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FROSTY HOLLOW

grotte glaciaire de schwarzmooskogel
Texte par Arthur Gaisberger – Photos: Markus Berger bergermarkus.com
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Le premier ride jamais entrepris dans la grotte glaciaire de Schwarzmooskogel et les photos qui en sont tirées devraient éveiller l’intérêt général pour une merveille de la nature unique et impressionnante, ainsi que pour sa conservation.

Il pleut déjà des cordes depuis des heures, à 6 h du matin. Les nappes de brouillard ressemblent à de l’ouate grise suspendue entre les pics déchiquetés de la Montagne Morte. La température est particulièrement basse pour un début de mois de septembre, mais pourtant, aucune tache de neige en vue. L’image du groupe de huit jeunes Autrichiens armés d’un lourd équipement de ski et de photographie, luttant contre la roche humide pour atteindre la grotte glaciaire de Schwarzmooskogel, n’en paraît que plus surréelle. .

Dans la nuit précédant l’expédition, le photographe Markus Berger et son collègue Dominique Daher ont emballé un énorme équipement photo dans leurs sacs à dos : 30 kg. N’ayant jamais vu la grotte, ils insistent pour prendre l’équipement complet ; une décision qu’ils regretteront un peu plus à chaque pas lors de l’escalade. Même l’équipement outdoor professionnel du groupe ne résiste pas longtemps à la forte pluie. Bientôt, chacun est trempé jusqu’aux os. En fait le temps de la montée a été largement sous-estimé. Le groupe, lourdement équipé, est régulièrement contraint de grimper des parois rocheuses glissantes. Chaque minute il semble faire de plus en plus froid, et les skieurs, harnachés de leur sac à dos, se laissent encore et encore retenir par des branches d’arbres épaisses. L’escalade devient pour tous un véritable supplice. Après plus de 4 h, l’expédition atteint finalement l’une des entrées de la grotte glaciaire de Schwarzmooskogel. Le but à atteindre n’est plus très loin : la chambre du volcan de neige, ou “Schneevulkanhalle”, 120 m de long, 80 m de large, et 50 m de haut, la plus grande grotte glaciaire d’Europe.

Le temps presse, pas moyen de faire une pause. La descente en rappel dans le labyrinthe de plusieurs kilomètres débute immédiatement. Chacun accroche sa corde et suit le couloir sombre naturel. Après quelques mètres déjà, les crampons trouvent prise dans la glace dure. Les mouvements sur la surface glacée sont risqués et ils requièrent une grande expérience préliminaire. Le groupe électrogène est branché le plus rapidement possible. Après quelques petits problèmes de mise en route, la grotte est inondée de lumière artificielle. Les dimensions gigantesques s’exhibent pour la première fois. Le groupe est immédiatement comme ensorcelé par la grandeur et la beauté de cet univers de glace souterrain. Dans la plus grande grotte glaciaire d’Europe, des figures de cristal se dressent, bien droites, jusqu’à disparaître dans le noir de la nuit. Elles mesurent jusqu’à 15 mètres. Mais pas le temps de s’adonner longuement à la contemplation, les photos ont la priorité. Pendant que l’équipement photo est mis en place, Lothar Hofer cherche le point idéal pour une lancée en télémark. Une mission difficile : il s’agit d’un turn dans une grotte envahie par de la glace reluisante, et non pas une pente de poudreuse. Le professionnel du télémark finit par trouver un point d’où tenter sa chance. Markus Berger donne son accord, et installe de manière routinière ses cinq flashs. Pour la première fois ce jour-là, photographes et riders télémark ont l’impression qu’il est possible de prendre une photo de ski en ce lieu irréel, et presque inquiétant. Mais ce ne sera pas si simple : après quelques essais, le photographe remarque que le télémarker devra retenir sa respiration juste après le départ, car son souffle rend la photo floue. Par chance, ça ne pose pas de problème. Après plusieurs heures de dur labeur, le photographe se déclare content du résultat. Mais le temps presse encore, car le retour dans la vallée est inconcevable après la tombée de la nuit. Mais la photo la plus importante n’a pas encore été prise : un turn dans le bien nommé volcan de neige.

La montée est pénible, et arrivé en haut, Hofer se rend bientôt compte que la colline de glace est premièrement plus raide qu’attendu, et que deuxièmement, elle n’offre pas de place pour freiner son élan. Dans le pire des cas, il sera arrêté par la paroi de glace et de roche. Markus Berger fait un signe et le rider se lance. La lumière crue du projecteur éblouit Hofer, qui ferme les yeux, et se lance sur le volcan à l’aveugle. Le “c’est dans la boîte” prononcé fortement par Markus Berger détend l’ensemble du groupe d’un seul coup. Avant de se remettre en route, ils contemplent un instant le spectacle unique et magique que la nature leur offre, ensemble et dans le silence. Lothar se rend compte qu’il a été le premier à rider la grotte. Mais il pourrait tout aussi bien être le dernier à avoir apprivoisé le volcan de neige, à l’aide de ses skis, car, depuis quelques années, la glace du Schwarzmooskogel fond à une vitesse dramatique. Une tendance comparable au continuel retrait des glaciers, bien que dans le cas de la grotte, le processus est plus facilement maîtrisable. La grotte glaciaire pourrait se régénérer par elle-même, si on appliquait des mesures de régulation simples, par exemple en bâchant son entrée pendant l’été. Mais ce genre de mesures s’appliquent pour l’instant uniquement aux grottes ouvertes au tourisme. Il faut que ça change pour que la plus grande grotte glaciaire d’Europe soit préservée, pour les générations futures.

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