd’hui il me manque 100 francs pour payer ma facture de téléphone, ce n’est pas grave. On désapprend le jugement. Tu choisis les comportements que tu veux avoir. Gueuler et se plaindre, ça n’a rien de créatif. Sur l’île, tout est «peace», tranquillité. Avec le temps, tu commences à prendre ce rythme. Au début, je faisais tout trop vite, ensuite trop doucement, et finalement j’ai trouvé le bon tempo. Tu n’as pas de référence externe, personne sur qui te fixer. Que tu sois en ville, en montagne ou sur une île, le rythme du lieu est différent et spécifique. Tu es obligé de t’adapter.
As-tu eu une fois peur de mourir ?
Non, car je n’ai pas peur de la mort. On va tous mourir, c’est un fait. Mais j’ai fait ce qu’il fallait pour ne pas disparaître. Le sol instable du cratère aurait pu céder sous mes pas et me projeter dans le ravin du volcan, profond de 160 mètres. J’aurais pu tomber dans un des multiples trous cachés dans la végétation ou encore me faire arracher des récifs par les grosses vagues. Il y avait des serpents marins dix fois plus venimeux qu’un cobra. Il faut se méfier de la nature. J’ai quelquefois eu des morsures d’araignée dont j’ignore le degré de danger et j’avais entre dix et cinquante piqûres de moustique par jour.
Tu aurais donc dû prendre une moustiquaire avec toi…
Oui, une énorme moustiquaire trois places, et aussi une maison à deux étages avec piscine et une Playstation 3 avec 350 chaînes décodées. Tout le monde me disait de prendre ci et ça. Pour finir, j’ai pris avec moi 50 mètres de fil de pêche, un couteau suisse, une machette, les habits que j’avais sur moi, quatre paires de chaussures et l’équipement technologique qu’il me fallait. Je n’ai lavé mes habits que trois fois en 10 mois ! J’ai remarqué que l’être humain s’auto-nettoie très bien tout seul, la peau, les cheveux… c’est la liberté absolue de ne pas avoir besoin de se laver, de faire ce que l’on veut, quand on le veut et comme on veut… Il faut juste respecter la seule condition : ce n’est pas toi le boss sur l’île, il faut respecter ses règles, comme ne pas se balader la nuit, ne pas faire le con et ne pas toucher un nid de guêpes ! La première fois qu’une guêpe m’a piqué je ne sentais plus mon omoplate. Elles sont trois fois plus grandes que chez nous. Une semaine plus tard, j’ai été piqué par cinq guêpes qui m’ont anesthésié la main et les deux mollets. Il y avait des nids énormes et si tu te fais piquer par cinquante guêpes, t’es raide. Il ne faut pas croire que tu es le boss invincible. Il faut rester humble et accepter les éléments.
En Suisse, on a eu très peur pour toi quand on a entendu qu’un énorme cyclone tropical se préparait vers Tonga. Raconte…
Toute dépression a des signes avant-coureurs. Je les ai vus et je m’y suis préparé. Le centre du cyclone est passé à 80 kilomètres de l’île. J’avais anticipé ce genre de problèmes en construisant ma cabane à 60 mètres de l’océan et à 15-20 mètres de haut. J’ai juste eu le temps d’enlever le panneau solaire que j’avais construit, dont le petit socle était déjà en train d’être emporté par les vagues. Lorsqu’il a commencé à pleuvoir et à venter, je n’ai plus bougé, j’avais confiance dans mon petit abri. Ma cabane était totalement ouverte sur le devant et le vent violent ramenait des jets d’eau salée à angle droit. J’ai passé toute la nuit trempé et recroquevillé derrière ma box. Il faisait nuit noire et seuls des éclairs illuminaient de temps à autre l’île. Tu n’entends que le vent et le bruit fracassant des vagues, tu ne vois rien ! C’est drôle tout ce que l’ouïe interprète… J’ai attendu toute la nuit et le matin, une première éclaircie illumina l’océan, le soleil arriva, et enfin j’ai pu recommencer à souffler. L’eau était arrivée à 8 mètres devant et à 2 mètres en dessous de ma cabane. Elle avait balayé toute ma réserve de bois. L’eau avait tout ramassé, l’herbe et tout ce qu’il y avait sur les rochers. C’était impressionnant. Cette fois-là, j’ai appelé la Suisse pour rassurer mes proches en leurs disant que tout allait bien.
