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QUEYRAS

UN VOYAGE AU BOUT DU MONDE D’À CÔTÉ !
Photos et texte Rémi Petit

queyras

TOUTES LES GROSSES USINES À SPORT D’HIVER SE SONT TROMPÉES, LE PLAISIR DE LA GLISSE NE RÉSIDE PAS DANS LA QUANTITÉ MAIS DANS LA QUALITÉ, PAS DANS L’ACCESSIBILITÉ MAIS DANS L’AUTHENTICITÉ, ET PAS DANS L’IMMÉDIATETÉ MAIS DANS LA LONGÉVITÉ. OUI BIEN SÛR, TOUT EST UNE QUESTION DE POINT DE VUE… MAIS EN DÉCOUVRANT UN COIN DE PARADIS COMME LE QUEYRAS QUI, JE LE SAIS, N’EST PAS UNIQUE, JE SUIS SÛR QUE C’EST CE QUI VOUS VIENDRA À L’ESPRIT.

La vie dans le Queyras l’hiver ne devait pas être bien palpitant au siècle dernier… comment expliquer autrement que la sculpture sur bois en soit devenue l’image emblématique ? Les longues soirées au coin du feu sans doute. La signature gravée à l’opinel sur les meubles manufacturés là-bas est une rosace, une sorte de rose des vents, une boussole quoi… Au Nord, des montagnes, au Sud, des montagnes, à l’Est des montagnes derrière lesquelles se trouve la plaine du Pô, qui déverse sa masse nuageuse dans la vallée… et à l’Ouest ? le long chemin qui mène à la civilisation. Jusque-là, rien d’exceptionnel, ça devait être pareil dans tous les coins perdus en montagne.

Mais du point de vue snow, c’est une vision autrement plus réjouissante. Les nuages en provenance d’Italie ramènent de la poudreuse en quantité, on se réchauffe en marchant, et mis à part les traces laissées par la faune locale, presque toutes les pentes sont immaculées. Et le plus dur quand on a commencé, c’est de s’arrêter, parce qu’en fait, des pentes vierges, il n’y a que ça… On en perd la raison jusqu’à se poser la question débile : “Mais où on va s’arrêter ?”
Ce qu’y ont vécu Gabriel Bessy, Victor Daviet (presque locaux du coin) et Victor Delerue (Pyrénéen d’origine), est, comme beaucoup de trips, inracontable… mais bon, je vais quand même essayer quelques lignes !

Coordonnées cartographiques
Une longue vallée, très encaissée par endroits, de la marche pour accéder aux meilleurs spots (pas de télécabine qui justifie son existence par son débit d’acheminement…), une paire de raquettes silencieuse au lieu d’un skidoo, une meute de loups, des chevreuils, des chamois. De la neige en abondance grâce aux retours d’Est, la sérénité, le calme, l’isolement. Des bois de mélèzes pour rider à l’abri lors des gros risques d’avalanche, et un thermomètre auquel il manque la graduation au-delà de +10°C. Les conditions sont réunies, vous devez être dans le Queyras en plein hiver. J’ai juste oublié de parler de l’importance d’une bonne alimentation pour la forme (mais il est évident qu’ici rien ne manque !), et la carte…

Le secret des anciens, jour J.
Nous étions le 15 Décembre 2008, le fond de la vallée venait de connaître une chute de neige historique, pas moins de 3 mètres en 3 jours ( !). Les petites stations qui peuplent la vallée de leurs quelques remontées eurent du mal à suivre, et certains pylônes plièrent sous le poids des coulées. Pourtant, il n’est pas rare de faire les premières traces en novembre ici. Apparemment, cet hiver 08/09 s’annonçait être un cru exceptionnel. Deux semaines plus tard, même les anciens disaient encore, accoudés au bar du village, “ça fait 300 ans qu’on n’a pas vu ça”… je ne sais pas ce qu’il y avait dans leur godet pour être aussi vieux sans que ça se voit, mais bon passons. En fait oui, passons, passons par leur godet, humons ce parfum de plante qui en émane… “qu’est-ce que c’est ?” demandais-je l’oeil gourmand. “De la liqueur de mélèze mon p’tit gars ! C’est fait maison et ça réveille !” me rétorque l’ancien avec un soupçon de fierté. Les deux jeunes Victors relèvent le défi. Les verres font leur entrée sur le comptoir, la bouteille les salue en se débouchant… nous voilà partis pour 300 ans !

Dégustation de liqueur de mélèze, J+1.
Le lendemain, jour blanc. Après avoir donné au crew les clefs de la longévité, le mélèze leur transmet désormais la visibilité. Les pentes sur lesquelles nous dessinons des courbes sont ce que les grands pères des anciens appelaient déjà des mélèzins (une forêt de mélèze). En France, la Bretagne a la forêt de Brocéliande pour Merlin l’enchanteur, et le Queyras les Mélèzins (la potion de Jouvence fabriquée en grande partie avec la fleur du mélèze) pour les tricentenaires à en devenir. Dans ce jour blanc, c’est grâce à ces arbres que nous pouvons dessiner d’un seul trait, et Gaby montre aux 2 jeunes Victors comment faire parler la poudre.
La petite station dans laquelle nous sommes, se révèle être un véritable filon de spots en or blanc, même à la nuit tombée. Victor Delerue puise son inspiration dans une tempête de neige nocturne, et un cliff (pour le moins engagées) au bord d’un torrent retient son attention. Une fois la tempête passée, son instinct le mène au milieu d’un hameau endormi. Un vieux manoir en ruine digne du château de Dracula fera l’objet de son choix… L’ambiance vire à la limite du surnaturel, nous avons 300 ans devant nous et nous ridons, ou vivons c’est selon, de nuit… Il reste un peu de sang dans les godets ?

