TONY ALVA
IL REVIENT DE LOIN…
Par Corinne Tâche-Berther – Photos Anthony Acosta
IL EST LE TONY HAWK D’ANTAN. LEADER DU DOGTOWN CREW, SKATER PASSIONNÉ ET SURFER. MAIS COMME TANT D’AUTRES ROCKSTARS, SON SUCCÈS LUI ÉCHAPPA. DROGUES ET ALCOOL ACCOMPAGNÈRENT SON TRIOMPHE, ET LE CERCLE VICIEUX SE REFERMA SUR LUI…
Nous avons rencontré Tony Alva, aujourd’hui âgé de 52 ans, au Vans Showdown Downtown à Turin, où il nous a reçu derrière des lunettes sombres, dans un T-shirt Vans clair et léger, et un pantalon en velours côtelé sombre. Nous n’avons pas eu besoin de lui poser de questions, son caractère extraverti le rend bavard. Son discours tourne autour de la sobriété et de Dieu. Il y a trois ans, il était encore pris dans le tourbillon des drogues, mais grâce à son gourou, Rob, qui lui, est sobre depuis 25 ans, il s’est débarrassé de ses vieux démons qui le hantaient tels des visiteurs non désirés. Nous l’avons écouté, just like that :
“Quand tu es jeune, et surtout quand tu voyages beaucoup, tu n’as pas le temps de soigner tes relations. J’ai fait cette erreur mais j’en ai tiré quelques leçons. Avant la vie tournait autour de ma personne. Ça a changé. J’ai appris à donner en retour, au lieu de toujours prendre. J’en suis arrivé à un point où j’ai envie de partager mes expériences et ma sagesse avec la jeune génération. Je me concentre sur le positif, et non plus sur le négatif. Maintenant, ma vie professionnelle traîne derrière mon nouveau lifestyle. Avant j’étais un Mick Jagger, une rockstar. J’étais connu, populaire, j’avais du pouvoir grâce aux drogues et au sexe. Mais on ne prend des drogues que quand on se sent mal dans sa peau. L’ego domine, on se comporte n’importe comment. J’ai tout vécu, détruit pas mal de relations. Ma vie était un chaos. Mon ego me contraignait à rester fixé sur moi-même, et il me laissait croire que l’alcool et la drogue étaient les expériences spirituelles que je recherchais. Mais aujourd’hui je sais qu’avec ça on stagne à un niveau énergétique très bas. Depuis que j’ai découvert la conscience débarrassée de l’herbe et des drogues synthétiques, j’ai beaucoup plus d’énergie, et le lendemain de la veille n’existe plus. Dieu m’aide dans mon projet. Avant, quand j’étais saoul, je devenais agressif et destructeur. Quand ta tête est remplie de cette merde, il est impossible de soigner une vraie relation avec quelqu’un. C’était seulement en faisant du surf, du skate ou quand je faisais de la musique que je me sentais bien dans ma peau. Dans ces moments-là, je n’avais pas besoin d’herbe pour aller à la recherche de moi-même. J’ai enfin compris cela après être devenu 100% sobre, et que j’étais en état de faire la part des choses. C’était le 20 septembre, il y a 3 ans. C’est ce jour-là que j’ai fait la connaissance de mon maître spirituel et sponsor, Rob, qui a échappé à la consommation de drogues et d’alcool il y a 25 ans. Sa présence, son rayonnement m’ont fait sentir et comprendre qu’il était en harmonie avec lui-même, et j’enviais la confiance et le calme qu’il affichait. Il avait aussi cette façon remarquable de se comporter avec les autres. Depuis, j’essaye de prendre exemple sur lui au quotidien, et de rester dans le moment présent.
Je ne touche évidemment plus aux drogues ni à l’alcool. Rob m’a prouvé que l’on pouvait tendre à la paix intérieure et au bonheur sans mauvaises énergies. Dans le passé, je ressentais beaucoup de culpabilité, de remords et de colère, et beaucoup de méfiance envers les autres, jusqu’à ce que je me décide à mettre de l’ordre dans ma vie, à m’excuser auprès de ceux que j’avais blessés. Quelques-uns n’acceptèrent pas mes excuses, mais la plupart ont considéré ma démarche de manière positive et me pardonnèrent. Il s’agissait d’anciens partenaires, de mes ex-copines… J’étais l’incarnation même des sept péchés capitaux. J’étais radin, mes relations étaient exclusivement sexuelles, j’étais jaloux et colérique. Mais j’ai réussi à presque tout laisser derrière moi. Il arrive encore parfois qu’un sentiment de colère naisse en moi, mais en général je le contrôle. Puis je demande de l’aide à Dieu, de me protéger. Je me calme avant d’en venir aux mains, de devenir soudainement tapageur. Je suis tellement célèbre, un si bon skater. Mon ego m’a toujours soufflé que j’étais le meilleur, qu’on me devait le respect. Nous étions tous dangereux les uns pour les autres. Dans mon voisinage, la violence et la drogue régnaient. Il y avait pas mal d’accidents. Beaucoup de mes amis sont déjà décédés. Mais j’ai survécu. Ce qui se passait dans mon environnement est indescriptible. Hardcore. Maintenant je veux partager ces expériences. Ego, drogue, alcool et maintenant Dieu. Ne te laisse jamais aller à ce point”.