As-tu pleuré ?
Oui, une fois… non, plusieurs fois en fait. Dix jours après mon arrivée, le 26 septembre, j’ai eu une baisse de motivation en trois secondes. C’était comme si on m’avait enlevé la prise. J’avais vécu 10 jours à fond et là surgissait le manque ! Le trou noir. J’ai tout arrêté, je me suis confié à la caméra et ensuite, c’est allé mieux. D’autres fois, je ne pleurais pas vraiment mais j’avais la larme à l’œil. J’avais emporté avec moi un drapeau blanc avec plus de cent messages de mes amis et de ma famille. Toutes mes émotions étaient à fleur de peau. Le message de ma maman et de ma sœur («petit frère, choisit une étoile, elle te guidera»… et des messages qui te parlent de l’amour, comme celui de ma petite amie Natalie, m’ont énormément touché (aussi là, il a les larmes aux yeux). Le départ de l’île après 10 mois était aussi puissant en émotion : du fait de me rendre compte que j’étais en train de quitter cette maison de fortune que j’avais construite et de savoir que ce jour-là, à ce moment précis, l’aventure se terminait. Mais la fin de quelque chose annonce un nouveau départ. J’ai appris à écouter mes sentiments, car si je les ignorais je ne pouvais pas être en phase avec moi-même. Tu dois faire ce que ton corps te dit, autant physiquement que du côté psychologique. Ici en Suisse, on n’a pas besoin de trop s’écouter car l’on peut avoir tout ce que l’on veut facilement. Je me suis rendu compte qu’il faut avoir des buts dans la vie pour être bien. C’est ce qui importe le plus, c’est ce qui te booste pour aller de l’avant. J’ai donc commencé à construire un banc avec trois arbres que j’ai assemblés et couverts d’une feuille de cocotier tressée. C’était mon luxe suprême. Je ne devais plus m’asseoir par terre et j’étais content d’avoir amélioré les environs de ma cabane (lueur de fierté dans l’œil) ! Afin d’avoir la vue sur l’océan, j’ai également coupé quelques arbres puis je me suis construit mon petit chemin pour aller à ma cabane. Ensuite pour varier un peu, je me suis dit qu’il m’en fallait un deuxième… J’avais donc deux possibilités différentes pour me rendre à mon abri. Mon petit cochon n’arrêtant pas de détruire mes passages j’ai bien vite décidé de nettoyer toute la place. Moralité : même si t’as rien, tu cherches à créer des petites choses pour aménager ta petite place, ton chez toi.
Tu as eu une compagnie un peu spéciale pendant trois mois…
L’île abrite des cochons sauvages. En février, j’ai décidé de construire un piège à cochons en creusant un trou et le recouvrant de feuilles sèches. Deux jours plus tard, en le contrôlant, j’y découvre un bébé cochon. Il hurlait si fort que j’ai pu l’entendre à plus de 100 mètres. C’était une petite femelle, elle devait avoir un mois et mesurait 25 cm pour 2 kg maxi. On lui voyait les os. Je l’ai ramenée au camp et l’ai nourrie pendant une semaine au lait de coco avec une seringue. Je n’étais pas sûr qu’elle survive sans sa maman. Ce n’était pas arrangeant, car si elle mourrait, je n’aurais pas mon bon repas, la bête une fois engraissée (Xavier !). Au bout de sept jours, elle me suivait partout et était très affectueuse. Je l’ai appelé Peggy. Elle est devenue mon amie et mon repas de carnivore tant attendu est tombé à l’eau. Pas grave car j’avais plus besoin de compagnie que de viande. Notre amitié a duré trois mois et un beau jour, elle est repartie dans la forêt rejoindre ses congénères. Elle restera un souvenir très attachant. Merci à toi ma petite Peggy de m’avoir accompagné dans ce beau voyage.
