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TAKI BIBELAS

PHOTOGRAPHE DU TEMPS RECOMPOSÉ
Par Stéphane Robin – Photo Taki Bibelas

taki

ON LE CONNAÎT SURTOUT POUR SES PHOTOS DE MODE DANS VOGUE OU VANITY FAIR. POURTANT DEPUIS QUELQUES ANNÉES, TAKI BIBELAS S’EST MIS À EXPLORER L’UNIVERS DES SURFEURS. UN REGARD D’AUTEUR QUI INTERPELLE.

C’est dans une maison basque remplie de planches de surf vintages et d’installations conceptuelles que Taki passe ses vacances d’été. Confortablement installé au fond du jardin, il m’explique d’une voix calme son cheminement entre studios de mode et compétitions de surf. La rencontre avec l’océan et le surf est arrivée un peu par hasard et ce n’est que depuis quelques années qu’il pose son regard sur celles et ceux qui passent le plus clair de leur temps dans les vagues. Taki n’a pas toujours vécu en France. D’origine grecque, il est d’abord parti faire ses études au Canada, avant de revenir en Europe pour se lancer dans la photographie. “ça n’a pas été facile, tu ne commences pas directement par faire de la mode. J’ai d’abord fait du photo-journalisme. Je suis parti en Birmanie photographier les étudiants qui vivaient dans la forêt. Je voulais défendre leur cause mais j’avais l’impression de ne pas être au même niveau que les photographes qui m’intéressaient à ce moment-là. Et puis quand j’ai vu la manière dont les photographes mettaient en scène leurs sujets, je me suis dit que tant qu’à faire de la fiction, il fallait mieux le faire totalement. C’est comme ça que je me suis mis à faire des photos de mode. C’est de la fiction mais au moins tout le monde sait que c’est faux”. Rapidement repéré, il a été publié par les plus grands magazines de mode.

Première vague
“La première fois que j’ai essayé le surf c’était à Anglet. J’étais encore étudiant. J’avais loué une planche, les vagues étaient plutôt grosses et je n’ai pas vraiment accroché ce jour-là”. Il faudra attendre pas loin de quinze ans avant que Taki ait à nouveau l’occasion de s’essayer au surf. C’est à Oualidia au Maroc qu’il s’y remet. L’expérience est tellement positive qu’il enchaîne les allers retours entre Paris et le Maroc. Quelques mois plus tard il découvre Guéthary et décide d’y louer un appartement. Une véritable passion le lie à ce village basque. Le feu sacré du surf brûle désormais en lui. Il se rend sur la côte en avion tous les week-ends au risque de perdre certains de ses clients. “Le surf a tout changé dans ma vie, mais j’ai du lever un peu le pied lorsque j’ai pris conscience de l’impact dévorant de ce style de vie sur mon travail”. Ne souhaitant pas terminer dans un van face à la mer, il essaye tant bien que mal de concilier les deux vies : celle de photographe de mode et de top models, et celle un peu bohème du surfeur. Une équation pas tout à fait résolue à ce jour puisqu’il cherche encore à déménager définitivement sur la côte pour y passer plus de temps. “Le problème à Paris c’est de garder la forme, surtout en hiver. Pour le surf je me suis mis à faire de la boxe. Ça m’aide beaucoup quand je retourne dans les vagues après un temps d’absence”.

La logique du flow
Dès le début, Taki s’est retrouvé confronté à un problème existentiel que connaissent tous les surfeurs. Comment le surf influence la vie, quelle place lui donner. Pourquoi est-on prêt à tous les sacrifices pour aller passer quelques minutes sur une vague. “Je voulais poser la question à des légendes du surf. Je suis donc parti à leur rencontre. En Californie j’ai commencé par Steve Pezman, je lui ai parlé de mon idée de faire un petit film sur le surf dans lequel personne ne surfe. L’idée lui a plu et il m’a donné des noms de personnes à aller voir. C’est comme ça que j’ai rencontré George Downing, Brian Keaulana, et bien d’autres. A chaque fois on me conseillait une autre personne”. Au fil des rencontres, la dynamique du film s’est mise en place. Un questionnement à la fois spirituel et métaphysique qui se résout avec le temps. Les anciens bénéficient du recul nécessaire pour analyser cette vie qui échappe à la norme. L’importance de l’océan, du flow, le rapport à l’élément. Tous l’ont orienté dans une direction commune. L’unité, le néant, le flow, la vague. Tout se rapporte au déferlement de cette onde. La seule vague que l’homme puisse surfer. Taki compare volontiers le mouvement du surfeur à une danse. Au-delà de son caractère esthétique, cette danse tient aussi d’une certaine urgence. Une prise de parole du corps qui cherche à rentrer en symbiose avec quelque chose qui lui ressemble. L’eau. Tous ces aspects un peu mystiques du surf affleurent dans ce film dont la profondeur révèlera beaucoup de surfeurs à eux-mêmes. Dancing on Waves devrait sortir début 2010.

Surf is my Religion
On peut dire que Taki a été happé par le monde du surf. De la pratique en amateur, il en est venu à collaborer avec certaines marques de l’industrie. Le surf a influencé sa vie mais aussi sa photo de mode. C’est comme s’il renvoyait désormais l’ascenseur à ce milieu en photographiant aussi des vêtements de surf. La première fois que je l’ai rencontré c’était à Bell’s Beach en Australie. Il avait été invité sur le Rip Curl Pro pour faire un peu ce qu’il voulait, sur le surf, la route, les plages. Une carte blanche qu’il a exploité à fond autant dans ses surf scape que dans ses portraits. Ses séries de polaroïds explorent un univers à la fois nostalgique et poétique. Le rapport au temps est omniprésent. Autant les surfeurs ont l’impression que le temps se distend lorsqu’ils sont sur la vague, autant Taki fait ressurgir un passé fantasmagorique. Comme si le temps était à la fois un éternel retour et une fiction sans cesse à inventer. La seconde fois que je l’ai rencontré, c’était sur le Roxy Jam à Biarritz. J’avais été séduit par ses tirages de polaroïds exposés dans le village de la compétition. Je l’ai aperçu au loin, debout les pieds dans l’eau, avec un flash parapluie dans une main et son appareil dans l’autre. Il était en train de faire des portraits de surfeurs pour une série à venir qui s’intitulera Surfing is my Religion. L’attraction à la fois inconsciente et magique éprouvée par les surfeurs est un sujet qui l’intéresse particulièrement. “Je suis parti de ce que j’ai entendu. L’expression ‘surf is my religion’ est commune et je pense qu’elle signifie beaucoup plus que ce que l’on pense. J’ai l’intention d’associer ces portraits avec des décors religieux des peintures du Moyen Âge pour mettre en valeur le côté spirituel”. Parmi les personnages qui l’ont beaucoup marqué il faut citer Micky Dora, dont les portraits ont été publiés dans Vogue Homme. Un personnage qui incarne à lui seul tout l’affranchissement social du surfeur et son profond dévouement à quelque chose qui le dépasse.

1 comment à “TAKI BIBELAS”

  1. Te connaissant depuis bien des années, je ne me suis pas rendu compte que le domaine du surf était pareillement ancré dans tes gènes depuis si longtemps. Les vagues sont naturellement magnifiques, esthétiques, physiques, sportives, redoutables. Tu exprimes la dimension spirituelle que chaque surfeur doit ressentir, mais que peu de médias mettent en avant…..

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