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DEEPER INTO THE POW

WITH JEREMY JONES
Par Cira Riedel – Photo: Greg Von Doersten

deeper

JEREMY JONES EST L’UN DES RARES BIG MOUNTAIN RIDERS. IL COMBINE L’ALPINISME ET LE SNOWBOARD À UN NIVEAU DE FOU, CONQUIERT L’ALASKA SANS HÉLICOPTÈRE NI MOTONEIGE, ET CONSACRE SA VIE À EXPRIMER SON TALENT SANS TROP SE LA RACONTER. AVEC PATIENCE, AMOUR DE LA NATURE ET LA VOLONTÉ DE BIEN FAIRE. C’EST POUR CELA QU’IL A FONDÉ POW, UNE ORGANISATION NON LUCRATIVE QUI A POUR BUT DE PRÉSERVER LE CLIMAT. NOUS AVONS DISCUTÉ AVEC LUI AU SUJET DE LA RÉALISATION DU FILM DEEPER ET DE SES AMBITIONS AVEC POW.

Deeper est bien plus qu’une accumulation de lignes impensables, de puff et de drops sur des pentes rocheuses à 50°. Personne n’a jamais été aussi loin que Jeremy en Alaska : là-bas la combinaison de l’alpinisme et du snowboard atteint vraiment un autre niveau. Bivouaquer sur des faces à 1000m ou grimper la nuit sur des pentes inconnues revient à prendre des risques vraiment mortels. C’est la montagne qui décide. Les membre de l’équipe ont dû passer des jours entiers enfermés dans leur tente à cause des tempêtes de neige, à court de vivres et d’espoir, mais jamais sans humour. Comme le fait remarquer le photographe Dan Milner : “Il n’y a pas trente-six façons de se sortir d’ici, soit on marche en direction de l’océan et on essaye d’attirer l’attention d’un bateau, soit on marche 90 km pour atteindre la civilisation. L’angoisse s’immisce définitivement à l’intérieur de nous”. En effet, même les pilotes chevronnés n’oseront pas voler à leur secours dans de telles conditions.