Quel a été le moment le plus magique et le plus fort ?
Je ne sais pas, c’est difficile à dire… j’ai eu des hauts et des bas constants. Certaines fois, je découvrais de nouveaux fruits et pouvais en collecter assez pour quelques jours. Voilà un exemple de bons moments. Ils sont très simples mais procurent un sentiment de satisfaction intense. Manger et boire sont les bases de la survie. En Suisse, cette phrase est déplacée et désuète mais sur l’île c’est ton leitmotiv, ce qui te fait te lever le matin. Pour les moments moins cool je penserais à l’infection au doigt. Sinon, rester 8 heures à pêcher et ne rien attraper fait partie des moments moins sympas car tu le fais pour te nourrir et pas pour le fun, ça démoralise un peu. Mais le plus grand moment a certainement été d’accepter l’idée du choix que j’avais fait : vivre en autarcie pendant 300 jours. Je pense que c’est l’action et non la parole qui détermine qui nous sommes. J’ai donc gardé le silence sur ce projet pendant les dix premiers mois de préparation alors que j’étais bombardé de questions, que les gens voulaient savoir. Maintenant que je l’ai fait, ils savent. Chaque chose en son temps. La magie du moment est partout, faut juste ouvrir les yeux !
Quelle a été ta motivation principale à vivre cette aventure ?
A la base c’était de réaliser un rêve. Petit déjà, assis sur les bancs d’école, je regardais dehors et voyais ces gens qui me paraissaient libres. Je voulais être comme eux et voyager pour voir si ce qu’on disait au TJ était vrai. De 20 à 30 ans, le snowboard freeride m’a permis de voyager et de découvrir le monde. Maintenant j’ai toujours l’envie d’apprendre par le voyage et je peux élargir mes horizons, sortir du contexte montagne. … J’ai joué cartes sur table, tout remis en question, pour savoir ce que j’avais envie de faire et comment… J’ai trouvé des réponses et j ai foncé.
Faut-il avoir une âme d’aventurier pour une telle réalisation ?
C’est une question de perception. C’est dans la tête. On est tous les aventuriers de nos vies. Tu peux très bien regarder un oiseau sur un arbre pendant 20 minutes et trouver que c’est une aventure. C’est le piment que tu mets dans ta vie qui importe. Si tu veux faire une telle expédition, fait-la. La bonne question n’est pas de savoir si tu es capable de vivre 300 jours sur une île déserte, mais de trouver ce que toi tu voudrais entreprendre, et le faire. A un certain moment, il faut arrêter de discuter et faire les choses.
Comment parvient-on à savoir ce qu’il nous faut ?
Nous avons tous une petite idée bien enfouie de ce que nous voulons faire ou être. C’est un choix ! Il faut écouter sa voix intérieure et il faut se donner les moyens de se réaliser. Selon moi, le but dans la vie est de vivre ses rêves et non pas de rêver sa vie, ce que nous faisons souvent ! Je trouve que l’on ne s’octroie pas assez de temps pour penser à ce que l’on veut vraiment, ici bas. On a tous quelque chose au fond de nous qui n’attend que de voir le jour… Nous sommes tous les acteurs et les héros de nos vies. Avec cette expédition un peu spéciale, je savais que j’impliquais volontairement d’autres personnes dans mon rêve. Si cela a pu donner à certains une autre façon de percevoir le monde qui les entoure, j’en suis heureux. Nous ne voyons que ce que nous croyons possible. Le plus dur dans la vie, c’est de ne pas avoir de but ! Sur une île inhabitée, tu sais pourquoi tu te lèves tous les matins, il n’y a personne qui va faire le travail à ta place et si tu ne fais rien, tu meurs de faim ou de soif. Tu ne peux compter que sur toi-même, tu apprends à avoir confiance en tes capacités, à ne plus douter, donc tu repousses tes limites vachement loin et ça te fait grandir intérieurement.