Comment est-ce que tu t’imagines Dieu ?
Dieu est l’énergie de l’univers, pas un homme à barbe blanche assis sur un nuage. Il n’est peut-être même pas masculin, mais plutôt féminin, comme la nature, mère nature. Il n’a pas besoin d’être homme ou femme. Dieu est la vie. Quand j’inspire et expire, je respire la vie. Il est amour, et bien plus grand que moi. Oui, il est amour, car quand je médite beaucoup, je ressens Dieu, donc Dieu est amour. Il est absolument tout, bien au-delà du nom que tu lui donnes.
A quels moments fais-tu l’expérience de la magie ?
Aujourd’hui la magie se manifeste quand je fais de la musique, ou quand je médite, quand je fais du surf et du skate. Le changement positif est magie. Il n’a pas lieu en politique, mais dans les êtres. Je ne suis pas politicien, mais je crois en la démarche de Barack Obama. Bush était belliqueux. Il a laissé des plaies. Quand j’étais au Japon, pays bombardé dans le passé par les Etats-Unis, je me sentais coupable en tant qu’Américain pour ce que les habitants avaient enduré. En revanche, comme la population est majoritairement constituée de bouddhistes, les Japonais vivent dans l’instant présent. Je leur disais : “Je suis vraiment désolé, je sais ce qu’on vous a fait subir” et ils me répondaient : “Ce n’était ‘qu’un seul’ jour”. Le pardon est un acte difficile pour les humains. Pourtant la paix va de pair avec le pardon, et toutes les bonnes choses qui vont avec. Pour les bouddhistes, il est plus simple d’y accéder. J’espère pour mes enfants et les générations futures que le changement positif aura lieu de mon vivant. Mais ce ne sera pas un seul homme comme Barack Obama qui en sera responsable… Chaque personne qui a une conscience écologique y contribue. Chez Vans, mon pro-modèle est une chaussure faite de matériaux écologiques. C’est ce qui me plaît tant dans cette marque. Elle va toujours de l’avant. Les gars de Vans ne font pas leur job pour l’argent, mais pour ce qu’il y a de bon dans le skate et le surf. Ils apportent le changement, ne font pas que de parler contrairement à ce qui se passe dans beaucoup d’autres entreprises. C’est comme ça pour tout : c’est seulement en tant que bon exemple que l’on peut pousser les autres à changer, et c’est ça que je peux et veux transmettre. Agir, et non seulement parler. Mon slogan est celui des AA, je porte d’ailleurs toujours leur médaille sur moi :
God grants me the serenity
To accept the things
I cannot change the
Things I can…
And wisdom to know the difference.
“J’étais un macho, une rockstar, un skater malade. Aujourd’hui, j’essaye de porter le message de la sincérité, de l’amour et de la compassion au monde, et je m’efforce de ne pas porter de jugement… Une entreprise très difficile, si tu veux mon avis. L’être humain a un problème de méfiance, il est perfide, alors que c’est avant tout à lui-même qu’il fait du mal, en parlant dans le dos des autres. Comme dans la citation de Mère Teresa : ‘Les êtres que tu juges te jugent aussi’. J’ai grandi, spirituellement parlant. Maintenant, quand je me rends à une fête, j’ai l’impression d’être la seule personne sobre. J’essaye néanmoins de rester près de mon cœur, et de ne pas trop intellectualiser. L’amour vrai existe, et dans l’amour vrai se trouve la paix, comme dans les quatre sagesses toltèques… Aujourd’hui j’obtiens tant de choses sans devoir payer. Dieu m’a offert le don du surf et du skate. J’aime le surf. Quand je surfe, il n’existe pas d’autre endroit où j’aimerais me trouver. Je peux faire mon propre truc, car je ne suis plus un esclave de la liberté – ni un esclave de l’argent d’ailleurs – ou de la drogue, ou de l’alcool… Comprends-moi bien, je ne suis pas un saint, mais je ne laisse plus mon ego décider à ma place. Ça semble être un miracle que je sois sobre depuis déjà 3 ans. Ça ressemble aussi à un miracle que je sois encore skater professionnel à 52 ans, et que je sois en vie après toutes ces années de folie. Maintenant, je suis simplement content de moi, sans devoir être quelqu’un ou quelque chose… Je vois la vie de manière positive. C’est désormais ma priorité…”.
Et c’est exactement ce message que Tony Alva porte dans les hôpitaux, dans les prisons, dans ses interviews, et partout où sa personne est demandée : “Je suis au service de l’humanité, je partage mes expériences, je raconte mon parcours de vie aux gens, mais je ne leur dis jamais ce qu’ils ont à faire”.


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