ETHAN HAWKE
À PLEINES DENTS
Par Benoît Thil
L’ACTEUR AMÉRICAIN JOUE LES VAMPIRES ÉRUDITS DANS L’ATTENDU ET RÉJOUISSANT DAYBREAKERS DES FRÈRES SPIERIG.
Il sera le vampire le plus élégant de l’hiver 2010. Le plus séduisant et le plus racé aussi. A moins d’un énorme bug, Ethan Hawke va se retrouver sur les posters qui tapissent les murs des chambres des adolescentes ! Une fois encore, on l’aura compris, les buveurs de sang, les non-morts vont profiter de l’année nouvelle pour partir à l’assaut du box-office. Oublions toutefois Twilight et sa fièvre romantique aux effluves d’eau de rose. Daybreakers, le “shocker” des frères Spierig, s’annonce un tantinet plus mordant. Ce bijou high tech et venimeux, placé sous l’influence décapante et dérangeante du cinéma de John Carpenter, n’a pas été filmé pour révolutionner le cinéma romantique. Sous une lumière bleutée hypnotique tour à tour brûlante et glaçante, notre homme Ethan joue Edward Dalton, un vampire. Mais ledit statut n’a rien d’anormal dans le contexte de Daybreakers. En 2019, futur proche dans lequel se situe l’action, une épidémie a transformé la quasi-totalité de l’humanité en vampires. Les rares humains sont traqués, bastonnés et envoyés dans des sortes de “fermes” où l’on exploite leur sang à toutes fins utiles. Quelques humains, dont un charismatique baroudeur incarné par le génial Willem Dafoe, n’entendent pas en rester là. Comme on dit dans ces cas-là : “Il en va du sort de l’humanité”… Dalton étant un garçon sage doublé d’un chercheur réputé, inutile de dire que pas mal de personnes vont compter sur lui pour inverser le cours de l’histoire. Dans ce film réjouissant signé par deux nouveaux frangins prodiges d’origine européenne, Ethan Hawke impose aisément sa silhouette de beau gosse, légèrement épuisé par les caprices du temps qu’on lui connaît depuis quelques années.
Et c’est un bonheur de voir comment le Texan, né en 1970 et révélé au monde par l’irrésistible Cercle des poètes disparus (Peter Weir, 1989), a bien grandi. Très tôt, ce jeune homme fin a su éviter les pièges commerciaux dans lesquels son physique avantageux semblait devoir l’entraîner. Aujourd’hui, à tout juste 39 ans, Ethan Hawke peut s’estimer fier de sa filmographie. Peu de choses à jeter en effet dans un parcours qui compte des divertissements familiaux de bonne facture tels que les deux volets de Croc Blanc, des chroniques romantiques d’une subtilité peu commune (Before Sunrise et Before Sunset de Richard Linklater où il a pour partenaire Julie Delpy), un mélo comme on n’en fait plus (La Neige tombait sous les Cèdres de Scott Hicks), de l’anticipation intelligente (Bienvenue à Gattaca d’Andrew Niccol)… Mais celui qui fut durant quelques années l’époux d’Uma Thurman (le couple a eu deux enfants, Maya Ray née en 1998, Levon Roan né en 2002) et qui vit désormais avec Ryan Shawhughes – jeune personne aperçue dans The Hottest State (film réalisé par Ethan en 2006) qui lui a donné voici deux ans une fille (Clementine) – est aussi une “bête” du cinéma d’action. On se souvient de lui en jeune flic perdu en milieu ripou dans le violent et sombre Training Days d’Antoine Fuqua, qui lui valut en 2001 une nomination pour l’Oscar du meilleur second rôle. On n’oublie pas non plus ses prestations dans le sanglant et jouissif Assaut sur le central 13, remake signé Jean-François Richet d’un incontournable de John Carpenter, ou dans le très apprécié Lord of War d’Andrew Niccol. Mais, sa grande œuvre, pour l’heure, est assurément 7h58, ce samedi-là, la tragédie familiale réalisée en 2007 par le mythique Sidney Lumet. Une preuve, bientôt corroborée par Daybreakers, qu’Ethan Hawke mord dans le cinéma avec un appétit qui est la promesse de grands moments.

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