Quel a été le but principal de ton voyage ?
Il y a différents buts à cette expédition au bout du monde. Certains buts sont purement personnels alors que d’autres sont plus larges et visent au partage et à la réflexion collective :
- Sortir du système que l’on connaît et effectuer un retour draconien à la nature.
- Me donner du temps pour penser par moi-même afin de connaître mes véritables motivations.
- Faire un voyage intérieur et apprendre à me découvrir sous d’autres facettes.
- Montrer à travers le documentaire qu’il y a plein de manières de vivre et de se réaliser.
Comment s’est passé ton retour en Suisse ?
Il y avait cinquante personnes qui m’attendaient à l’aéroport avec des sonnettes et des hurlements. Nathalie, mon amie, ma maman, Gégé (Géraldine Fasnacht), et Mr Mac Wills ont pu venir dans la zone de transit. On s’est embrassé pendant 5-10 minutes, il y a eu beaucoup d’émotion, quelques larmes (là aussi, des larmes pointent au coin de ses yeux), et beaucoup de joie. Pour moi, ce fut un moment très spécial que j’avais imaginé durant tout mon trip : revoir mes proches et pouvoir les serrer dans mes bras. Le moment n’est pas facilement descriptible. Nous avons ensuite pris le bus pour Verbier. Gégé m’avait préparé une petite abricotine et le vin valaisan coulait à flots. Arrivés au chalet, nous avons mangé la raclette jusqu’à 2 heures du matin… c’était énorme. A 5h30 du matin tout le monde est parti dormir sauf les irréductibles avec qui je suis parti voir le lever de soleil à 2500 mètres d’altitude. Je n’avais pas l’impression que c’était quelque chose de nouveau pour moi. Je revenais dans la vie de tous les jours. Quand je demande à mes potes : Tu as fait quoi ces dix mois ? Ils répondent quasi tous : «Rien de spécial. La routine et ça continue».
A présent, portes-tu un autre regard sur le temps ?
Ce que j’ai pu constater, c’est que la perception du temps est relative. Ce n’est pas le temps qui passe, c’est nous qui le traversons. Le but du voyage est d’apprendre et de s’ouvrir aux autres et aux choses ! Sur l’île, j’ai si bien arrêté mon temps qu’à mon retour j’apprenais que ma sœur s’était mariée et était enceinte de huit mois et demi ! Elle a accouché le 10 juillet d’un petit Louis. Longue vie à toi mon petit bonhomme !
Quelle est la réponse la plus importante que tu aies reçue ?
C’est que la seule chose qui peut rendre un rêve impossible c’est la peur d’échouer. Quand on veut on peut. Toute limite peut être repoussée jusqu’à un certain point. La condition est que tu le fasses tranquillement, à ton rythme (sourire). Il ne faut pas brusquer les caps sous peine de franchir cette ligne invisible qui peut être irréversible. Nous avons tous nos limites, c’est normal, c’est notre assurance vie, mais tu serais étonné de voir jusqu’où tu peux les repousser quand tu n’as pas le choix… J’ai écrit une page d’histoire. Ce n’est pas une page de l’histoire du monde, ni de l’humanité, mais de ma propre histoire. Il faut que l’on soit conscient que tous les jours on écrit notre histoire et je crois que l’on se définit par ce que l’on fait et non pas par ce que l’on dit. C’est ce qu’on réalise aujourd’hui qui bâtit notre lendemain.
Depuis son arrivée sur la terre helvétique, Xavier est appelé à venir parler de son expérience extraordinaire lors de conférences, à la télévision ou à la radio. Olivier Vittel va réaliser un documentaire de 52 minutes qui sera prêt dès fin septembre. Sur www.xavierrosset.ch vous pouvez suivre son périple semaine après semaine, de vive voix, sur l’île de Tofua.










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