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DASHING BASH

AVEC COEUR ET ÂME…
Par Corinne Tâche-Berther- Photos Nadine Ottawa nadineottawa.com

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CELA FAIT TROIS ANS QU’ILS SONT ÉGALEMENT DEVENUS UN TEAM AU NIVEAU PROFESSIONNEL : LE COUPLE MODESTE DE DESIGNERS ZURICHOIS THOMAS RÜTTI ET MONICA WYRSCH N’ENRICHIT PAS SEULEMENT LE MONDE DU SNOW ET DU STREET AVEC SES VISIONS ET SA PERSONNALITÉ, MAIS APPORTE EN PLUS SA TOUCHE CRÉATIVE AUX MARQUES COMME ROME, SDS, THE NORTH FACE, WESTBEACH, VÖLKL ET AUTRES. IL ÉTAIT GRAND TEMPS QU’ILS PASSENT DANS 7SKY !

“C’est donc juste ici, en face de leurs locaux, que vivent les renards dont ils m’ont tant parlé” me dis-je en entrant dans les bureaux des deux icônes fashion, bureaux qu’ils partagent avec leur designer Marianne Schoch ainsi que deux sous-locataires, à la Austrasse 38 à Zürich. Un grand atelier de fabrication ouvert avec d’immenses baies vitrées se présente à moi… Et en face de moi, à l’extérieur, un renard lové sur lui-même, nous regardant paisiblement, confirme la légende. L’image est appropriée. “La nature est ma source d’inspiration” nous confie Thomas. “Elle nous offre de parfaites combinaisons de couleurs en harmonie, la plupart du temps sur de très petites surfaces”. Et très souvent, nous ne devons pas aller chercher très loin pour cela…

Sur le bureau de Thomas nous examinons des images merveilleuses d’aurores boréales et savons déjà que bientôt, de ces couleurs, naîtra prochainement un vêtement reflétant l’image splendide de Mère nature.

Thomas, graphiste qualifié et typographe, a travaillé pendant plusieurs années en tant que directeur artistique et designer dans différentes agences, où il a ajouté à ses créations une touche personnelle, celle associée à son amour de la musique et de la subculture urbaine. Egalement issue du milieu graphique, Monica a débuté tout d’abord sa carrière professionnelle comme concept designer pour différentes agences print et multimédia, jusqu’à ce qu’elle soit engagée en 2004 chez Santa Cruz où elle a créé toute la ligne d’accessoires et softwear. Ses illustrations ont été présentées dans de nombreuses expositions. Et Marianne Schoch est designer de mode qualifiée.

En octobre 2005, Moni et Tom décident de fusionner pour créer Dashing Bash LLC, une agence qui axe son activité principalement sur du street- et snowwear.