Où êtes-vous allés pour filmer Deeper ?
Nous nous sommes rendus dans les Alpes, en Californie, en Antarctique, et en Alaska. Nous avons aussi collaboré avec quelques gars de Follow me Down. Comme par exemple, dans la partie en Antarctique où j’ai été invité par Xavier De Le Rue à la dernière minute. C’est une partie vraiment cool, mais elle ne dure que trois minutes et demie. Cela dit, Xavier est aussi présent tout au long du film.
Quel a été la partie la plus difficile dans cette aventure ?
Je dirais rider et grimper dans les Alpes, et surtout à Chamonix… ça ne ressemble à rien de ce que j’ai pu faire auparavant (Il y a une séquence où l’on voit Jeremy au milieu de blocs constitués de roche et de glace, sur une pente à 55°, suspendu à une corde. Ouf !), même si tout le film était extrêmement exigeant. J’ai quand même eu les meilleurs moments de snowboard de ma vie, et bien que l’escalade ait toujours fait partie de mon boulot en montagne, réaliser un film de haute qualité sans l’aide d’un hélicoptère ni d’une motoneige, c’est une autre histoire. J’ai souvent douté. C’est l’apogée de ma carrière de snowboarder… et c’est aussi le bon moment pour faire passer mon snowboard à la vitesse supérieure.
As-tu réussi à gérer la situation ?
Oui, je suis content d’avoir réussi. C’étaient les meilleures lignes de ma vie, sans l’aide de la motorisation. Nous avons juste pris des avions vers les glaciers et on est restés là-haut durant plusieurs semaines à nous balader.
C’est de l’alpinisme combiné avec du snowboard…
Je n’avais jamais fait ça à ce niveau-là, ni physiquement, ni mentalement. Lors de ma plus grosse journée, j’ai fait 33km de randonnée sur à peu près 2000m de dénivelé. Et c’était assez courant pour nous de commencer de nuit et de terminer de nuit. Des journées de 17 heures. Les photographes et les caméramans devaient randonner eux aussi ! Nous avons rechargé les batteries avec des panneaux solaires et avons dormi avec dans nos sacs de couchage pour les garder au chaud. En Alaska il y avait neuf personnes dans l’équipe, mais normalement on était beaucoup moins que ça.
Qui est parti avec toi ?
Raymond Bell, Xavier De Le Rue, Josh Dirksen, Jonathan Moore, Forrest Shearer, Lukas Defray et Travis Rice étaient de la partie. J’ai passé la plupart du temps avec Jonathan, Xavier et Josh, avec lesquels je n’avais jamais vraiment ridé avant. Dans des moments comme ça, tu finis par savoir parfaitement à qui tu as affaire, tu découvres les qualités des gens. Tu apprécies leur optimisme et leur amour de la montagne et du snowboard. Travis est un type exceptionnel pour triper. J’ai sélectionné des riders qui aiment la montagne et apprécient vraiment ce genre d’expérience. Nous avons passé des semaines sans réussir une prise de vue digne de figurer dans le film, il fallait que l’on coure partout tout le temps. Donc si les gars étaient simplement venus pour faire une séquence, ils seraient devenus fous ! Mais malgré les difficultés, ça reste le meilleur trip de ma vie. On était vraiment plongés dans la nature. Ma vie est assez trépidante par moments. Les montagnes sont un peu mon havre de paix, une porte sur un autre monde. On est coupés des autres et les montagnes requièrent beaucoup d’attention.
Y a-t-il des moments où tu t’es senti dépassé ?
On n’a jamais baissé la garde. Il a fallu préparer chacune de nos sorties. Avec la planification des itinéraires, tu arrives à réduire les risques. On avait des guides de montagne avec nous, comme Tom Burt qui a passé beaucoup de temps en Alaska. C’est important d’avoir une personne dans l’équipe, dont le seul souci est notre sécurité. Dans les Alpes, nous avons pris un ami de Xavier, avec le même genre de deal. Ces types sont surtout là pour s’occuper des caméramans. C’est très important. En général, je suis assez confiant pour ce que je fais, mais quand je vois un caméraman traverser une crevasse pour trouver un nouvel angle, je ne peux pas analyser la situation à sa place.
Ce film t’a-t-il changé ?
Certainement ! Aller se perdre dans un autre monde, c’est une autre histoire. C’est un monde où je suis intouchable et loin des préoccupations de la vie quotidienne. Passer autant de temps dans les montagnes te donne une nouvelle vision, ça t’aide à ne pas stresser pour des choses futiles. Et quand je reviens, j’ai tellement d’énergie, je me sens plein de vie. C’est cool de ramener tout ça à la maison avec moi.
Et ta femme, comment supporte-t-elle le risque ?
C’est un moment stressant pour elle, mais elle me connaît très bien et elle a confiance. On est ensemble depuis 15 ans, elle comprend très bien ce que l’on fait et elle est consciente des risques.
Quelle est l’essence de ce film ?
Avant tout, c’est un film à propos du plaisir que l’on peut éprouver en montagne, sans avoir une grosse infrastructure derrière. Le meilleur run de ta vie peut très bien se trouver derrière chez toi. Le mois que nous avons passé en Alaska m’a coûté autant qu’un jour d’héliski. Seulement 1% des snowboarders peuvent se le permettre, alors que faire du freeride avec tes propres moyens et ta propre connaissance du terrain est tout à fait possible, il suffit de le vouloir. Et ça n’a pas de prix.
Peux-tu nous expliquer le concept derrière POW ?
Eh bien, ça ne se résume pas simplement à faire un chèque. Aux Etats-Unis nous développons et soutenons des programmes concernant le changement climatique. Nous mettons de l’argent dans des associations, dans lesquelles nous sommes personnellement engagés.
Que penses-tu des changements qui se profilent ?
J’essaye de mettre de l’énergie dans l’éducation pour aider les gens à prendre conscience de tout ça. Ce sont les jeunes qui apporteront les vraies solutions. Mais la tâche est immense. Je ne peux pas rester les bras croisés à ne rien faire, donc on fait ce que l’on peut. Mais n’empêche, je suis quelqu’un d’heureux.
Ça ne ruine pas ma vie de tous les jours.
Peux-tu décrire les relations que tu entretiens avec la nature ?
Mon lien avec la nature est très fort. Si je ne vais pas dans la montagne pendant plusieurs jours, je ne me sens pas bien. C’est de là que je tire mon énergie, elle est ma source d’inspiration, ma motivation, mon art. Les voyages que je fais ont plus à voir avec l’art qu’avec le sport. On est vraiment à fond dedans. Obsédés, comme un peintre est obsédé par son tableau.
Quelle question aimerais-tu poser à l’humanité ?
Je demanderais à tous ces gens qui croient que le changement du climat n’est pas lié à l’activité humaine : et si c’était le cas ?

protectourwinters.org
oneill.com/deeper

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1 comment à “DEEPER INTO THE POW”

  1. Belle initiative. Il reste beaucoup à faire dans le domaine mais les consciences commencent à s’éveiller… doucement.

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