SURFBORDEL
quand on aime, on reçoit. du point de vue d’un apprenti surfeur.
Par Ismael Tlili – Photos: © Roxy / Laurent Masurel; Swatch / Dom Daher; Stéphane Robin

Tous les aéroports du monde ont leurs manies, leurs paranos, et leur personnel pour les appliquer. Un récit de voyage ne peut se passer d’un passage sur les péripéties des transports, et bien malgré le fait que nous soyons au 21e siècle et que nous soyons capables de nous rendre sur d’autres planètes, c’est sur la nôtre que les choses les plus absurdes se passent. Que ceux qui n’ont jamais connu ce genre de frustrations me jettent la première pierre. Heureusement à l’arrivée il y a l’océan. Pourquoi, pour aller au paradis, faut-il toujours passer par la porte des enfers ?
Au début du printemps, Hossegor est déjà baignée de lumière et même s’il n’y fait pas une chaleur saharienne, on s’y sent bien. L’équipe qui m’entoure est composée de gens tout aussi exceptionnels les uns que les autres. Swatch peut se vanter de son team. Après avoir fait le tour des environs, je me dirige vers la Plage Centrale pour y voir la raison de ma venue, l’océan. De jolies vagues s’y dessinent, mais rien qui fasse peur. Je me dis : “Easy, demain sera une session pépère pour mon surf de skateur”. Le lendemain, jour de compèt’ pour la première du Swatch Girls Pro. Je me jette à l’eau. Des vagues d’un bon mètre font mon affaire. C’est juste sublime, rien ne peut égaler le sentiment d’être sur l’eau, quand tu surfes, seul l’instant présent a de l’importance. A quelques dizaines de mètres on peut voir les meilleures surfeuses du monde effectuer leurs sets avec toute la puissance et l’élégance requise pour cet art. Assis sur ma board à les contempler, je savoure le moment. A ma sortie de l’eau il aurait fallu des forceps pour retirer mon sourire. Je comprends enfin cet air niais qu’ont les surfeurs.
Lorsqu’on entend parler de surf féminin, la première image que l’on se fait est une silhouette agréable qui tient une planche dans une position sexy. Eh bien silhouettes et planches étaient au rendez-vous dans l’eau froide d’Hossegor pour révéler leur adresse dans l’océan et nous laisser bouche bée. Le niveau de ce premier volet du Swatch Girls Pro était renversant. Il y avait tellement de jeunes prodiges. J’ai eu le privilège d’interviewer Stephanie Gilmore, triple championne du monde ASP. C’est sur la plage de Seignosse que nous avions le plus de chances d’avoir une houle régulière, c’est donc là que la compétition a débuté en apothéose avec les juniors, sous un ciel couvert, avec un swell plutôt médiocre, mais une vague de talents ! Les filles ont su montrer ce dont elles étaient capables. Troisième jour de compèt’. Le temps nous est favorable, il y a de bonnes vagues et le soleil nous a même honoré de sa présence. Que demander de plus ?
A peine ai-je terminé ma session qu’on m’annonce que l’interview avec Steph aura lieu dans 10 minutes. Je me dépêche de retirer le néoprène, attrape mon enregistreur et me rend sur le site (j’ai quand même enfilé un pantalon entre-temps). Les cheveux mouillés j’attends la championne. Heureusement pour moi, elle aussi est entre deux runs. Les cheveux mouillés lui vont à ravir à elle, sûrement le fait du blond.
Ce n’est pas un mythe ! Stephanie est vraiment souriante et éblouissante et elle m’épate par sa présence et sa simplicité. Elle me confie que son premier sponsor l’a recrutée en lui offrant un t-shirt et un sticker (d’après elle quand on est une fille de 12 ans, tout ce dont on rêve c’est d’avoir des stickers plein sa board). Pas compliquée donc. C’est à tenter pour récupérer le numéro d’une de ces rideuses :). On évoque la chance que nous avons d’être ici et je lui demande si elle est consciente de vivre au paradis ? “Bien sur que SI !!!” me répond-elle avant d’ajouter que les surfeuses ne sont pas seulement des jolies filles en bikini qui se prélassent sur les plages, mais qu’elles s’entraînent dans toutes les conditions et se préparent à tous les challenges ! On comprend vite en la voyant surfer qu’elle ne joue pas. Tout ce qu’elle envoie c’est du gros ! Je lui demande si le monde machiste du surf accepte bien la présence des femmes. “C’est un monde masculin depuis les origines. Pendant des années il a été très difficile pour bon nombre de filles de trouver des sponsors ou de recevoir des prix dans les events. Mais les mecs doivent aimer la présence des filles. C’est un milieu plein de testostérone et on sert à le rééquilibrer ! En général on est assez bien accueillies. Tu m’étonnes ! Il faudrait être aveugle ou cinglé pour ne pas accepter des filles comme Gilmore. En abordant l’évolution du surf et la manière dont il progresse, elle répond que l’on ne cesse d’innover avec de nouvelles technologies, mais que c’est le talent des surfeurs qui est le plus impressionnant, notamment avec les airs ! “C’est une période excitante pour le monde du surf, on est en pleine évolution et on voit arriver beaucoup de nouvelles choses”.
