SEPTEMBRE A HOSSEGOR
ENDLESS SUMMER & QUIK PRO FRANCE - CHRONIQUE D’UNE CAPTATION
Par Stéphane Robin – Photos Quiksilver
JE L’AI SU TOUT DE SUITE. EN SORTANT DE L’EAU UN SOIR J’AI FAILLI ME VAUTRER EN MARCHANT SUR LA PLAGE. IL Y AVAIT DES TRACES DE BULLDOZER PARTOUT ET UN GROS TROU DANS LA DUNE. QUIKSILVER ALLAIT DONC S’INSTALLER LÀ. PLAGE DES BOURDAINES. EN FACE DU SEUL PIC QUI MARCHE VRAIMENT BIEN CETTE ANNÉE. UN SWELL EST EN ROUTE. UNE COMBINAISON DE WINNER. DU GAGNANT GAGNANT COMME ILS DISENT. TOUT D’UN COUP LE SURF DEVIENT UNE AFFAIRE SÉRIEUSE.
“Tu vois chérie, c’est ça le Quik Pro, une vraie compétition sur la plage. C’est pas comme à Lacanau où ils font ça sur le parking” dit un jeune type en serrant sa nana contre lui, comme si une menace pesait sur elle… C’est marée haute, le vent est on shore. Les vagues ne sont pas terribles, mais il y a pourtant une bonne quarantaine de types au pic. Et pas beaucoup de pros. On sent déjà que toute l’Europe a fait le déplacement. Le king Kelly est en ville, les autres s’affichent au Café de Paris. Le show peut commencer avec Kelly confiant, Parko aussi, Fanning en forme, plus l’Euroforce quasi au grand complet, Jeremy étant blessé. Il va y avoir du sport. Conférence de presse en grande pompe au casino. Kelly est en retard. Il se fait photographier dans les escaliers. Pas de son pour la bande-annonce. Les questions sont toujours aussi pertinentes. Champagne, petits fours. Pas de perte de temps. Le Quik Pro est lancé dès le premier jour de la waiting period. Premiers heats et premières éliminations. Tranquillement installé à l’ombre de la cabane de jus de fruit de mon pote David, je constate que les pronostics vont bon train. Personnellement je suis pour Joan Duru. Et ça commence plutôt bien pour lui. Il est de nouveau confronté à Slater dès le troisième tour, un buzz prend forme. Va-t-il le battre ? Le duel a été annoncé partout. Même le journal local en a parlé. Toute sa famille est sur la plage. Parents, sœurs, grands-parents. Mais Joan, bien que grand leader du WQS en Europe, ne peut rien faire contre la machine de compétition qu’est Kelly. Dommage. C’est Patrick Beven qui crée la surprise en prenant la tête de l’Euroforce suivi par Tiago Pires. Un flot grandissant de touristes frôle la cabane. Des Espagnols et des Allemands bien sûr, mais aussi des Italiens, des Tchèques et même des Russes… Le soleil tape. David ne jure que par Kelly Slater. Son stock de fruits diminue à vue d’œil. La queue s’allonge devant son comptoir, mais ce n’est pas pour autant qu’il lâche l’écran géant du regard. Son visage se décompose quand Tiago prend la tête de sa série contre Slater. Le Portugais fracasse la petite gauche avec une explosivité inédite. Il bat le king et la moitié de la plage s’en va. Un 10e titre qui s’éloigne ?
Another day
La qualité des vagues se détériore de jour en jour. La brume et un petit vent de sud ouest jouent avec les nerfs des organisateurs. Mais ce n’est pas ça qui va les arrêter. Le marathon du Quik Pro est lancé. Ils boucleront l’affaire en quatre jours non stop. Aucun swell n’est en vue et il faut en terminer au plus vite. Dimanche, des milliers de gens sont assis là, en plein soleil. Une fréquentation inespérée.”Finale aujourd’hui” annoncent les speakers. A marée haute, les vagues sont moyennes, inconsistantes même. Rien à voir avec les années passées. La roue tourne. Cette année, le Quik Pro redevient une compétition comme les autres. Un peu effrayé par la tension qui électrise le public, je m’éloigne au nord du site en stand-up. On doit être cinq ou six dans l’eau. Je me demande ce que les autres pensent. L’événement ne semble pas avoir capté leur attention. Comme si malgré tout, il y avait une vie à côté du Quik Pro. Du line-up, je peux distinguer deux hommes en lycra assis l’un à côté de l’autre. Le temps passe, ils prennent des vagues, moi aussi. La foule constitue désormais un mur de plus en plus compact face au rivage. Les regards se massent vers un homme qui envoie des gerbes d’eau. Malgré les hurlements des speakers, je ne parviens pas à saisir tout ce qui se passe. Ça doit être la finale. Tout d’un coup, un petit homme émerge de la masse, porté par ses pairs. Les flashs crépitent, ça grouille tout autour de lui. La masse se déplace comme un aimant vers ce roi du jour. Plus personne ne regarde la mer. Une masse informe de gens remonte la plage en direction du podium comme un million de petits crabes. Les bouchons sautent, le chèque tombe, ça hurle de tous les côtés. Un groupe se met à jouer du hard rock. Je prends une dernière vague pour rentrer. La mer est descendue, “ça commence à fermer”. De retour à la cabane de jus de fruits, je retrouve David assis sur le rebord de son stand. Il est épuisé. Il voudrait une bière, mais les frigos sont vides. Mick Fanning a gagné, mais ça ne l’intéresse pas. Il était pour Slater. Les gens sont repartis. Le soleil rouge descend doucement à l’horizon. Le sable est tiède, une musique électro remplace le rock tapageur et anachronique d’AC/DC. Un autre Quik Pro commence. Celui de la nuit, de l’alcool et du sexe. Un Quik Pro, où tout le monde a sa chance…








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