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JE M’APPELLE ELA

Et je suis un cliché !
Par Eliane Boner – Photo: © Timo Jarvinen / Quiksilver

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Je suis un cliché ! J’ai eu cette révélation il y a trois jours, lors d’un vol de retour de New York, où je suis allée avec une amie. Deux filles célibataires dans la mi-vingtaine en vacances, programme détente et tout ce qui va avec : s’aérer l’esprit, faire un peu de sight-seeing, et beaucoup de night-seeing.

Et là, dans l’avion retour pour Zurich, en me demandant quel sujet j’allais traiter dans ma première chronique pour 7sky People, j’ai compris quel genre de cliché j’incarnais. Le sujet s’imposait par lui-même : New York City, what else ? La ville des rêves, ou quelque chose du style. Deux femmes célibataires dans la jungle urbaine de Manhattan, sans craintes, pleines d’envie de découverte, d’aventure et de shopping, dans un âge propice aux rencontres. Le genre de chronique que le monde attendait, que personne n’a jamais lu… Pouah ! C’est ça, ouais. Je vous avais prévenus, je suis un véritable cliché.

Mon exemple s’appelle Carrie Bradshaw, le phénomène qui va avec, Sex and the City. Une femme célibataire, si je ne m’abuse dans la mi-trentaine, ses trois amies (moi j’en ai une), du Manolo Blahnik (je porte du Steve Maddens), et New York en toile de fond (moi, je ne fais que passer). A part ces petites différences, elle est pareillement droguée à l’aventure et au shopping, elle écrit une chronique, elle a longtemps été à la recherche du grand amour… Elle est tout ce que j’aimerais être, moi et beaucoup d’autres filles de ma génération. Que vous soyez prêtes à l’admettre ou non, en secret, nous faisons toutes le voyage à New York dans l’espoir d’y rencontrer notre Big, d’y ramener au moins autant de garçons que Samantha, pour envoyer de bonnes vannes quelque part entre Broadway et Madison Avenue, comme Miranda, et pour regagner un peu de sa virginité en se laissant séduire naïvement comme Charlotte. Oui, notre génération est condamnée au sort Sex and the City. Les hommes ne sont pas épargnés, puisqu’ils doivent être nos Big, se laisser ramener, ou écraser, ou nous séduire, car nous sommes naïves et vierges à nouveau.

C’est très perturbant de faire un voyage à New York, puisque on s’y transforme automatiquement en cliché. Et il faut dire ce qui est ; les clichés, c’est assez stupide. On préférerait correspondre aux adjectifs “singulier, unique, extraordinaire”. Mais ça ne fonctionne pas avec New York, puisqu’on ne peut y être que Carrie ou Big. Toute la ville appelle à ça, chaque restaurant, chaque boutique, chaque coin de rue… Sérieusement, se sentir spécial en se rendant dans une galerie de Soho, c’est aussi naze que de s’asseoir sur les escaliers à côté de la maison de Carrie Bradshaw à Greenwich Village. Oui, je veux parler de l’escalier qu’elle monte et descend pendant six saisons, de l’entrée de maison dont la célébrité est garantie par un écriteau, rendant l’identification simple comme un jeu d’enfant…

Simple comme un jeu d’enfant ? Nous avons quand même réussi à nous tromper de numéro et à prendre notre photo souvenir devant la fausse maison. Pour notre défense, les entrées se ressemblent toutes sur Perry Street, et nous avons manqué l’écriteau qui faisait référence à Carrie… Maintenant, nous avons une photo souvenir devant les faux escaliers. C’est tellement bête que ça en devient drôle. Mais on s’en fout pas mal. Je n’ai pas non plus trouvé mon Big. Et je ne peux me payer du Manolo Blahnik que soldé à 99 %. Mais en revanche, je peux continuer à prendre des vols pour New York, et me sentir unique à Soho, puisque je suis un bien meilleur cliché que toutes les autres… Je pense qu’on devrait plus souvent s’asseoir aux mauvais endroits.

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