A ROAD LESS TRAVELED
WAIMEA WIPE OUT
Story by Corran Addison – Photo Adam Cumming
TOUT CE QUE JE POUVAIS RESSENTIR C’EST QUE J’ALLAIS DE PLUS EN PLUS HAUT, ASPIRÉ PAR LA VAGUE, ET REGARDANT LE FLANC DE CETTE MONTAGNE LIQUIDE SANS FIN. JUSTE AU MOMENT OÙ MES YEUX ONT ZOOMÉ EN BAS DE LA VAGUE, JE ME SUIS DIT “C’EST UNE MAUVAISE IDÉE”.
Commencement
Retour en 2002 lorsque je me suis rendu à Hawaï pour la première fois. En fait non, pour être plus précis, j’étais à Maui. Ça ne m’était jamais arrivé d’envisager les autres îles. Maui avait l’air d’être l’endroit où tout se passait à ce moment, donc c’est là je suis allé, et j’en ai tellement profité que j’y suis retourné chaque année depuis. Mais je n’avais jamais été à Hawaï même depuis que je sais me lever en paddleboard (cela fait trois ans). Un matin, alors que j’avais un triple déca à la main, un email de Tristan Boxford de la Waterman League réveilla ma boîte de réception. C’était une invitation au premier event de la Coupe du monde SUP 2010, qui aurait lieu à Sunset Beach, sur la côte nord d’O’ahu, terre d’accueil du fameux pipeline et de la baie de Waimea.
J’espérais que ce serait le genre de voyage qui te crée de sacrés souvenirs. Je ne me suis pas trompé. Rien ne s’est passé comme prévu.
Je surfais à nouveau la baie de Waimea ce matin-là, à la St-Valentin. C’était la deuxième fois que je domptais la vague, et elle était plus grande que la dernière fois que je l’avais ridée. On annonçait un swell de 3 mètres, mais les Hawaïens pensaient qu’il y aurait quelques sets approchant les 4 mètres.
J’avais déjà pris une vague ce même jour, une de taille moyenne pour la journée, et comme d’habitude c’était un plaisir. Cette fois j’ai ridé une Enigma de 2,7 mètres au lieu du Cutback de 2,5 mètres que j’ai eu la dernière fois. La board était bien meilleure, mais les conditions étaient beaucoup plus difficiles, la mer plus agitée. C’était dur de rester actif en attendant les sets, donc je me suis assis un long moment pendant que j’attendais. Cela a été ma première erreur.
Après environ 30 ou 40 minutes d’attente pour la bonne vague, soudainement les surfeurs se sont mis à ramer frénétiquement vers l’extérieur. Je me suis redressé et vu un énorme set arriver. J’ai ramé et ramé aussi vite que j’ai pu et réussi à éviter la première vague, un monstre géant de plus de 7,5 mètres ! Derrière, il y en avait une plus grosse en train de se soulever. J’ai à nouveau ramé aussi fort que j’ai pu, souhaitant avoir une board plus longue et plus rapide, et cette fois, au moment où j’arrivais au-dessus du lip, elle a commencé à casser. J’ai plongé par-dessus le lip quand j’ai rejoint le sommet, en espérant que ma board suive. Elle l’a fait. Quand j’ai surgi à la surface, j’ai eu un haut-le-cœur voyant une troisième et plus grande vague apparaître derrière moi. Et j’ai fait ce qu’un débile aurait fait à ma place. J’ai plongé aussi profond que je le pouvais, nageant désespérément jusqu’au bout de mon leash de 3 mètres.
Il y a eu une violente secousse dans ma jambe quand la vague s’est cassée sur ma board, et m’a tiré en arrière sous l’eau comme la victime d’un requin blanc. J’avais la sensation que ma jambe avait été arrachée. Je commençais à avoir l’espoir que le leash à double attache se casse ou se décroche.
Je n’ai pas été aussi chanceux. Finalement la pression s’est relâchée, et j’ai nagé à la surface, juste pour constater que la prochaine vague géante se soulevait sur moi. Avant que j’aie pu réagir pour plonger dedans, elle s’est cassée sur ma tête, expulsant l’air de mes poumons et une fois de plus, la board me traîna de plus en plus profond. 10 secondes, 15 secondes et finalement j’ai atteint la surface, désespérément, en manque d’air !
Une grosse respiration, et j’ai replongé quand une vague s’est cassée juste à l’endroit où je me trouvais. J’ai pu faire une ou deux brasses sous l’eau avant que la vague ne s’écrase sur ma planche. Et à nouveau, traîné vers les profondeurs, j’ai pensé : pourquoi tu ne casses pas ? Bravo pour avoir fait un leash aussi résistant ! ! !
Le set était passé, mais je pouvais voir le suivant se lever, s’approcher. Je suis monté sur ma board et j’ai commencé à ramer frénétiquement. La première vague approchait rapidement, avec déjà un rider sur elle. Je savais que je ne ferais pas un round de plus : une autre dérouillée ne me tentait pas. Je me suis agrippé et j’ai espéré qu’elle me projette loin devant. Je n’aurais pas supporté de m’en prendre une de plus sur la tête.
Finalement, la chance a été avec moi. Elle s’est écrasée dans mon dos, m’enfonçant et me recrachant comme un morceau de savon. Puis j’ai nagé aussi fort que je le pouvais jusqu’à ce que je sois bien dans le chenal, où je me suis assis, haletant, avec le tournis, regardant le cours des vagues. J’ai vu un surfeur qui était coincé au même stade que moi, nageant vers la plage, avec un morceau de sa board anéantie dans les rochers, et l’autre à aucun endroit visible. J’ai hésité à aller le chercher, et puis j’ai reconsidéré mon geste. J’avais peur de ne pas survivre à une autre raclée. Je vous rassure il a finalement réussi à rentrer.
Je me suis assis pour reprendre des forces, et doucement le courant m’a ramené vers le line-up. Je m’y suis assis une bonne demi-heure, juste pour regarder ces mecs se prendre des vagues, des bonnes vagues, en pensant… Je n’avais plus vraiment envie d’être là-bas. Ma board était trop courte et large pour ça… et je n’étais plus d’humeur à me faire tronçonner comme ça. Donc je me suis assis et ai attendu, jusqu’à ce qu’une vague à mon nom apparaisse. Venant directement à moi, parfaitement dans ma position, d’environ 3 mètres (près de 6 en face), et propre. J’ai sauté, et ramené mes fesses jusqu’à l’intérieur, pris le drop, plié les genoux avec une stance large, rebondi et sauté à travers, jusqu’à ce que la gauche se ferme et s’écrase comme le tonnerre à côté de moi. Je suis resté dessus, ai pris le drop et l’ai chevauché jusqu’à la plage, où j’ai commencé le jeu risqué et technique de rentrer dans le fameux Waimea shorebreak.
Encore 10 minutes d’attente vigilante pour le moment parfait, et j’ai ramé, me suis levé et ai couru sur la plage avant qu’une autre vague ne me dégage.
J’avais donné mon appareil photo à une famille sur la plage et leur avais demandé, s’ils en avaient l’occasion, de prendre une photo de moi. Ils n’en ont pris qu’une, juste au moment où je ramais sur la première vague, avant que l’autofocus devienne fou et arrête de photographier. C’est OK… J’ai le shot de quand j’allais droper à l’intérieur. Une juste récompense pour la dérouillée que je me suis prise.
Et c’est comme ça que j’ai passé la St-Valentin.


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