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VERBIER XTREME 2010

OU QUAND LES VALEURS INESTIMABLES DE LA RÉALITÉ DÉPASSENT LA FICTION
Par Cira Riedel – Photos Christophe Margot

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ANNONCÉE DEPUIS SAMEDI DÉJÀ, L’ÉCLAIRCIE S’EST FAIT ATTENDRE. SIX RIDERS SE TROUVAIENT ENCORE À CE MOMENT-LÀ SUR LE BEC-DES-ROSSES. VENT TEMPÉTUEUX, NEIGE ET BROUILLARD… L’ESPOIR DE FINALEMENT ÊTRE AU COMPLET POUR L’ÉVÉNEMENT S’ESTOMPAIT CAR UN RIDER MANQUAIT ENCORE À L’APPEL POUR QUE LE NISSAN XTREME BY SWATCH 2010 PUISSE COMPTER. MALGRÉ TOUT, ON LES GARDAIT LÀ, EN HAUT, INHUMAINEMENT… LE SPEAKER ANNONÇA UNE FOIS DE PLUS L’ÉCLAIRCIE, À 14H30, À 15H20, À 15H45. “MAIS CETTE FOIS-CI, C’EST LA BONNE ! ET PUIS NON”…

C’est finalement le mardi 23 mars, trois jours plus tard, qu’un magnifique ciel bleu se décida à faire son apparition, à participer à la mise en scène du show sans égal des géants du freeride. Le Bec-des-Rosses portait ses habits des grands jours, les lines ressemblaient à des premières fois… Une possibilité jamais explorée, une perspective totalement neuve, une performance au flow unique, comparable à un savoir parler impeccable. Quelque chose de méditerranéen, de rapide, de brûlant. Des gros points d’exclamation, sans virgule ni point, même pas le temps de reprendre son souffle. Rapide, sans hésitations, par ici, par là, sans besoin de laisser passer la poudreuse coulante. Dropper à l’aveugle, suivre son instinct, sans peur de la mort ou de la perdition. Deux chutes “seulement”, peu par rapport au niveau démontré. Les riders descendent vers leur but, désaxés, telles des poupées sans vie. Par chance ils se rattrapent in extremis, s’accrochant à la neige, à la limite du gouffre. Ils l’ont échappé belle. En bas, la foule respire à nouveau, mon cœur a failli lâcher…

On s’invente un nouveau défi : la falaise “Xavier de Le Rue”. Le maître a deux options : soit il prend la line évidente et moins dangereuse et s’assure le titre, soit il met tout en jeu. Et le défi est gros, plus gros que la “barre à Gilles Voirol” et plus raide que tout le reste. C’est envisageable avec un snowboard, mais à ski la vitesse serait impossible à contrôler. Don’t try this at home… Il straightline, décolle, vole, vole plus haut, glisse, atterrit, fonce, tourne vers l’arrivée, plus rapide que James Bond poursuivi par un missile. “La falaise paraît plus petite à mesure que ta vitesse augmente” dit-il, dans sa logique de tête brûlée.

Puis vient une surprise : le Schtroumpf du Funpark a fait du flanc du Bec une sorte de slopestyle à 50° de dénivelé. Avec sa troisième place, véritable tournant historique, Candid Thovex se hisse au sommet de l’Olympe en devenant Freeride World Champ. Fini le surnom de Schtroumpf, un super héro, une étoile est née, “même s’il a l’air d’être emmitouflé dans son sac de couchage, juste au cas où”, comme dirait Coco. On ne sait jamais où l’on va passer la nuit. J’ai d’ailleurs connu un freerider qui avait toujours sa brosse à dents avec lui…

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Ils forment une sorte d’anti-équipe : même terrain de jeux, même concours, même équipement, mais chacun pour soi, seul face au Bec, sans véritable but commun, juste l’envie d’arriver vivant et de repousser les limites du sport, d’une falaise, d’une line, au-delà du possible. On ne gagne rien à être avec les autres, mais on ne gagne rien à être contre eux non plus. C’est le freeride dans son essence qui est un anti-sport, un lifestyle dissident, égocentré, sans l’ordre d’une organisation faîtière. Il connaît les seules règles imposées par l’inclinaison de la pente et par les rochers cachés par un manteau de neige à l’épaisseur incalculable… Propriétaires têtus, gardiens de la nature, les requins des neiges réclament leur loyer. Ils mordent les équipements, déchiquettent les planches, et attrapent parfois un os, un tendon ou une articulation… Il faut en avoir pour atteindre le niveau des riders, et les filles aussi peuvent en avoir. Ne tirez pas de fausses conclusions sur leur apparence mignonne : des jambes solides et souples comme de jeunes arbres, des lines comme des traits de pinceau, aucune crainte face au gouffre sans fond. De vraies guerrières. Aline Bock, snowboardeuse allemande, incarne la dignité du Freeride World Champion(ne). Elles le haïraient, le Bec-des-Rosses, si elles ne tiraient aucun plaisir à sans cesse repousser les limites de leur confort. Magnifique concupiscence… Quelle aventure !

Et elle ne s’arrête pas là, bien que, plus tard, il sera question d’un tout autre genre d’aventure et d’un tout autre genre de concupiscence. Aux alentours de minuit, après un barbecue sous la douce lumière affaiblie du crépuscule du soir, et après quelques tournées de schnaps au pub Mont Fort, on se retrouve chancelants sur une balustrade au-dessus d’une piscine couverte luxurieuse en granit rose. C’est Julien Lopez, freerider et hôte de cet after qui a tout organisé : spa, hammam, bar, DJs, trône de velours d’où l’on peut tout observer. Tops et pantalons se mettent à tomber, comme des feuilles d’arbre devenues inutiles à la fin de l’été. Plouf ! L’ensemble des trente délurés atterrit dans la piscine, avec ou sans maillot de bain. L’endroit n’est pas difficile à localiser, il fait partie des luxueux 3’000 m2 de l’un des chalets les plus dispendieux des Alpes. Mais comme pour le Bec, il faut réussir à traverser le mur transparent pour en être. C’est réservé aux initiés, à ceux qui savent être au bon endroit au bon moment. Interprétez ça comme vous voudrez. Le luxe est difficile à cerner.

Le luxe, c’est justement la liberté d’être au bon endroit au bon moment, tout en n’en étant pas conscient, comme atterrir entre deux rochers, comme un ami qui vous embrasse, et vous promet qu’il sera toujours là, même dans une prochaine vie.

www.freerideworldtour.com

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