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ARNAUD DERIB

COMÉDIEN/RÉALISATEUR/PHOTOGRAPHE
Par Corinne Tâche-Berther – Photos www.dada.fm/Sébastien Anex

derib

IL VIT LA MAGIE AU QUOTIDIEN. ARNAUD DERIB, FILS DE L’AUTEUR DE BD CLAUDE DERIB, NOUS PARLE DE SA PASSION POUR LES GENS, COMMENT IL LIE ESTHÉTISME, ÉMOTION ET COMÉDIE ET PARVIENT À PLONGER DANS L’ESPACE DU PRÉSENT.

Il vit à Leysin, station magique qui regroupe bon nombre d’êtres spirituels. Après avoir passé 6 ans à Paris pour sa formation de comédien, il retrouve depuis maintenant 5 ans la tranquillité recherchée dans les Alpes du canton de Vaud. C’est sa source personnelle pour puiser au plus profond de lui l’énergie qu’il lui faut pour retransmettre ensuite sur pellicule ce qu’il ressent. Il nous ouvre son cœur, nous parle des gens et des réalisations qui l’ont inspiré le plus et nous amène ainsi un peu plus près de sa propre vérité.

Dis-nous quels films t’ont inspiré le plus :
The Shawshank Redemption a été le film qui m’a donné envie de faire du cinéma. Je suis très inspiré par Edward Norton, Sean Penn, Clint Eastwood et Tarantino. J’adore les films La Terre vue du ciel et Home de Yann Arthus-Bertrand ainsi que La vérité qui dérange d’Al Gore. Tous des films qui éveillent la conscience.
Quels sont les films de snowboard qui t’ont inspiré le plus ?
J’ai adoré King Size de Marco Lutz parce qu’il était différent des autres films, et Vivid d’Absinthe pour son choix de musique variée, et parce que le run de Nicolas Müller est aujourd’hui toujours aussi incroyable. Sans oublier That’s It That’s all de Travis Rice, car c’est la première fois que l’on lie l’esthétisme de l’image au ride.
Quelles personnes t’ont inspiré le plus ?
En matière de photo de ride, mon maître absolu, c’est Pat Vermeulen. Il a l’oeil, la sensibilité et il sait composer une image. François Perraudin me fait rêver avec ses photos de paysages que seul un guide de montagne peut réaliser. Mais j’apprécie aussi les images des frères Falquet ou de Patrick Armbruster… Et les photos de Sébastian Anex qui allie l’esthétisme à la glisse d’une très belle manière. Pour moi, la plus belle image est toujours celle qui donne envie aux lecteurs ou aux spectateurs d’aller rider eux-mêmes.
Où réside pour toi la magie du ride ?
Dans la liberté. C’est d’ailleurs ce sentiment de liberté qui m’a vraiment donné envie d’aller dans cette direction. Il n’y a pas de sensation plus forte. Faire des virages dans de la poudreuse est la sensation la plus extraordinaire que j’ai pu connaître jusqu’à présent. Je ne connais par contre pas encore l’eau, mais je m’imagine que cette sensation doit même être encore plus forte, du fait que l’élément est en mouvement constant.
Dans tes films, on ressent le respect de l’homme et de la nature. Ce ne sont pas que des films de ride que tu fais…
C’est juste. Cela fait maintenant longtemps que je me pose plein de questions, et grâce à toutes les expériences que j’ai pu vivre dans plusieurs domaines différents, je suis arrivé à me dire que le plus extraordinaire que l’on pouvait avoir, c’était le respect entre les humains et la nature. Et puis au travers de la photo et des films, c’est ce que j’essaie de transmettre. Ce sont des petites histoires très simples qui parlent de respect mutuel et de l’amour de la Terre. Et ce qui est magique, c’est que plus je vis l’expérience, plus la magie et des idées naissent, et plus j’ai envie de les transmettre. C’est comme une inspiration sans fin. Tout ce qui nous entoure est magnifique ! J’ai lu une citation d’Albert Einstein : “Il y a deux sortes de personnes : ceux qui pensent qu’il n’y a pas de miracle et ceux qui pensent que tout est un miracle”. Regarde la perfection de la nature : chaque année en hiver, tout meurt, et chaque printemps, tout reprend vie. Ça marche parfaitement bien et jamais rien n’est clos. Chaque année, c’est aussi beau et chaque année, je suis autant émerveillé par cette beauté !
