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END OF SEASON OAKLEY TRIP

deux pipes, deux transports par ferroutage et
deux espoirs olympiques en suisse

Texte et Photos de Matt Murray – De l’anglais par Joël Espi

oakleyswiss_01_pt Réunissez l’équipe de la série télévisée Tracking Eero et déplacez-la à Laax pour la fin de la saison. Ensuite, faites apparaitre le “samouraï ripper” du Japon ainsi que l’avenir du halfpipe canadien en personne, prêts à tout déchirer sur le circuit. Vous voilà préparés pour des bonnes sessions de rire, cinq cultures linguistiques différentes, un décor incroyable, une météo de malade, un voyage de fou et un ride qui atteint un niveau supérieur.

A Laax, nous squattions le fabuleux nouveau Rock Resort. C’est là que Kazu, le Japonais très réservé et très discret, a débarqué chez moi après une saison de folie à la recherche des meilleurs pipes. Heureusement pour moi, le samouraï avait dépoussiéré son anglais. Pour ceux qui le connaissent : Kazu, c’est un garçon discret de 20 ans. Bien qu’il ait bourlingué dans tous les States depuis plus de quatre ans, il n’avait pas pu acquérir un réel vocabulaire anglais, du moins jusqu’à ce qu’il ouvre la bouche et dise “Hi Matt, how are you ?”.

J’ai été surpris, et j’ai accueilli le jeune espoir des jeux Olympiques japonais avec un hug d’ours américain, avant de lui laisser son repos mérité. “J’ai passé beaucoup de temps au Colorado cette saison. Pipe-riding du matin au soir. C’était cool, enfin… aussi fun que rider du pipe toute la journée peut l’être”, dit Kazu avec son fameux sourire aux lèvres.

Une partie du charme du samouraï, en plus de sa capacité à déchirer comme un malade sur les superpipes, réside sans doute dans son style vestimentaire “easy going”. A commencer par le port de sweatpants pour son yoga quotidien comme pour ses moments de repos. Kazu est unique. En dehors des contests, il gère son temps d’une manière remarquable. Je ne parle pas là de ses runs de pipe extraordinaires, mais de sa façon de savoir quand se reposer et quand bouger.

Tout est devenu évident lorsque Charles Reid est arrivé à Laax. Charles s’est envolé depuis sa ville de Montréal au Canada, après quelques photo-shoots de fin de saison. Pour ceux qui ne le savent pas, monsieur Reid est un “broyeur de snowboards”, j’entends par là qu’il broie littéralement la neige sous sa board. Taper un trick ou dessiner une ligne, ce n’est pas suffisant pour Charles, non, il a besoin de sentir la neige se déchirer sous sa planche. Notre premier run ensemble m’a rappelé la première fois où j’ai vu rider Travis Rice. Oui, il est vraiment aussi bon que cela. A 19 ans, Charles a tout le temps de réaliser quelle sera sa direction dans le snowboard. Il est aussi un ado québécois hyper rigolo, presque maladroit, mais vraiment beau garçon, qui parle avec cet accent franco-canadien typique.

Kazu et Charles comptent parmi leurs sponsors Oakley et Burton. Ils se connaissaient donc déjà bien, et défendent aussi les mêmes intérêts. Une de leurs activités préférées, c’est d’aller à la recherche de spots inédits. C’est ainsi que nous avons trouvé un tout petit chalet façon Heidi, qui semblait tout droit sorti d’un film. Et c’est là que nous avons pu nous ressourcer. Nous avons finalement nommé la maison “Kazu House”, parce qu’elle lui allait comme un gant. Il aurait carrément pu y aménager. “J’ai adoré”, dit Kazu en se rappelant de la maison. “C’est un endroit où tu peux simplement être et profiter pleinement de la journée”. La nuit était tombée et il était temps de se coucher. Le lendemain, il était grand temps d’aller checker le pipe et de réfléchir à l’approche à choisir pour raconter notre histoire.

oakleyswiss_05_ptLe matin est arrivé trop vite à travers la grande vitre de la fenêtre du condo de Rocks Resort. Et avec lui, le soleil ! Enthousiastes, nous avons emprunté la télécabine pour Crap Sogn Gion, pour nous rendre compte que le soleil avait fait fondre la totalité du mur droit. Un seul regard sur le visage dépité de Charles en disait long, mais des jeunes champions ne se laissent pas décourager. Ils ont alors simplement attaqué le côté gauche du pipe. Finalement ils ont réalisé que ça n’allait pas le faire et l’équipe de tournage a commencé à lancer des idées pour d’autres endroits possibles. Quelques coups de téléphone plus tard, une équipe de sept types, chargés de dix-huit sacs d’Oakley et d’un parapente, ont embarqué dans deux camionettes pour Saas-Fee. Ce que l’on ne savait pas, c’est que Saas-Fee se trouve à plus de 6 heures de route de Laax, par temps clément. Le résultat : l’auteur de ce texte a vécu les 8 heures les plus drôles et les plus fatigantes de ses 31 ans passés sur cette terre. Des virages dangereux, des routes fermées à cause des avalanches, l’aperçu du même couple père-fils qui roule en vélo à trois reprises en des lieux différents, et deux transports par ferroutage, tout cela nous a procuré des moments inoubliables. L’un de mes moments favoris a été quand j’ai aperçu cet homme, d’une trentaine d’années, depuis le premier train, qui longeait la montagne sous la pluie avec sa board. Une heure et deux fausses bifurcations plus tard, devinez à qui nous demandions notre chemin ? Oui ! Au même gars, trempé, toujours avec sa planche sous le bras. Je ne sais pas si c’était la fatigue ou quoi, mais j’ai failli mourir de rire.