Dégustation de liqueur de mélèze, J+2.
Le soleil brille. Quelques nuages, mais nous clamons la clarté de ce nouveau jour. C’est officiel, nous sommes bien des êtres humains et non des vampires, et le ride dans les mélèzins est une fois de plus somptueux. Nous découvrons de nouvelles feuilles à dessin, ce que nos amis anglo-saxons appellent les pillows lines, du bonheur à l’état pur ! Le support est profond, léger, poudreux… Victor Daviet a le pinceau léger et se laisse emmener jusqu’au fin fond des bois. Il en revient émerveillé “Les gars, j’ai rencontré une biche dans les bois et j’ai ridé avec elle…” nous bafoue-t-il l’air hagard. Que demander de plus ? Un autre verre de liqueur, bien sûr !
Il va de soi que tout n’est pas racontable, comme l’endroit magique que nous trouvâmes pour construire ce kick avant de goûter la liqueur (donc à J-1), ni l’aisance avec laquelle Victor fendit les airs en 7-2 lors du first track. Mais le plaisir de la découverte est intense. Satisfaire sa curiosité vous mènera au bout du monde si vous le voulez bien ! Dans le Queyras, la découverte est le maître mot…

…J+3.
Deux des 3 artistes qui m’accompagnent réalisent péniblement au réveil, qu’une liqueur extirpée d’un arbre donne la gueule de bois. Tant pis pour eux et nous partons avec Gaby Bessy en exploration vers une autre vallée du coin moins boisé. Une demi-heure de carrosse, et nous pénétrons dans un autre royaume, finie Brocéliande et ses Mélèzins enchanteurs. Des couloirs vertigineux s’offrent à nous… Gaby, dont une vieille souche, pas assez ou trop recouverte par la neige a eu raison de ses ligaments en début de saison, peut rider ici, car la poudre est profonde et légère, son centre de rééducation pré-opération en quelques sortes ! Déjà que chaque pas vers une ligne peu éloignée de la piste nous avale de moitié, difficile d’imaginer remonter une pente en entier pour droper un de ces couloirs.
Tant pis. Les faces vertigineuses devront faire place à une pente accessible après quelques minutes à pied, toujours vierge en fin de journée… Du coup, il y a toujours de la neige et des traces à faire, mais moins de choses à raconter quant à la boisson d’ici. Enfin si, quand même : C’est bizarre de croiser 2 voitures, collées face à face, sur une route enneigée, les deux chauffeurs hilares accélérant à qui mieux alors qu’il est 4 heures du mat’… le côté rustre des coins perdus ?

J-1…
Une route sinueuse se faufilant le long d’une gorge, un vieux château fort, perché au milieu de la vallée… le temps passe lentement, tellement les passagers sont pressés d’arriver. On a l’impression d’arriver en bout de la vallée, mais un verrou dévoile un passage vers un autre coin perdu. Arrivée au bout de la vallée qui est au fond de la vallée (comprenez qu’il serait un peu lourd que ce coin s’appelle le Valais !), tout le monde descend de la voiture. Nous nous trouvons dans un vieux hameau, qui semble désert, mais surpeuplé de neige. Sortis de nulle part, un chien, puis deux… non, pas qu’ils aient l’air agressifs, mais leur pelage laisse à penser qu’ils vivent à l’état sauvage, sans rechigner toute fois à essayer de chiper notre casse dalle… “Kiwi ! Fout leur la paix, au pied !” La voix provenait d’une vieille bâtisse, avant qu’un vieux en fauteuil roulant n’en ouvre la porte.
L’apparence sèche, mais l’oeil vif, le vieillard vit ici toute l’année avec ses chiens. En cas de soucis, il y a le voisinage qui est resté au chaud du poêle en cette heure matinale. Fauteuil mis à part, il a l’air très vieux, tellement vieux que je n’ose l’immortaliser… très vieux, mais dans son œil se lit une vivacité qui nous paraît irréelle. Le regard plaintif des chiens nous amène à partager un peu de notre pain, mais il est temps de chausser les raquettes. Bonne journée, Monsieur. On part à petites foulées, la porte se ferme. Nos yeux grand ouverts, nous nous dirigeons vers ce premier repérage, et peut-être plus si nous avons la chance, en ce premier jour, pour découvrir un nouveau spot magique…

C’est un petit extrait du trip que j’ai entrepris avec Gaby Bessy, Victor Daviet et Victor Delerue. On a bien rigolé, bien bu, bien mangé, et surtout bien ridé et puis tout le monde meurt d’envie d’y retourner ! J’espère qu’il y aura toujours des coins comme celui-là, sauvages et accessibles sans infrastructures gigantesques. Mais n’y allez pas ! Partez à la découverte d’autres arbres, d’autres montagnes… Laissons la nature s’exprimer et respectons son équilibre, car… “l’équilibre est l’élixir du plaisir”. C’est ce à quoi je pensais ce matin en me réveillant dans le lit de cette fille… mais, pardon, ceci est une autre histoire !

1 comment à “QUEYRAS”

  1. Et oui : le Queyras un petit bout de paradis : été (pour son calme et ses grandioses ballades), hiver pour cet havre de paix et de neige.

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