Par Ela – Photo: © Quiksilver/Timo Jarvinen
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Si l’on considère le milieu branché dans lequel j’évolue, je mériterais un prix. L’iPhone constitue indéniablement une sorte de garantie de qualité pour le hippster 2.0, catégorie dans laquelle je nous range volontiers, mes amis et moi. En ne me le procurant que récemment, j’ai vaillamment résisté à la pression sociale qui avait déjà fait plier toutes les victimes de la mode qui m’entourent depuis trois ans.

Ce n’est pas pour une question d’argent que je n’ai pas fait le saut plus tôt. Il y a un an déjà, j’avais l’intention de m’acheter un iPhone, mais le vendeur dans la filiale de l’opérateur téléphonique était tellement peu serviable que j’ai changé d’avis juste avant de conclure le contrat. Il avait la fâcheuse manie de regarder les passants à travers la vitrine tout en me conseillant. Intolérable ! J’en étais réduite à faire des mimiques de pantin pour attirer son attention. Cet imbécile fixait le monde en m’ignorant et en prenant une pose de grand philosophe. La situation m’était tellement désagréable que j’ai décidé de le punir en l’abandonnant, ma commande presque passée.
Lorsque, deux jours plus tard, on m’a priée par sms de donner une note pour l’accueil et le conseil à la clientèle dans la filiale, j’ai pris un malin plaisir à donner une mauvaise note à cet idiot. Imbécile ! J’espère vraiment que je lui ai fait perdre son job. S’il y a bien quelque chose que je ne supporte pas, c’est bien le personnel de magasin pas serviable qui a appris la politesse au milieu du désert d’Australie. Quand on me parle, il faut me regarder dans les yeux, un point c’est tout. Tout le reste est indécent, à gerber. Je suis une jeune femme communicative et hautement sociable, à qui il faut vendre un iPhone…

Paradoxalement, l’objet est responsable de la réduction considérable de mes facultés sociales, ces dernières semaines.

Depuis que je possède un iPhone, quand je me rends au bistro, je ne suis plus uniquement à la bière et au café, mais je suis à la bière, au café, et aux e-mails. Ou à Facebook. Ou à mon What’s-App Messenger (qui est, il faut l’avouer, vraiment efficace !). Ou à mes sms. Ou je surfe sur Wikipedia. Et ensuite je relève mes e-mails. Il est tout à fait possible qu’une information de grande importance soit arrivée dans ma mailbox ces dernières secondes. Ça arrive tout le temps… ou pas, mais ce n’est pas impossible. En résumé : depuis que je possède un iPhone, je ne peux plus nier être une victime du monde digital.
Parce que dans le fond, je trouve cette attitude totalement stupide. J’ai pensé à m’inscrire dans un séminaire de désintoxication pour soigner les dépendances liées à Internet. Ça se passerait à la campagne, dans une ferme réaménagée, où je devrais me rendre un week-end sur deux en laissant mon iPhone à la maison. Là, je rencontrerais d’autres personnes comme moi, qui ne peuvent s’empêcher d’uploader et de downloader à longueur de journée. On s’assoirait en rond et je dirais : “Bonjour, je m’appelle Ela. Moi aussi je suis internetolique”. Les autres répondraient à l’unisson : “Bonjour Ela” et, ayant l’impression de ne plus être seule, je me sentirais déjà mieux. Au bout d’une demi-année, nous serions tous guéris et nous mettrions un terme à notre thérapie. Je me serais probablement fait de nouveaux amis dans le lot des participants. Quand je leur proposerais de rester en contact, puisqu’ils viendraient tous des quatre coins du pays, je leur dirais  : “Evidemment, tu me trouveras sur facebook…”.

Et là je réaliserais enfin que ce vendeur n’était pas un imbécile, mais probablement l’un des derniers résistants au monde analogique. Qu’il aille en paix  !

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