BREATHE TAKE 2
eco festival à itacaré / brésil
Texte et photo par Dom Daher

Une poignée de riders et de personnes influentes du monde du snowboard tentent depuis quelques années d’apporter leur soutien à la cause environnementale et de manière plus générale au développement durable. Ils ont créé une association, Breathe Foundation, et tentent de faire changer les choses par des actions ponctuelles.
Une cause louable mais tout de même discutable, lorsque l’on tente d’aller changer les choses à des dizaines d’heures d’avion de la maison. Des vacances déguisées diront certains, une véritable action diront d’autres. Arrêt sur image sur leur dernier événement, le Breathe Festival d’Itacaré au Brésil.
Breathe Foundation est une organisation à but non lucratif qui aimerait, à défaut de changer le monde, changer la manière néfaste dont nous agissons sur notre planète. L’idée est de s’y atteler physiquement, de lever des fonds, et de faire prendre conscience du respect nécessaire à notre planète. Les membres fondateurs de cette organisation sont d’éminentes personnalités du monde du snowboard, en les personnes de Nicolas Müller, plusieurs fois snowboarder de l’année, et de Drew Stevenson, qui a été le big boss du Swatch TTR (World Snowboard Tour), le directeur de rédaction d’Onboard et le créateur de Method Mag.
Lorsque l’on parle de développement durable, on ne parle pas uniquement du côté environnemental, mais également du développement social et économique. C’est un tabouret à trois pieds et si on en laisse un se détériorer, le tout se casse la figure. L’action de Breathe à Itacaré a donc été multiple. Il s’est agi de : rénover l’hôpital et l’école du village grâce à de l’argent récolté par l’association tout en y faisant travailler des locaux et en y intégrant une certaine idée du recyclage (les bouteilles en verre usagées ont servi par exemple à ériger les murs) ; replanter certaines espèces d’arbres en voie de disparition qui participent au maintien de l’équilibre de la biodiversité de la rain forest (forêt humide) ; construire un bowl de skate pour permettre la pratique aux gamins du village ; et faire participer un artiste de renommée internationale, Billy the Artist. Ce dernier a invité les enfants du village à l’élaboration de ses toiles qu’il a ensuite offertes à l’organisation dans le but de les transformer en espèces sonnantes et trébuchantes.
L’autre action de Breathe est évidemment de communiquer sur cet événement. Le savoir-faire de l’industrie du snow est ici un atout. Caméramans, photographes et proriders de toute la planète se sont donc réunis sur la côte brésilienne. Et côté stars il y a du monde au balcon. Des champions du monde de freeride, en les personnes de
Xavier de Le Rue et Ane Anderund, aux stars des vidéos et des magazines telles que Nicolas Müller, Richard Permin, Mirjam Jaeger ainsi qu’Anne Flore Marxer, Olivier Gitler ou JP Solberg.
Pourtant toute cette débauche de moyens pose des questions sur notre présence à nous, riders des neiges. Parler d’environnement, en remplissant des avions de gringos pour venir donner des leçons sous le soleil du Brésil, est-ce bien raisonnable? Planter trois arbres dans une forêt vierge sous l’œil de quatre caméras à la fois, puis s’en féliciter à grands coups de bière fraîche… La situation semble, pour nombre de personnes présentes, un peu incongrue. Cela rappelle les poubelles de tri qui ont été mises en place par la mairie dans toute la ville, pour une somme sûrement non négligeable, mais dont aucun ramassage séparé n’a été prévu, pas plus d’ailleurs que leur traitement à posteriori. Il en va de même pour le bien-fondé d’un bowl de skate dans une région où manger est déjà un luxe… Les membres du groupe commencent à se poser beaucoup de questions, sur leur présence ici. Certains demandent plus d’action, de participer plus et non pas seulement de jouer les prêcheurs de bonne parole face à un micro. Les soirées sous la lune s’éternisent en discussions passionnées. Foutage de gueule ou véritable action? Dans cette quête de justification de leur présence, une idée sort du lot : aller donner du temps à une école des favelas, passer l’après-midi à jouer avec les gamins et surtout leur amener de quoi alimenter leur cantine pour quelque temps. Une véritable action, certes, et un moment fort de ce trip. Mais pourtant à l’échelle de notre planète, un acte pas forcément utile car chacun a un rôle ici-bas. Le nôtre est d’éveiller les consciences par la communication en utilisant des stars du snowboard, du skate ou du ski. Le but est de parler de tout ça au plus grand nombre, de faire passer l’info. Il ne se vend jamais autant de ballons de foot que pendant la Coupe du monde grâce à une sur-communication de l’événement. Alors parlons de l’environnement, communiquons sur l’état d’urgence afin que chacun se sente concerné et se pose des questions. Comme charité bien ordonnée commence par soi-même, cette remise en question a été d’abord la nôtre. Grâce à cette réflexion, nos actions ne seront plus jamais les mêmes dorénavant. De même grâce à ses sponsors, Swatch notamment mais aussi Crème skateboard, cette bande de riders a réussi à soulever des fonds qui ont permis la rénovation de l’école et de l’hôpital. Les membres de l’association ont également donné de leur temps, une denrée elle aussi de plus en plus rare, même chez les riders.
Association BREATHE FOUNDATION
Forchstrasse 226, CH-8032 Zürich
www.breathefoundation.org







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