LA 3D RETOUR VERS LE FUTUR
Par Didier Bonvin

Portée par le succès d’Avatar et après une première tentative avortée dans les années 80, la 3D fait son grand retour à l’ère de la HD.
La 3D, reléguée au rang de mode kitsch des années 80, avec les fameuses et toujours hilarantes lunettes bleu et rouge, revient en force, la faute au succès d’Avatar. TV, console, PC, home cinéma, aucun domaine de l’industrie du loisir ne va échapper à cette déferlante de relief. La 3D c’est le Graal ultime pour Hollywood. Des milliers de salles se sont équipées aux Etats-Unis et le démarrage est bien amorcé en Suisse. Les pontes du cinéma investissent lourdement, espérant que cette technologie ramène en masse le public vers des salles de plus en plus désertes.
James Cameron, Steven Spielberg et Peter Jackson, les poids lourds du cinéma pop-corn, y croient à fond et tous leurs prochains films utiliseront cette technique. On avait déjà eu droit au Beowulf de Robert Zemeckis et son film A Christmas Carol sorti également en 3D. “Dans l’industrie du film, il y a eu deux grandes révolutions, la transition des films muets aux films sonores dans les années 20, et l’arrivée de la couleur dans les années 30″ s’est enthousiasmé Jeffrey Katzenberg, le boss de DreamWorks Animation (créateur de la série des Shrek) lors du 3DX Festival à Singapour. “Maintenant, sept décennies plus tard, l’industrie du cinéma entre dans sa troisième révolution avec l’arrivée de la 3D”. L’avantage avec cette 3D et ce qui séduit tellement Hollywood, c’est qu’elle résiste encore au piratage. Le mastodonte Walt Disney va sortir dix-sept films en 3D ces trois prochaines années. Onze films d’animation et six avec des acteurs en chair et en os. Même les réalisateurs réticents comme Tim Burton se sont vu “forcés” par leurs studios de sortir leurs derniers films en 3D.
Pour la TV c’est pareil, les premiers écrans sont sortis et leur prix est accessible. Plusieurs technologies s’affrontent, la plus populaire étant les lunettes polarisées. Lors de la foire mondiale de l’électronique, le Consumer Electronic Show de Las Vegas, on a même vu un écran 3D qui fonctionnait sans lunettes. Ça s’appelle l’auto-stéréoscopie et ça va vous faire regretter d’avoir investi dans votre full HD dernier cri. La diffusion de masse a déjà commencé lors du Super Bowl américain. Des spots ont été diffusés avec la technologie des lunettes polarisées. Ainsi les studios DreamWorks ont-ils conçu une publicité de 90 secondes en 3D pour leur film Monsters vs Aliens. Pepsi a emboîté le pas et diffusera lui aussi un film en 3D de 60 secondes. Pour regarder tout ça, 125 millions de paires de lunettes ont été mises à disposition gratuitement dans des supermarchés américains. Rien de tel que le relief pour oublier la crise.
Même Bono est acquis à la cause (on connaît son amour pour le port de grosses lunettes). Le groupe U2 avait présenté son dernier concert entièrement en 3D dans les salles iMax. Ça s’appelait sobrement U2 3D.
Le jeu vidéo suit la tendance puisqu’on voit déjà des PC desktops complets sur le marché. Certains incluent l’intégrale : l’écran, la carte graphique et les lunettes. Et le prix reste raisonnable, comptez 1300 dollars pour un set.
La 3D fait actuellement beaucoup parler d’elle et dans le monde entier. Le premier film porno tourné en 3D a récemment défrayé la chronique et ça nous venait… du Japon, bien évidemment.
Henry Selick, le réalisateur du Nightmare Before Christmas a également sorti en 3D son dernier film, Coraline. Et surtout Georges Lucas travaille sur la remasterisation de tous les films Star Wars en 3D.
Mais tout ça a un prix et en bout de chaîne, même si les salles en 3D sont plus remplies, c’est le consommateur qui paye. Un billet d’entrée aux Etats-Unis pour un film normal coûte environ 7 dollars. Pour la 3D comptez une augmentation de plus 100 %, soit 15 dollars… et sans le pop-corn !
Avantage notable, cette nouvelle 3D ne provoquerait plus les mêmes maux de tête que la vision stéréoscopique des années 50. Quoique. Lors du tsunami Avatar, des malaises et nausées ont été relayés par la presse à scandale. Avec les lunettes à polarisation, le projecteur bombarde la vision de l’œil gauche et de l’œil droit (ce qu’il faut pour voir en 3D) à raison de 144 images / seconde, créant ainsi une image fluide et claire, loin des premiers résultats tout flous des années 80.
Après une première vague de 3D déjà dans les années 50, un deuxième flop dans les années 80, cette dernière ruée vers la 3D sera-t-elle la bonne ? Pari gagné pour Avatar en tout cas. Pour la suite ce n’est pas encore gagné même si la surenchère du prix d’entrée permet à l’industrie un supplément de revenu non négligeable.

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