Après ma question sur sa vie privée on doit arrêter l’interview, mais apparemment il serait possible de sortir avec une surfeuse pro : il ne faut juste pas avoir peur d’être souvent en déplacement et qu’elle soit entourée d’hommes musclés et bronzés 360 jours sur 365. La plupart des surfeuses se déplacent avec mari et enfants, dans un joyeux tumulte. Quant à la compétition, et bien… Gilmore remporte avec son surf agressif la première place. La triple championne est et reste épatante. La suite ? Et bien je suppose que Gilmore n’a pas fini de nous en mettre plein les yeux.
Passage des douanes : rien qui ne mérite un article.
Bref. 3 mois plus tard c’est sur cette même côte que je me suis rendu, à quelques kilomètres plus au sud, en plein centre de Biarritz. Mêlant surf, art et musique, le Roxy Jam a sa recette en sol basque. La plage des côtes basques de Biarritz a accueilli pour la 5ème année le Championnat du monde de longboard ASP. Les 32 meilleures surfeuses mondiales se sont retrouvées lors de cette manifestation pour se disputer d’homme à homme (je dirais plutôt de belle à belle) le titre et pour tenter d’empocher le prize money de 50’000 dollars.
Aussi incroyable que cela puisse paraître, il y a 50 ans on pouvait voir des baleines depuis ces côtes, mais depuis, les surfeurs ont pris le relais. Je suis l’un d’eux, honoré d’avoir reçu ça en cadeau. Des sublimes droites m’accueillent. Allongé sur l’eau, je me sens vivre et me demande si, pour ressentir la plénitude, c’est aussi compliqué que l’on veut nous le faire croire. Les vagues me font carrément effleurer le fond mais j’y retourne avec encore plus de volonté et de force. Avec une board en mousse prêtée, c’est dur de faire des miracles, mais chaque vague est un shoot de bonheur en puissance. A ma sortie de l’eau, pas le temps de rejoindre le site que le soleil m’a déjà séché. Ma seule envie est d’y retourner. Aussitôt dit aussitôt fait, et c’est reparti pour un tour. La mer me donne des forces dont j’ignorais l’existence. Quand on aime, on reçoit. Depuis la plage on peut voir la marée monter et engloutir le sable qui plus tôt voyait des touristes, des sportifs et des artistes s’exprimer.
Les prévisions pour les jours à venir sur la bonne humeur de l’océan étant mauvaises, les runs se sont enchaînés pour que les concurrents puissent atteindre les finales. ça a été très intense pour les filles qui ont dû dépasser leurs propres limites et aller chercher leur énergie au fond d’elles. C’est Cori Schumacher qui a été couronnée championne Roxy 2010 et de plus c’est elle qui a eu la meilleure vague de toute la compétition.
Je tiens aussi à féliciter la volonté des speakeuses qui ont le courage de commenter une compétition de longboard. Ce n’est pas une mince affaire.
Ces événements étant aussi réputés pour leurs fêtes démentielles que pour le ride en lui-même, celui-ci ne dérogera pas à la règle. Musicalement ce fut un vrai feu d’artifice pour les oreilles : Micky Green est venue faire la preuve de son habileté musicale (c’est fou le nombre d’instruments qu’elle maîtrise !) et de son goût curieux pour les couvre-chefs, tandis que les Plasticines sont venues déchirer le sable avec leur son ravageur. Tout ceci se passant dans une crique sur fond de mer avec les pieds dans le sable. N’est-ce pas ça le bonheur
Et les milliers de personnes présentes ne diront pas le contraire. Tous âges et horizons confondus elles ont fait le plein de décibels et elles ont, je l’espère, comme moi, pu s’imprégner de cet endroit splendide et en emporter une petite partie en elles. De plus, des artistes sont rendus sur le site pour partager avec nous leur créativité, le thème principal de cette compétition étant l’écologie. Toutes les œuvres exposées étaient en rapport direct avec notre environnement. On pouvait voir des ateliers de peinture sur matériaux récupérés en bord de mer, art et écologie faisant bon ménage avec le surf. Un petit geste anodin peut avoir un impact gigantesque, il faut juste y mettre le cœur. Une énorme exposition de peintures et de sculptures, regroupant des artistes locaux et les artistes Roxy, a été aménagée sur la place du Port Vieux, pour éveiller en nous une conscience de ce qui nous entoure. Les badauds se sont donc initiés à l’art du recyclage dans un univers chargé de bonnes ondes.
Si on veut pouvoir continuer à profiter de notre Terre, il faut changer de comportement et prendre conscience de notre chance. La Terre n’a pas besoin de nous, mais nous avons besoin d’elle. Nous dégradons les endroits que nous aimons le plus. C’est une des absurdes vérités humaines. C’est à nous, passionnés, de faire un effort et sûrement que les choses pourront changer, pour le meilleur. Le surf est une quête perpétuelle, il ne faut pas qu’elle se termine par notre faute.









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