RIO BREAKS
surf dans les favelas à rio de janeiro
Par Monika Pietrusewicz, de l’anglais par Stéphane Robin – Photos: Anik Polo, Rio de Janeiro, octobre 2009
Comment imaginer Rio sans ses favelas, ces bidonvilles omniprésents qui recouvrent les collines. Leur éclat illumine Rio la nuit. De jour, leur quotidien est fait de violence, d’armes et de drogue. Ses gens : des individus courageux qui profitent de la vie au maximum malgré les nombreux problèmes qu’ils rencontrent. Ses vagues : un horizon bleu turquoise à portée de main. Un océan de liberté où l’on oublie tous ses problèmes.
Des bidonvilles, des gens, des vagues. Voila le mix typiquement “ carioca ”* qui constitue la trame de Rio Breaks, un film de surf brésilien atypique qui sortira en Europe courant 2010. Alors que l’on pourrait s’attendre à un énième film d’action, celui-là élargit un peu le genre en mettant en scène deux gamins des favelas, Fabio 13 ans, et Naama, 12 ans, dont la vie réelle contraste pas mal avec l’image que l’on se fait du surf sous les tropiques..
Ce film est né d’une rencontre qui nous ramène en 2001, lorsque Vince Meideiros, le fondateur d’Huck magazine, s’est rendu à Rio pour couvrir une étape du championnat du monde de surf. Il a été immédiatement séduit par le Favela Surf Club, l’école de surf pour les gamins du bidonville. Du coup, il a passé plus de temps dans les collines que sur la plage à couvrir le contest. Comme il a réussi à attirer l’attention du directeur de publication de Surfing, Justin Michell, le fruit de son expérience s’est retrouvé publié dans les pages du magazine quelques mois plus tard. Ensuite, il n’a pas fallu longtemps pour qu’ils se retrouvent tous deux dans un avion pour Rio avec l’idée de faire un film. Au total, leur shooting aux allures de guérilla aura duré cinq ans. Cinq années pendant lesquelles ils ont posé leur caméra au plus près du surf et des gens. Un véritable voyage dans la vie des favelas.
Du point de vue du visiteur étranger, la favela peut passer pour ce lieu aussi pauvre que pittoresque qui surplombe la ville et les quartiers riches. Mais c’est aussi un lieu où les gens vivent, et cohabitent en étrange symbiose avec le crime organisé. Certains sont plus concernés que d’autres, ça dépend de leur choix de vie. La plupart sont des adolescents, véritables bras armés des barons de la drogue. Ils arpentent quotidiennement les moindres recoins du labyrinthe que constitue la favela. Leur espérance de vie ne dépasse pas vingt ans. La Favela do Pavao, où se déroule le film, n’échappe pas à la règle. L’énorme bidonville situé au cœur de Rio de Janeiro entre Copacabana et Ipanema, est la base du commando Vermelho, le plus gros gang de drogue de Rio. C’est dans ce contexte dangereux que Fabio et Naama essayent de profiter des quelques rares opportunités qui se présentent pour s’amuser ou pour apprendre quelque chose. L’ennui en fait des candidats parfaits pour rejoindre le gang. La seule chose qui leur permette d’oublier un peu tout ça c’est le surf. Un loisir gratuit, tout comme le rêve de devenir professionnel un jour. C’est le surf qui les aide à croire en l’avenir, qui leur donne de l’espoir. Un rêve devenu réalité pour l’un de ces jeunes, Simao Romao, présent dans le film. Membre du Favela Surf Club, il a remporté pour la seconde fois le Oakley Rio Surf Pro international en 2009. Ce qui l’a fait passer du 99e au 45e rang au WQS. Une véritable performance et une raison de plus pour Namaa et Fabio de se donner à fond dans le surf.
