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“LA-LA” ADICTION

alaia_03ptHAWAIIAN HERITAGE
Texte & photos par Stéphane Robin

CELA FAIT DES ANNÉES QUE L’ON ENTEND PARLER DE BIO BOARDS, DE RÉSINES VERTES ET DE PAIN DE MOUSSE VÉGÉTALE, MAIS PERSONNE NE S’ATTENDAIT À CE QUE L’ULTIMATE ÉCO-BOARD RESSEMBLE À UN ALAIA !

Il aura fallu qu’en 2004, Tom Wegener, un shaper australien de la Gold Coast, ait le coup de foudre pour ces planches datant du siècle dernier, qu’il vit à Honolulu, lors d’un passage au Bishop museum. “Je suis parti pour voir les olos (très longues planches traditionnelles) et je suis tombé sur treize alaias au shape parfait. Quelqu’un avait mis énormément de travail là-dedans. C’était incompréhensible, comment pouvaient-ils rider des planches aussi fines ?”. De retour en Australie, il se met à faire des répliques de plusieurs modèles de planche en bois, dont l’alaia. Il découvre que le bois paulownia est idéal pour remplacer le koa hawaiien, avec l’avantage d’être plus léger et plus adapté que le balsa. Plus il shape, plus il comprend à quel point le design des Hawaiiens est idéal. C’est à Noosa qu’il teste ses premiers modèles avec un succès sans précédent. Depuis, cette planche ne cesse de rencontrer de nouveaux adeptes à travers le monde. Les éco-warriors, fans d’expérimentation, comme Dave Rastovich, Dan Malloy et plus près de nous Fred Compagnon, caracolent en tête.

On trouve toutes les tailles d’alaia. Les plus rependues mesurent entre 1m 50 et 2m. Super légère et très fine, la première alaia que j’ai eu entre les mains ne m’a pas vraiment donné envie d’essayer. Comme Tom, je m’imaginais mal ramer à contre-courant avec un morceau de bois aussi étroit et encore moins surfer debout dessus. Et pourtant c’est possible et même très amusant. Une fois que l’on a compris comment gérer les mouvements de dérapage, les sensations de glisse sont exceptionnelles. Tout est possible : le triming, les manœuvres comme le cut-back tube et bien sûr le 360. Pas de rocker, rails vifs, très peu de volume, on se demande vraiment comment une forme aussi basique peut fonctionner aussi bien. Ici, plus qu’ailleurs, c’est dans les détails qu’il faut chercher la réponse. Le secret réside dans la forme aiguë des rails et dans celle de l’arrière. C’est le concave placé sur le tail qui lui permet de tenir sa trajectoire dans la vague. Trop prononcé la planche dérape, pas assez elle accroche l’eau et refuse de partir dans la vague. Reste à trouver le parfait équilibre pour que la planche se stabilise dans l’axe de la vague. Une problématique qui se posait chez les Hawaiiens il y a plus de 150 ans.

Effet de mode ou renaissance, après des années de dénigrement, il n’a fallu que quelques mois pour que cette petite planche devienne le “must have”. David Wegener a même été élu shaper de l’année 2009 par Surfing magazine. “Ça n’a pas vraiment changé ma vie. J’ai reçu des tonnes de mails depuis, mais je suis mauvais en business. J’ai envie de continuer à shaper un nombre limité de planches. C’est surtout mon frère Jon, installé en Californie, qui profite de l’alaia revival. Depuis plus d’un an, je n’arrive plus à fournir la demande. Je me contente de fabriquer les pains en bois, ce qui représente déjà un tiers du travail”. Ce “morceau” de bois est ensuite expédié à ceux qui le demandent avec un template et un mode d’emploi pour qu’ils terminent eux-mêmes le boulot. C’est aussi ça qui est fascinant dans l’alaia. Même si la plupart des utilisateurs achèteront un modèle tout fait les autres pourront fabriquer la leur sans utiliser de produits toxiques. Ils atteindront par là même le rêve de tout surfeur : rider une planche de sa fabrication. Une planche infiniment durable puisqu’elle peut durer une vie !

Alaia, cinq lettres qui sonnent désormais comme l’ultime évolution du surf green et contemporain, tout en nous faisant faire un bond dans le temps de 150 ans !

*La-la : Autre nom hawaiien de l’alaia qui signifie : ”dérapage contrôlé dans le creux de la vague en surfant sur une planche”.

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