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BELA B

bela_bptLE CHAT NOIR DE LA NEUE DEUTSCHE “HÄRTE”
Par Cira Riedel

LE ROCK, LE PUNK, DIE ÄRZTE. LE GROUPE ALLEMAND QUI INFLUENÇA DES GÉNÉRATIONS DE TÊTES BRÛLÉES. SCHLAFLIED, GESCHWISTELIEBE ET ZU SPÄT ACCOMPAGNAIENT NOS VACANCES D’ÉTÉ, ET DU WILLST MICH KÜÜÜÜÜ-SSEN (1985) NOUS FAISAIT HURLER À EN CRACHER NOS TRIPES !

Je venais d’avoir 12 ans (je connais encore beaucoup de leurs textes par cœur), et Bela B sortait de l’adolescence. Il incarnait le batteur sexy, le type aux cheveux noirs et aux yeux bleu intense. Les filles tombaient devant lui, affluaient à la pelle et se mettaient à genoux. Il était simplement et incroyablement cool. Die Ärzte fait partie de la culture musicale allemande, tout comme Die Toten Hosen et Nena. Ils étaient les faiseurs d’opinion et les sismographes des années 80 et du début des années 90, amenant une nouvelle rigueur bien au-delà de la nouvelle vague allemande punk (Neue Deutsche “Härte”).

Aujourd’hui, c’est un rockabilly rangé qu’on retrouve dans le lounge du Kaufleuten zurichois, tatoué, bagué, habillé en noir. Il est resté sexy, il rayonne de toute sa personne. Rires et plaisanteries fusent. Apprenons à la connaître un peu, cette rock star allemande, qui sera bientôt à nouveau en tournée avec son nouveau album Code B : “Ce disque décrit ce que je pense de l’amour. Chaque être brûle d’amour, cherche l’amour, chacun veut être aimé. Même les hooligans cherchent à être aimés. Priver quelqu’un d’amour est la pire des punitions qu’on peut lui infliger. L’amour est et reste un sujet universel chez les musiciens et les écrivains. Quand on nous quitte, on croit toujours être seul au monde, et il faut prendre sur soi. C’est pour ça qu’il existe si peu de chansons d’amour heureuses. ” J’interviens en demandant :
Et Jack Johnson ?
“Jack Johnson est tellement heureux qu’il en est énervant”, lance-t-il d’un sourire malicieux. “Dans le gigantesque club des chanteurs folks, il est le plus heureux, mais c’est la mélancolie qui rend la vie fondamentalement intéressante”.
Mais la musique positive peut aussi être plaisante ?
Il rit et dit : “In diesem Leben est très positive. Bien qu’elle traite de rupture, elle parle aussi du nouveau début, de ne pas avoir peur de laisser quelque chose derrière soi. C’est très positif, presque énervant. Nous aimerions bien en faire un single, mais peut-être qu’elle est trop positive pour l’automne”. Il nous avait confié qu’il menait une relation heureuse en ce moment.
Si tu n’es pas mélancolique, d’où proviennent tes textes ?
“Je sors ces chansons de mes tiroirs personnels, et pas toujours des situations actuelles. En tant que poète, écrivain, artiste, tu dois enregistrer ce genre de chose, les situations heureuses, les situations malheureuses. Tu dois garder ces moments difficiles, puis les travailler, et les ressortir. Geburtstagsleid est l’une de ces chansons. Elle traite de ce premier anniversaire après la séparation, où tu n’as pas le droit de l’appeler, et où tu ressens la douleur encore deux fois plus intensément. Ce jour-là tu te retrouves seul face à tes sentiments. Et quel soulagement quand le SMS fini par arriver…”. Là, il touche la corde sensible…
Comment choisis-tu un tiroir plutôt qu’un autre ?
“Je n’essaye pas de l’expliquer. Quand le moment est venu, ça se met en place instinctivement, bien qu’il me soit aussi arrivé de manquer le moment décisif. Satan, Gott und das Glück est un bon morceau. Il s’agit de ce que j’ai fait de mieux jusqu’à présent, mais j’ai eu tant de mal à écrire la chanson. Le texte est totalement superficiel”. Ce qui est déjà une ironie en soi avec un titre pareil…
De quoi es-tu le plus fier ?
“Je suis très fier des disques entiers. Les chansons sont comme quatorze bébés venus au monde et lâchés dans la nature. Je suis fier des invités qui ont participé au disque, des anecdotes que je peux raconter. Par exemple, Schlaflied est pensée pour les enfants, mais il s’agit aussi d’une chanson d’amour. J’avais enregistré le chant en tant que démo à 3 ou 4 heures du matin, avec une femme dans ma chambre. Ne voulant pas la réveiller, je chantais à voix basse, très près du micro. Ma voix, plutôt rock & roll d’habitude, était vraiment différente. C’était tellement particulier que nous avons utilisé l’enregistrement tel quel”.
Quelles sont les vieilles chansons que tu préfères encore maintenant ?
“Je suis très fier de mon passé et je ne regrette rien. Tout te rend plus fort, seul ce que tu ne fais pas ne te mène pas plus loin. ça ne s’applique évidemment pas aux violeurs et aux criminels de guerre !” ajoute-t-il indigné, en me fusillant du regard. Parfois, quand nous jouons avec Die Ärzte, nous ressortons de vieilles chansons, mais ça ne nous amuse plus beaucoup. Elles sont assez infantiles. C’est un peu comme les Tokio Hotel qui chantent le suicide, bien qu’ils n’aient aucune relation directe avec le sujet”.
Tu es un sex symbol. Comment le vis-tu ?
“Hé hé, oui, le womaniser punk de Pro 7. Non, franchement, ça ne veut pas dire grand chose pour moi. Je l’ai seulement réalisé quand j’ai lu dans une étition que des femmes fermaient les yeux et pensaient à moi, Bela B, en faisant l’amour. Mais quand tu es sur scène et que tu diffuses la liberté, c’est toujours comme ça”.
Et le fait d’être une rock star ?
“Les gens surenchérissent leur attitude cool. Parfois même, les gens sont volontairement inamicaux ou arrogants, ils se montrent méprisants et froids envers moi”.
C’est, nous pensons, un phénomène très “allemand”, ils sont parfois difficiles à vivre pour ce genre de chose…
“Oui, c’est tout à fait plausible”.
Et as-tu beaucoup de groupies ?
“Sur scène, la tension sexuelle fait partie du show, et donne un certain retour. Mais je n’ai pas à me battre avec les groupies. Dans mon optique, elles ne sont pas méprisables, mais simplement des filles qui veulent traîner avec des chanteurs. Il est très important que nous puissions rester des personnes avec une vie privée, qui peuvent s’en sortir sans gardes du corps. Il en va autrement pour les vampires des médias qui pensent pouvoir se mêler à la conversation et en tirer un profit. Nous ne sommes pas très intéressants pour la presse de boulevard, dans l’idée de ces gens. On fait bien partie des people quand on a sa propre émission de cuisine, mais ça ne fait pas de toi une rock star. Je pense avoir mérité mon titre, mais on me laisse relativement en paix, heureusement !”.

Album Code B, Sony Music.

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