DE   FR   EN  

ROBERT DOWNEY JR.

holmes_frptDE RETOUR D’ENFER
Par Benoit Thil

EX-PRODIGE DEVENU JUNKIE, L’ACTEUR AMÉRICAIN QUI SERA CET HIVER SHERLOCK HOLMES, RÉVÈLE ENFIN TOUTE L’ÉTENDUE DE SON TALENT.

Un jour, probablement, on fera un film sur sa vie. Et, pour sûr, ça ne sera pas un “truc” pour tous les publics. Bienvenue donc dans l’univers destroy et oppressant de Robert Downey Jr.! A 44 ans, l’acteur américain est le pendant hollywoodien quasi parfait du rocker anglais Peter Doherty: son existence n’est qu’une fuite en avant. On admettra qu’il y a là raisonnablement trop de talent, trop de dope et trop de frasques aussi pour un seul homme.

Mais c’est ainsi que vit Robert Downey Jr., fils de Robert Downey Sr., un réalisateur et producteur américain underground. Un père qui va très tôt donner à son rejeton l’occasion de mettre le pied à l’étrier en le faisant apparaître dès l’âge de 5 ans au générique de son film Pound, qui va l’”employer” plusieurs fois encore au début des seventies lorsqu’il s’agira d’étoffer les castings de ses ouvrages obscurs et qui, selon les dires du gamin, lui fera fumer son premier joint avant son 9e anniversaire.

Autant dire que Robert et la dope forment un couple très ancien. Une raison peut-être qui le rend si crédible lorsqu’il incarne en 1987 un accro aux substances les plus dangereuses dans Neige sur Beverly Hills, une adaptation un peu terne par Marek Kanievska de Moins que zéro, l’époustouflant roman toxique de Bret Easton Ellis. Mais ladite prestation, de même que ses apparitions dans une série télé consacrée à Mussolini ou dans un “machin” aussi soporifique qu’Air America de Roger Spottiswoode, ne constituent qu’un prologue banal à l’histoire proprement dite.

Celle-ci démarre vraiment vers la fin de l’année 1992. C’est en effet à cette époque que Sir Richard Attenborough, cinéaste académique souvent convaincant (Les Griffes du lion, Un pont trop loin, Gandhi, A Chorus Line), a l’étrange idée de proposer au grand public Chaplin, évocation, comme son nom l’indique, de l’un des plus grands monuments du septième art. Pour jouer Charlot, Attenborough a choisi Downey Jr. qui, à 27 ans, demeure alors un parfait inconnu aux yeux des fidèles des salles obscures. Même si le film fastueux est assez plombant (il donne l’impression de durer 5 heures alors qu’il ne fait que 2 heures et vingt minutes), il offre un tremplin idéal au jeune Robert. Sans complexe, celui-ci se distingue au sommet d’une affiche où brillent pourtant des noms prestigieux comme ceux de Géraldine Chaplin, Anthony Hopkins, James Wood, Dan Aykroyd ou Kevin Kline. L’intensité et la sobriété de sa prestation impressionnent au point que Bob se voit nommé à l’Oscar dans la catégorie du meilleur acteur.

Manifestement, cette notoriété soudaine n’a pas l’effet escompté sur lui. Certes, l’ex- compagnon de Sarah Jessica “Sex & The City” Parker réussit encore à faire illusion dans des films fameux comme Short Cuts de Robert Altman (1993) ou Tueurs nés d’Oliver Stone (1994).

Mais son mariage avec l’actrice Deborah Falconer et la naissance de son fils en septembre 1993 n’empêchent nullement le diable et son cortège de démons de venir s’inviter à sa table. A pas même 30 ans, Robert s’impose rapidement comme le plus beau gâchis d’Hollywood, à “égalité de points” avec un type comme Mickey Rourke.

Pris dans une spirale infernale, il règle son compte à sa célébrité naissante en se mettant la tête à l’envers à grands renforts de poudre blanche et d’alcools forts. La fin de l’ultime décennie du 20e siècle se résume pour lui à une longue descente en enfer. L’homme se réveille et s’endort n’importe où et devient du même coup une proie facile pour la police californienne qui l’arrête plusieurs fois défoncé, en possession d’une pharmacie ambulante et d’armes à feu. Impossible à l’époque de compter les fois où Downey Jr. viole sa conditionnelle et les nombreux séjours qu’il effectue derrière les barreaux, loin d’Hollywood et de ses chimères.

Avec le siècle naissant, notre homme va cependant reprendre quelques couleurs. Même s’il se fait virer du plateau d’Ally McBeal (série télé dans laquelle il apparaît à 22 reprises), sa carrière ressemble à nouveau à quelque chose de concret. En 2004, il s’impose comme un chanteur fort correct en publiant un album jazzy du meilleur effet (The futurist) et l’année suivante, aux côtés de Val Kilmer, autre survivant cabossé des années 90, il brille dans une comédie policière noire et sulfureuse: le très très bon Kiss Kiss Bang Bang de Shane Black.

Après son divorce d’avec Deborah Falconer et son remariage avec Susan Levin, il s’impose à nouveau dans l’excellent Good Night And Good Luck de George Clooney puis dans le génial Zodiac de David “Seven” Fincher. Même si ses problèmes de dépendance ne sont pas forcément réglés, Downey redevient une valeur sûre du système hollywoodien. A lui donc les blockbusters (Iron Man, L’incroyable Hulk) et les pépites cultes comme Tonnerre sous les Tropiques, film de guerre déjanté de Ben Stiller dans lequel il joue un acteur blanc rêvant d’être noir. Cet hiver enfin, pour conforter ce retour au premier plan, Robert sera Sherlock Holmes dans un film éponyme de Guy Richie attendu sur les écrans suisses début 2010. L’histoire est d’autant plus belle qu’il y a moins de dix ans, tout le monde aurait parié qu’elle s’achèverait tragiquement en page réservée aux faits divers…

http://sherlock-holmes-movie.warnerbros.com

Laissez un commentaire

Spam Protection by WP-SpamFree Plugin