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THE DRIFTER

une critique d’un film à travers l’oeil d’un drifter
Par Stéphane Robin – Photos: Dustin Humphrey / Reel Sessions

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Welcome to The Drifter. Ce nouveau film signé Taylor Style documente 6 mois de la vie de Rob Machado à la dérive en Indonésie. Des moyens cinématographiques assez exceptionnels mis au service d’un surfeur d’exception pour filmer une histoire sans histoire. Review.

Qu’on le veuille ou non, nous sommes tous à la dérive sur cette planète. Dérive du temps, dérive des réseaux, dérive des consciences. The Drifter est l’histoire d’un gars payé pour se laisser aller. Ok, jusque-là ça va. Un magnifique film de surf certes, mais aussi une fresque idéale drôlement simpliste. Un pont jeté entre le cinéma et le surf, entre le grand public et un art de vivre que seuls les vagabonds du swell connaissent. Mais qui est Rob Machado ? Un rasta ? Un saint ? Un surfeur ou juste un personnage de fiction qui mêlerait un peu tout ça à la fois ?

Rob Machado semble planer hors du temps quand il parle de ce film. “The best experience in my life”, comme si sa vraie vie était ailleurs, quelque part à la frontière entre l’eau et le ciel. Pourtant l’icône du freesurf qu’on nous présente aujourd’hui a consacré l’essentiel de sa vie à la compétition. Depuis l’âge de six ans il n’a jamais cessé d’aller d’une compétition à une autre. Trop soft pour devenir champion du monde, il a pourtant démontré son style en gagnant le Pipe Master en 2000. Il a beau jeu de déclarer aujourd’hui qu’il en a eu sa claque du “grand cirque du World Tour” qui l’a fait vivre et connaître. Bientôt dix ans qu’il n’est plus dans la course et qu’il peut pleinement consacrer sa vie au freesurf aux quatre coins du monde. Un travail de rêve qui lui va à merveille. Il n’est pas le seul à suivre cette voie un peu paradoxale. Tom Curren a lui aussi fait partie de ces compétiteurs acharnés qui sont passés au rang de légende du freesurf à peine leur carrière terminée. Tom ridait lui aussi des planches Channel Island mais par contre il inspirait une simplicité moins travaillée. Chez Rob le look prend un aspect plus fondamental, et le ton penche franchement vers la philosophie pour dummies. Ok Rob, ce film n’est pas un documentaire, ni un film de surf traditionnel, mais ce n’est pas non plus du cinéma, l’histoire est trop creuse. C’est étrange parce que jusque-là Rob tenait plutôt la route dans son identité décalée. Ses planches semblaient être la prolongation de l’alternative qu’il incarne. Avec ses planches old school, twin fin, mais souvent très fines, on l’a souvent vu exercer son style du Costa Rica à l’Indonésie.

D’ailleurs qu’en est-il du surf ? Pas tant que ça de vagues prises, rien d’exceptionnel pour un film de surf sinon du bon barrel indonésien. Rob est égal à lui-même. Avec le temps les cheveux ont poussé, la barbe aussi. Fini le punk rock des années 90 ; la bande-son de ce film passe à l’acoustique. Gage de sagesse ou culte du look baba cool ? Ça sent la récupération. Mais là n’est pas la question. The Drifter est surtout un film qui tente de démocratiser un style de vie et une manière de voir le monde. Peu de gens ont pour seule préoccupation de trouver une bonne vague à surfer en se levant le matin. Il y a ceux qui travaillent pour ça et ceux qui sont payés pour le faire. Rob semble à peine réaliser sa chance. Il revendique une recherche de solitude “ça peut paraître contradictoire quand on sait qu’il y avait toute une équipe de production derrière moi, mais il y avait quand même des fois où je me retrouvais seul, lorsqu’ils avaient tous dû repartir pour recharger les batteries ou chercher du matériel”. Cette quête de solitude en soi a quelque chose de paradoxal. Le trippeur ne voyage pas seul par désir, c’est le résultat de ses choix et de sa condition. Il est plus facile de suivre les mouvements du swell seul qu’avec sa petite famille. Dans The Drifter, il y a comme une inversion des rôles. Alors que plus en plus de gens se réfugient dans les médias sociaux pour fuir leur solitude, Rob cherche la déconnexion. C’est quoi son vrai problème ?

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Rob Machado n’est pas un trippeur ordinaire, ok. Sa célébrité l’oblige à aller s’isoler en terre inconnue au fin fond de Sumba pour trouver des rapports humains non altérés par sa notoriété. Une quête longue et riche en hasards. Cela dit, comme beaucoup de surfeurs il a dû reporter à plusieurs reprises son retour en Californie. La vie en Indonésie a son propre rythme, calé sur celui des swells. Un temps machine qui absorbe jusqu’à votre dernier traveller chèque.

Si ce film n’est ni un documentaire, ni un vrai film de cinéma, alors on nous vend quoi ? Du story telling ? Une histoire pleine de belles choses, qui reprend chacune des visions que tous les indo regulars ont pu avoir une fois dans leur vie. Tous ceux qui ont sillonné l’Indo connaissent les chambres d’hôtel de Kuta, les longs parcours à moto, les couchés de soleil époustouflants, les sessions interminables dans le glassy tropical. Mais ils ont aussi tous connu les aléas des transports en bus, le bateau trop chargé, les avions fantômes, la corruption, la maladie, et la foule qui se densifie chaque année un peu plus, même sur les spots les plus reculés.

On ne va quand même pas reprocher à Taylor Style de nous offrir une si belle vision du monde. L’impression de vivre un rêve éveillé est souvent présente en Indonésie tant par la perfection des vagues que par la beauté des paysages. Mais, par son scénario ou son absence, comme on voudra, ce film n’est pas destiné aux habitués de l’archipel, mais plutôt à tous ceux qui ignorent les motivations profondes qui poussent les surfeurs sur la route. Un film grand public donc, qui fera un peu se marrer les plus énervés. Les autres seront envoutés par la découverte d’un style de vie à des années-lumière de leur vie de tous les jours. A part dans son surf, on situe mal le détachement de Rob. Car comme il le dit si bien “Il y a toujours un nouveau rêve à poursuivre”. On peut donc voir que sous ses airs de sage dévolu au barrel riding, Rob n’en est pas encore arrivé au point de détachement où tout ça n’a plus aucune importance. Quand il dit avoir réapprécié d’avoir de l’eau chaude au robinet en rentrant chez lui en Californie après 6 mois de trip, on a juste envie de rire “Wow man, hot water, it’s just as simple as that”. Ok Rob, mais tous les trippeurs ont eu cette impression au retour de leur première session de camping sauvage…

Au final, ce film est une échappatoire et aussi une défaite. Une échappatoire parce qu’il offre l’illusion que le surfeur peut se fondre dans un environnement généreux, et que les réponses à ses questions existentielles se trouvent au fond du tube. Une défaite parce qu’à la fin le problème reste entier. Rob ne trouve pas grand chose, il est comme tout le monde. Il lui en faut plus, toujours plus…

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1 comment à “THE DRIFTER”

  1. Very interesting article. Keep us posting dude !!

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