Cela fait maintenant 14 ans que vous vous fréquentez. Beaucoup de gens ont peur de concilier vie privée et vie professionnelle. Comment percevez-vous cette collaboration ?
Thomas : Avec le temps, pour moi c’est devenu quelque chose de tout à fait naturel. Mais nous essayons de distinguer au mieux le privé du travail. Par “naturel” j’entends le vivre avec des hauts et des bas. En ce qui concerne les finances, je préfère actuellement rester indépendant. C’est pareil pour les entreprises ou les marques fondées par des amis car quand quelque chose ne fonctionne pas, on peut exactement mettre le doigt là où ça fait mal. On peut s’imaginer la suite…
Monica : En ce qui concerne nos jobs, Thomas gère plus la réalisation graphique, et moi le design textil. Nous avons tous les deux nos connaissances dans chacun de ces domaines, tout en respectant le travail de l’autre. En revanche, nous effectuons la conception ensemble, en dialoguant et en apportant nos opinions respectives. Je définis ça comme un jeu de ping-pong ou un match de football. L’un donne le coup d’envoi, l’autre passe la balle et ensemble, nous marquons le but… Dish dash bash !
A cet instant, tels que je vous perçois, j’imagine qu’on fait sans doute appel à vous pour votre authenticité et votre “Zeitgeist”. Vous intégrez dans vos créations votre propre vision en mélangeant de l’urbain avec du technique. Est-ce que vous suivez des objectifs externes ou laissez-vous libre cours à votre créativité ?
Thomas : Pour nous, ce n’est pas la note personnelle mais le client qui figure en premier plan. Je m’explique : lorsque l’on mandate Dashing Bash, on peut être sûr que la demande sera prise au sérieux et que les buts du client sont les mêmes que ceux de Dashing Bash. Aujourd’hui, être créatif dans notre job signifie qu’il faut également créer des collections pour les marques commerciales (collections qui se vendront comme des petits pains dans les centres commerciaux) ou fabriquer un nouveau tissu 4-Way-Stretch pour une grande marque de ski. Bien entendu, nous adorons créer la tendance pour une marque core, mais ça ne signifie pas que cela soit le plus grand défi dans notre job.
Monica : Plus tu passeras du temps avec le client et l’accompagneras, plus tu comprendras ses attentes et plus il y aura de la confiance. Il nous est déjà arrivé de travailler avec des sociétés qui, au départ, étaient complètement renfermées, puis petit à petit se sont ouvertes et ont été totalement emballées par le projet.
Est-ce que vous “vibrez” au même rythme au niveau du design, du marketing et de la qualité ? Peut-on dire que la qualité est le nouveau mot clé de cette ère ? Qu’entendez-vous par qualité ?
Thomas : En principe, oui. Et dans notre business, nous devons séparer le bon grain de l’ivraie. Pour moi, la qualité est la solution qui répond aux attentes des clients et qui plus est, les convainc. Et justement, cette prétendue crise nous permet de constater que les réactions les plus diverses ont un rapport avec la qualité. Je ne parle pas ici de la qualité matérielle d’un produit, mais plutôt de la qualité conceptionnelle, de la mise en place, des prix ou de la stratégie. C’est un thème intéressant, mais qui demanderait du temps pour être médité”.
Monica : Il faut toujours voir le design sous différents aspects. Par exemple, on ne peut pas qualifier le design de bon design dans un contexte inapproprié, cela ne convient pas.
Quelle est la clé de votre succès ?
Thomas : Un seul mot : la confiance. La confiance en soi, en ses partenaires, dans sa vision et dans sa création.
L’an passé, j’ai eu la chance de pouvoir admirer votre collection 2010/11 pour Rome en projection sur l’écran du chef de produit, à Waterbury. Je dois dire que je la trouve extrêmement réussie et osée, tout à fait dans le style de Rome ! Vous a-t-on simplement donné carte blanche et êtes-vous satisfaits du résultat ?
Thomas : Avant tout, derrière Rome se cachent des personnes sympathiques, enthousiastes et expérimentées, qui fabriquent des produits stylés et fonctionnels. C’est motivant et je suis très satisfait du résultat final. Cependant, nous ne savons pas encore exactement comment ils l’ont réalisée.
Monica : J’ai beaucoup de respect envers leur fidélité et la manière dont ils traitent les choses en refusant d’emprunter le chemin le plus facile et le plus rapide. Ça c’est de la qualité pour moi.
