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AS IF, AND WHAT?

jenna selby nous parle de son premier film
Par Gemma Freeman, de l’anglais  par Stéphane Robin – Photo: Jenna Selby

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“ Un film de filles ? Je dirais plutôt de femmes… mais je préfère parler de riders, c’est une question d’équité ” explique la réalisatrice Jenna Selby : “ Ces skateuses ont du talent, elles méritent que l’on parle d’elles, c’est pour ça que l’on fait ces films ”.

Une “maverick ” se définit comme “quelqu’un qui fait preuve d’une grande indépendance dans ses idées comme dans ses actions ”. C’est vraiment le mot qui convient pour parler de Jenna : photographe, designer, ex pro skater, organisatrice du UK All girls skate Jam et fondatrice de Rogue Skateboards, elle s’est consacrée à des projets DIY (Do It Yourself) durant ces dix dernières années. Ça fait bientôt un an qu’elle sacrifie presque tout (boulot, économies, mec) pour se concentrer sur son premier film, As If, And What ?, la première vidéo de skate européenne dédiée aux filles. A l’affiche : Lucy Adams, Sam Bruce, Helena Long, Maria Falbo, Louise Pendlebury, Emma Richardson, Georgina Winter et des séquences de flat des années 80, avec la légende du freestyle Sue Hazel. Jenna se charge de l’édition et de la production, en plus du tournage de pas mal de séquences, (sans compter sa petite démo perso dans le film). As if, And What ? est un film qui lui a demandé un engagement de tous les instants.

“ C’est un film anglais qui montre tout ce qu’il faut faire pour arriver à skater, notre sens de l’humour, et les gens que nous rencontrons en chemin ” explique une locale de St Albans. “ Tout le monde fait partie de l’équipe, c’est pareil avec Rogues, nous sommes toutes des skateuses ”. Evoluant constamment dans un environnement confiné, où il faut tout faire soi-même, les skateuses anglaises ont du mal à trouver des sponsors. Oubliées par les médias, elles sont encore complètement underground. Vu le niveau général, pour une fille qui fait partie d’un team toujours dominé par des mecs, c’est presque impossible d’avoir sa séquence perso dans une vidéo. As If, And What ? est une plateforme pour que les skateuses puissent s’exprimer.

Ce n’est pas le premier film du genre. Le collectif de San Diego, Villa Villa Cola, a produit Striking Fear Into The Hearts Of Teenage Girls en 1996, suivi de Getting Nowhere Faster en 2005, avec Vanessa Torres, Cara Beth Burnside, Lauren Perkins et Lyn-z Adams Hawkins. Le crew de Montreal “ The Skirtboarders ” a aussi sorti sa vidéo éponyme en 2002. Alors que la plupart de ces films ont une approche documentaire, Jenna voulait se concentrer sur l’action pure. “ Beaucoup trop de films montrent des skateuses parlant de ‘pourquoi les filles ne sont pas prises au sérieux etc…’ mais moi je voulais faire un film où leurs performances parleraient pour elles, comme c’est le cas dans la plupart des autres films. Surtout que le niveau des riders anglaises est plutôt bon en ce moment ”. La meilleure skateuse british, Lucy Adams, est un très bon exemple. “ Elle a été professionnelle dès le début. Toujours prête à aller skater avec un cameraman, même à pas d’heure du mat dans un centre commercial. Elle a fait énormément pour pousser le skate féminin, et ça se voit dans ses séquences perso, elle maîtrise vraiment. Là où d’autres skaters essayent de rentrer un trick et passent à autre chose si ça ne le fait pas, Lucy continue de le tenter jusqu’à ce que ça soit parfait. Son souci du détail est vraiment ce qui fait sa force, surtout à l’écran.

La réalisation du film en lui-même a été pleine d’obstacles : “ Mon plus gros challenge ? Arriver à joindre les deux bouts financièrement. En gros, aujourd’hui, je n’ai plus un rond! Ce n’est pas facile de passer une année sans bosser ! Mais à la fin de la journée je suis vraiment contente. En plus, ça m’a permis de découvrir plein d’endroits en Europe où je ne serais jamais allée autrement ”.

Et maintenant ? “ Internet est vraiment la clef du succès ”, constate Jenna en recevant des commandes venues d’un peu partout dans le monde et en voyant des projets similaires prendre forme un peu partout en Europe. “ C’est plus facile maintenant. Les gens se retrouvent sur le web et ils continuent de skater même après l’adolescence. Grâce à Internet, le film, qui montre des images de filles qui s’éclatent en skate, est vu aux quatre coins de la planète ! J’espère que ça donnera envie à tous ceux qui n’avaient jamais vu ça auparavant et que le film motivera des filles et des garçons à s’engager encore plus”.

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