SENS UNIK
20 ans
Par Ismael Tlili – Photo: © All rights reserved

09:38 a.m., l’iPhone de Coco se met à sonner (rien de plus normal), elle répond, puis me le tend (très angoissant). A l’autre bout du fil le manager de Sens Unik me dit qu’ils m’attendent depuis 40 minutes ! Je ne sais pas vous, mais personnellement quand j’ai un rendez-vous avec des rappeurs à neuf heures… ça signifie le soir !!! Encore au téléphone je me jette sur mes affaires, Coco sur ses clés, et nous filons mach 5 en direction de leur hôtel ! La prochaine fois, par précaution, je leur demanderai même le fuseau horaire.
Le soir même, après 20 ans d’absence, ils nous offrent un concert aussi pep qu’à leur apogée ! Comme quoi l’âge n’enlève rien à la qualité, mais au contraire, il donne du goût..
Où avez-vous eu le plus de plaisir à vous produire ?
Carlos Leal : A la maison ! Ce soir ça se passe chez nous, devant un public lausannois qui nous a suivi depuis toujours. C’est un peu critique, mais en même temps un plaisir immense de voir des mecs que tu connais et qui partagent la même histoire que toi ! Pour nous ça sera une soirée sourire.
Just One : Nous avons certaines responsabilités par rapport à eux, ces gens font partie du groupe et nous ont aidés à nous construire.
Comment combattez-vous le stress ?
J : Par le rire. Par exemple, 15 secondes avant d’entrer sur scène, un mec peut sortir une connerie qui fait redescendre la pression.
C : Pour moi, c’est la pratique de la sophrologie. Le fait d’être seul et d’aller se chercher plus profondément, ça permet de se recentrer sur soi-même. Ça m’a aidé à positiver. Dans notre métier, on ne peut pas se permettre de dégager une bad vibe, le public le ressent.
J : Personnellement je trouve intéressant d’utiliser les moments extrêmes de la vie, d’extrême stress ou de fatigue, pour créer. Tu te détaches un peu du corps, et tu pratiques une manière de travailler non maitrisée.
Pourriez-vous me citer un des moments les plus marquants de votre carrière ?
C : C’était le jour de la manifestation STOP FA-18. Quand l’annonceur a présenté Sens Unik on a entendu la rumeur, une sorte de brouhaha. On a cru qu’il venait de se passer quelque chose, qu’il y avait un truc en feu. On a jeté un œil et on a aperçu 30-35’000 personnes en train de scander notre nom !
J : Comme à un match de foot ! C’était énorme !
C : D’autant plus que le lendemain, on s’est produit devant 40 personnes. Ce n’était pas facile.
J : A STOP FA-18, on arrivait avec quelque chose de punchy ! Exactement ce qu’il fallait à ce moment ! Ça nous a marqué.
Est-il encore possible de se sentir hardcore après 20 ans ?
C : Non. Ni hardcore, ni underground. On est juste Sens Unik, on n’essaye pas de revenir en étant différents, ou en étant le nouveau groupe de rap du moment. Nous ne sommes pas là pour prendre la place de la nouvelle génération qui est super bonne. On vient juste redonner du Sens Unik, sans essayer d’être modernes.
J : Moi je vis mon côté hardcore quand j’écoute du Public Enemy ou NWA à fond dans mon salon. C’est là que j’extériorise mes pulsions.
C : La rébellion est importante, et il faut la garder toute sa vie. Si l’histoire change, c’est parce qu’une génération ne veut plus ressembler à celle de ses parents. Par contre, on peut toujours changer le monde, mais ce sera avec certaines revendications plus réfléchies. En plus, on devient plus calmes avec l’âge et nos priorités changent.
Si vous deviez refaire le monde, dites-nous quelles valeurs vous mettriez en avant :
J : La communication entre les gens qui se perd à cause de la technologie. Cela permet tout le reste : se rencontrer, partager, avoir des potes. Garder le contact avec les gens.
C : Lorsque tu mets un garçon et une fille ou des potes face à face, ce qui se passe est inexplicable. Garder cela en tête est très important. C’est l’essence même.
P : C’est mieux d’avoir deux très bons amis que 50’000 amis sur facebook !
Le featuring le plus marquant ?
J : Il y a des featurings un peu fous. T’es en studio et tu te dis : “Tiens, je verrai bien Mc Solaar sur ce morceau ”. Un coup de fil, et il débarque avec Jimmy Jay et Zdar (le gars qui a créé Cassius) !!! On se pose chacun dans un coin avec un stylo et une feuille en se disant à dans 2 heures. On commence l’enregistrement du morceau, les voix s’enchaînent et se posent, le track est dans la boîte à 6 heures du mat, et ils repartent. C’est totalement magique !
Il y a 20 ans, quand vous fumiez des clopes dans la cour, est-ce que vous vous seriez imaginés ici aujourd’hui, dans cet hôtel en train d’être interviewé ?
C : Notre parcours artistique nous a permis de voir un peu de tout. Du jour au lendemain tu peux te faire inviter dans un 5 étoiles et ensuite te retrouver dans un club où il n’y a pas d’eau sur scène.
J : Il ne faut jamais s’habituer au confort, car il ne peut pas persister. Tu peux très bien te retrouver dans un bus de tournée à 15, avec les chaussettes du voisin sur le visage. Tu passes du steak au burger instantanément.
L’album Génération out now !

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