Quelle est votre position quant à une fabrication écologique ? Pensez-vous qu’il soit possible de produire de tels habits de street et de snow avec des matériaux éco ?
Monica : Bien sûr. C’est juste une question de volonté et de ne pas oublier que des choses comme l’eau et l’air purs sont importants ailleurs que dans les villages de montagne. Toutes les personnes qui se sont déjà rendues en Chine dans les régions textiles savent de quoi je parle. Mais c’est clair qu’il faut du temps et qui ne tente rien n’a rien. En tous les cas, nous accordons de plus en plus d’importance à la durabilité auprès des fabricants de textiles ainsi qu’aux sous-traitants.
Thomas : Nous sommes très inspirés du mouvement bluesign et nous nous efforçons d’aller dans cette direction.
Qu’est ce qui vous “ralentit” en général ?
Thomas : En ce qui me concerne, ce sont les tâches administratives et les clients qui ne paient pas ou très mal.
Dans ce cas, vous donnez-vous moins de peine pour les clients plus compliqués ?
Monica : Non, lorsque nous sommes dans la phase créative, nous concentrons nos efforts sur ce que nous sommes en train de faire. Mais c’est vrai que cela ne facilite pas les choses en dehors de la phase créative pure.
Quel est le projet qui vous booste le plus en ce moment ?
Thomas : J’ai beaucoup de plaisir avec GummiLove (page 32) que nous soutenons par pure passion. Tu ne peux dire non à Dani Rietmann alias Gummi. Déjà du temps de Michi Albin, je ne pouvais rien lui refuser.
Monica : Sans de tels projets, un jour, notre travail ne nous procurerait plus autant de plaisir. C’est un moteur pour nous.
N’est-il pas frustrant d’investir autant de temps et d’argent dans des projets qui ne connaissent pas le succès escompté – comme ce fut le cas pour Ablin et Arcus ? Au début tout semble plein d’espoir puis tout s’envole.
Monica : Chaque projet comprend un risque. Thomas et moi nous nous enflammons vite lorsqu’une idée nous interpelle. C’est pourquoi, pour certains, nous paraissons idéologiques. Soit nous nous investissons corps et âme dans notre travail, ou soit nous laissons tomber. Lorsqu’un projet capote à cause de problèmes financiers ou internes, cela nous fait de la peine. Mais ce sont ces expériences qui nous ont permis de prendre le plus de distance en général.
Quelle marque sur le marché vous fait le plus vibrer en ce moment ?
Thomas : Vibrer… Je dirais plutôt, “qui impressionne avec leur output”. Sans doute Makia, avec qui nous produirons une série de T-shirts en 2010 (page 27). Les jeunes Finlandais font un excellent job et regorgent d’inspiration. Dans le outerwear, je pense à Whiteout (Norrøna) et aussi au nouveau éco-label Bond venant tout droit d’Amérique. Holden en fait également partie. Et puis il y a les Japonais comme Visvim et Yono Moon…
Monica : Lifetime, Neighbourhood, Henrik Vibskov pour ce qui est de la streetfashion. Dans le sportstyle, j’apprecie beaucoup Stella McCartney pour Adidas, les sacs North Face (I love my Dufflebag…  ;-), les sacs à dos Arcteryx et les marques de snow telles que DC Snowwear et Whiteout.
Par quelles cultures vous sentez-vous attirés ? A quel point Zurich et la Suisse vous inspirent-elles ? Dans notre pays, quels artistes, quelles marques, quels projets appréciez-vous ?
Thomas : J’aimerais lancer un big up à tout ceux qui, depuis des années, “tirent le diable par la queue”, comme par exemple Linus Bill, Reto Ehrbar, Donovan Gregory et Adrian Ehrat avec sa galerie ou Christoph Fritschi, Sarah Parsons, Lina Müller, Tika et Maphia avec Silvio Meier. J’en connais tellement, ils m’inspirent et travaillent de temps à autre pour nous, ce qui est pour moi l’une des plus belles choses.
En plus de cela, je trouve les nouvelles marques intéressantes du fait qu’elles foncent sans réfléchir. Ce qui leur importe, ce n’est pas ce qu’elles vont vendre le plus, mais plutôt ce en quoi elles croient. Momentanément, le magazine Sang Bleu de Lausanne, les éditions Nieves et Beda Achermann m’épatent. Mais cela change continuellement, la Suisse est très riche sur le plan créatif.
Quel est votre plus grand rêve, vous en avez un ?
Thomas : Apprendre. Le jour où je cesserai d’apprendre, je serai mort.
Monica : Mon plus grand rêve, … difficile… Je pense, être heureuse et en bonne santé le plus longtemps possible, rester fit dans la tête et le corps, afin de se lancer chaque jour dans une petite aventure, et peut-être un jour devenir calme.

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