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MUSICA SURFICA

LA FABULEUSE HISTOIRE D’UN SURFEUR VIRTUOSE
Par Stéphane Robin - Photo Sean Davey

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ET SI DEMAIN ON SE ME METTAIT TOUS À SURFER SANS AILERONS ? C’EST UN PEU LA QUESTION QUE SE SONT POSÉE LA DIZAINE DE SURFEURS DE MUSICA SURFICA.

Un film australien tourné à King Island, sous l’égide d’un violoniste surfeur, Richard Tognetti, et de Derek Hynd, véritable gourou du surf contemporain. Le résultat est assez surprenant : on assiste à une sorte de renaissance du surf. Chaque surfeur redécouvre son terrain de jeu avec de nouvelles perspectives grâce à ces planches finless. Le lien entre la musique classique et le surf s’impose d’emblée comme une évidence, tellement la fusion entre l’homme et la vague semble presque religieuse. Après un baptême assez rude, les lignes s’épurent et le mouvement s’accélère. Surfer sans dérive, que ce soit sur une planche classique ou sur une alaia, c’est donner plein pouvoir à la glisse, apprendre à aller avec le flow dans l’incontrôlable, flirter avec l’inconnu. A ce jeu-là, c’est Derek Hynd qui impressionne le plus par son habileté phénoménale.

Cet ancien surfer pro australien au parcours atypique, a longtemps aimé terminer ses vagues par un 360°. Victime d’un accident de surf à l’âge de 23 ans, il perd l’usage d’un œil mais termine quand même septième mondial l’année suivante. A 25 ans, il décide de se retirer du circuit pour se consacrer au journalisme. Résidant en Afrique du Sud, en face de la fameuse droite de Jeffreys Bay, il n’a cessé d’expérimenter différents styles de planches pour entrer toujours un peu plus en communion avec la vague. Du fish aux planches asymétriques, il en est venu aujourd’hui à glisser sur des engins hybrides aux formes hypothétiques. Creusés de concaves étranges ou à peine travaillés, ces “surf crafts” paraissent tous plus étranges les uns que les autres. L’alaia étant bien sur la forme la plus pure et la plus historique qu’il utilise. Héritage de la culture hawaïenne, cette planche longtemps reléguée au musée reprend vie sous ses pieds et continue de nous fasciner. Derek est capable de surfer le 3 mètres tubulaire de Jeffreys Bay sur un morceau de planche dont il est difficile de donner la taille tellement il ne ressemble à rien. L’osmose parfaite entre vitesse et contrôle le place dans une autre dimension du surf. Passager de la vague, il se laisse glisser sans fin sans jamais briser l’énergie qui le propulse. Il domine quand même le sens du mouvement en envoyant des tail-slides reverses dans un sens comme dans l’autre.

L’éventail des planches utilisées dans ce film montre aussi la diversité des objets que l’on peut utiliser pour rider une vague. C’est en ça que ce documentaire est bouleversant. Il montre à quel point le surf d’aujourd’hui s’est standardisé. Tout le monde ou presque surfe le même type de planche, comme si la diversité présente dans chacun de nous ne pouvait s’exprimer que sur un seul support. Ce qui est loin d’être le cas comme on a le plaisir de le voir ici à travers un mélange d’images et de son tout à fait réussi.

Musica Surfica - Un film de Simon Whitney & Richard Keddle (Australia / 2008)

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