Un coin à l’ombre sur la plage, un rack en bois à même le trottoir. Voilà à quoi ressemble le quartier général de l’école de surf locale, qui est aussi le siège du Favela Surf Club. L’école se concentre prioritairement sur les enfants. Son but est de leur ouvrir de nouvelles perspectives. Il n’y a pas de cotisation ni de droit d’entrée. La seule condition est d’être scolarisé, la volonté d’apprendre étant un peu la philosophie du club. Le projet a été développé par des surfeurs de la favela qui rêvaient de devenir pros eux-mêmes. Confrontés à la dure réalité du tour, ils ont saisi cette opportunité pour en faire leur travail. Dans le film, on part à la rencontre de Rogerio, un shaper local reconnu à Rio, puis Thyola, Pretao, et Jean, les profs de surf résidents de la favela. Leur motivation principale est d’aller à l’encontre des préjugés qui placent le surf comme un sport réservé aux jeunes blancs de la classe moyenne. En surfant avec les autres, ils prouvent qu’eux aussi peuvent profiter des vagues aux côtés des jeunes des beaux quartiers. Tous les jours, les moniteurs accueillent un bon petit groupe de stagiaires sur la plage. Les gamins courent partout planche en main, essayant de simuler les figures qu’ils essayeront d’effectuer une fois dans l’eau. Tout en rêvant d’intégrer un jour l’élite mondiale, ils passent du bon temps dans l’eau à l’écart du tumulte de la favela. Le surf fait naître des amitiés entre eux et ça aussi, c’est important.
Même si les vagues de Rio ne sont pas les meilleures du monde, c’est quand même un des rares endroits sur terre où on peut surfer en plein milieu d’une ville. Une des meilleures vagues se déroule à Arpoador, dont la jetée fait le lien avec les plages d’Ipanema et de Copacabana. Le charme de cette plage est indéniable, que ce soit dans l’eau ou sur le sable. Cette beauté appartient à tout le monde, peu importe la classe sociale ou la couleur de peau. Et même si, sur la plage, les attitudes diffèrent entre les riches et les pauvres, une fois dans l’eau tout le monde se retrouve à égalité. Les signes distinctifs liés aux marques perdent leur importance. Et pour un petit moment, un rêve d’équité se propage à travers l’écume des vagues. L’eau salée a la faculté de dissiper les tensions du quotidien, qu’elles soient présentes ou à venir. Dans l’eau on vit cet instant présent, qui offre une espace de liberté sans pareil. C’est ce qui motive Fabio, Naama et les autres quand ils descendent de leurs collines. Une fois dans les vagues, leur rêve prend forme et ils retrouvent une certaine forme d’innocence. Rio Breaks montre une formidable interaction entre les gens, la favela et les vagues. Une relation faite de joie et de douleur mais aussi et surtout d’amitié. Sans vouloir caricaturer les choses, ce film donne une vision douce amère de la vie à Rio. Une vie dans laquelle le surf peut offrir aux jeunes une porte de sortie, une ouverture sur le monde qui leur évitera peut-être de tomber dans la drogue et le crime. Le tout est rythmé par une bande-son assez tripante qui mélange la musique de Caetano Veloso et son morceau Empty Boat avec des sonorités brésiliennes un peu moins connues. Rio Breaks est plus qu’un film de surf, on l’aura compris. Parmi ses nombreuses qualités, on se doit de citer l’absence de commentaires. On a vraiment l’impression de partager un moment de vie avec les kids, main dans la main, mais sans risquer de se prendre une balle. Un film sans jugement ni voix-off inutile. Une historie vraie qui parle avec ses temps morts et ses moments de réflexions.
Tu peux acquérir Rio Breaks auprès d’amazon Si tu aimes le projet et que tu souhaites le soutenir d’une manière où d’une autre, envoie un email à: donate@riobreaks.com.
www.riobreaks.com
http://www.sundancechannel.com/films/500532654
http://www.littlewhitelies.co.uk/blog/rio-breaks-%E2%80%93-world-premiere/



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