Charles et Kazu ont encore augmenté le fun en sautant de la camionnette lors de notre second voyage en train. Ils se tenaient tous les deux au milieu des deux véhicules Oakley afin de profiter du panorama incroyable qui se présentait à eux entre les tunnels. “C’était un peu fou de sortir de la camionnette pendant que le train roulait”, raconte Charles. Inutile de dire que c’est totalement illégal et vraiment dangereux, mais je les ai bien sûr rejoints pour prendre quelques photos. “J’étais curieux de savoir quelle allait être la destination finale”, dit Kazu. “Les voyages en train ont été incroyables. On peut profiter de scènes magnifiques depuis sa fenêtre”.

A notre arrivée à Saas-Fee, nous avons garé notre bus dans le grand parking, avant que la voiture électrique de l’hôtel Dom ne vienne nous chercher, et avec elle la légende Frederik Kalbermatten, originaire de Saas-Fee, qui nous a accueilli comme une délégation royale. Comme nous mourrions de faim, nous sommes allés dîner dans le seul endroit encore ouvert, puis nous nous sommes écroulés dans nos chambres. Le lendemain matin, nous avons pris la sage décision de ne pas rider pour une journée, et de shooter du lifestyle à Saas-Fee.

Le deuxième jour, nous nous sommes réveillés pour constater que la montagne avait été saupoudrée de neige fraîche. Alors que faire ? S’éclater dans la poudreuse, bien sûr, sans même penser à l’option half-pipe. Kazu et Charles étaient simplement super heureux à l’idée de goûter à de la pow fraîche après une saison de pipes et de contests. La journée a continué de nous apporter son lot de moments délirants : des backflips dans les champs de poudre ouverts et des cattrack airs lors d’un passage par un funparc pour se défouler. Super fatigué, mais avec son légendaire sourire aux lèvres, Kazu raconte : “J’ai eu un énorme plaisir à fendre la pow avec le crew. Beaucoup de neige, un temps super, je me suis senti siiiiiii bien. C’était la première fois que j’allais à Saas-Fee à cette époque de l’année”. Epuisés mais avec le sourire sur nos visages, nous sommes redescendus dans la vallée pour un super repas italien.

Comme nous avions encore besoin de quelques shots lifestyle, le proprio de l’hôtel Marmotte nous a prêté sa petite voiture électrique. Kazu s’est alors jeté sur le volant pour nous conduire en ville et il n’y a rien de tel que de voir un petit samouraï se frayer son chemin à travers les rues de Saas-Fee.

En fin d’après-midi la session de pipe était complètement lancée, avec Charles qui balançait des backsides 900 et des backsides 1080 tail grab, des airs énormes et des rodéos, tandis que Kazu rentrait des mc twists de son cru, des frontsides 900, des méthodes énormes et des backsides 540 trop stylés. Le seul problème venait du vent, qui empêchait notre équipe, formée d’un parapentiste et d’un caméraman, Marius et Greg, de prendre les images aériennes très importantes pour la production. “Ma partie favorite a été la session durant le coucher de soleil, avec le caméraman en parapente, au-dessus de notre pipe”, ajoute Charles. “C’était vraiment inoubliable de rider dans un tel décor”. Quand le soleil a commencé à disparaître derrière les sommets suisses, les conditions de vol se sont enfin améliorées pour Marius, notre champion de parapente, et Greg le caméraman a enfin eu ses images de Charles pour trois runs, juste avant que l’obscurité ne tombe sur les murs du pipe. “C’était une journée super longue pour shooter cette session de pipe, mais j’en ai profité au maximum”, explique Kazu. Les photos de cette session étaient “sicks”. Nous avons dû partir pour Zürich juste après la session, car nous devions prendre un avion tôt le lendemain. Il était 2 heures du matin quand nous sommes arrivés, Charles et moi, lessivés, et ce n’est qu’avec beaucoup de peine que nous avons pu ouvrir nos yeux le jour d’après pour entamer notre voyage vers l’ouest”.

En disant au revoir à Kazu à Zürich, je lui ai demandé quel était son principal objectif pour 2010, et avec son sourire il a répondu : “Je vais être le meilleur rider aux jeux Olympiques de février !”.

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