Un autre miracle chaque hiver, c’est quand il y a la première poudreuse. On monte sur son snowboard et on fait le premier virage. C’est à chaque fois comme la première fois.
Crois-tu que l’on peut créer des miracles ?
J’ai l’impression que si on voit “la magie” dans sa vie une fois, on sait la reconnaître. C’est à nous de la trouver. On vit dans un monde de peur, mais il faut accepter d’aller au-delà de nos peurs. Tous les gens qui sont des créateurs, qu’ils soient musiciens, boulangers, menuisiers, sculpteurs, peintres, artistes, créent quelque chose de leurs propres mains et ce quelque chose est la vie, l’amour, l’envie de donner (il fait le geste de donner et ses yeux brillent). Mais on a oublié ça, on a oublié les choses simples. De faire quelque chose avec nos dix doigts et notre esprit. Il faut expérimenter pour le découvrir. Par contre, si quelqu’un n’a pas envie de donner, il ne recevra rien en retour.
Quelle est ta passion autre que le ride et ton métier ? Et où trouves-tu le calme ?
Ce sont les balades en montagne. La première chose, c’est que je me déconnecte de la société qui m’entoure. C’est automatique. “Into the Wild”. Mes yeux, mes oreilles, mon nez sont en alerte, toutes les sensations s’éveillent à nouveau. Je vois un aigle passer dans le ciel, je sens l’odeur de toutes les plantes qui m’entourent, la petite fraîcheur quand il fait bien froid et qui picote dans le nez. Je reprends contact avec la nature. Tout mon être se replonge dans son milieu naturel et mon cœur bat à fond. S’il y a des gens autour de moi, le partage se fait automatiquement, mais je peux tout aussi bien être seul. Voilà, j’aime simplement “être”. Mon esprit vagabonde un petit peu et j’ai beaucoup de pensées pour les premiers peuples qui vivaient dans la nature et je me dis que ça devait être très très dur mais aussi très très beau. Aujourd’hui, l’être humain a oublié de regarder autour de lui, de voir ce qui se passe. A Paris, on ne voit jamais le temps qu’il fait. Tu es constamment dans le métro ou au boulot ou chez toi. Personne ne peut te dire quel temps il a fait.
Est-ce que tu aurais souhaité vivre à une autre époque ?
Je crois que tout le monde aurait aimé vivre à une autre époque mais selon moi, si on est dans une époque précise, c’est qu’on a quelque chose à y faire, donc il faut le prendre comme ça. En tant que comédien, j’aurais voulu vivre la vie des chevaliers, ou en mai 68, ou y jeter un coup d’oeil … Ceci dit plus par curiosité pour y vivre réellement.
Ton DVD A la rencontre du troisième type avec Cyril Neri et Sven Mermod est actuellement en vente. Quelle suite ?
A la fin de l’hiver, il sera disponible sur Youtube. Ce qui est génial dans ce film, c’est qu’il n’y a pas un réalisateur et un acteur, mais plusieurs. C’était une idée commune de Cyril, Sven et moi. Une aventure de partage. Il y a aussi Peter Charaf qui m’a aidé à tourner des images magnifiques. Et le plus fort, c’était la rencontre avec le grand Michel (un montagnard vivant dans un mayen en dessus des Diablerets) qui s’exprime sur la société, sur la vie et sur comment les choses se font. Il est drôle, cultivé, il aime la vie et tous les petits miracles du quotidien. C’est quelqu’un qui est en totale osmose avec la nature. Dans ce film grand public, la glisse n’est que prétexte, on y voit de belles images et il y a une histoire derrière qui t’amène à te poser certaines questions
Tu viens d’une famille reconnue artistiquement. Est-ce ton père qui t’a fait aller dans cette voie (comédien/réalisateur/photographe) ?
(Il rit). J’attendais cette question. Encore plus que mon père et ma mère qui est une dessinatrice hors pair, c’est mon grand-père qui m’a inspiré. C’était un créateur qui savait être novateur tout en restant classique. Il était peintre, sculpteur, inventeur et amoureux de la nature. C’est lui aussi qui a inspiré mon père.

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