DE   FR   EN  

ALEXANDER PALACIOS

palacios_ptGagnant du Hasselbad Junior Contest
Par Cira Riedel | Photo : Alexander Palacios

Avec un impressionnant portrait, Alexander Palacios a gagné le Hasselbad Junior Contest. Né à Francfort et vivant à Bâle, ce jeune homme de 28 ans espère se construire une vie remplie de voyages et de rencontres intéressantes grâce à la photographie. Il aime les portraits, travaille avec des mannequins, des stars et des inconnus.

Qu’est-ce que tu as ressenti en recevant le prix? Est-ce que tu as réalisé que tu étais face à une victoire qui pourrait changer le cours de ta carrière, et influencer ta vie entière?
C’est difficile de trouver les mots justes. Quand on voit les gens remporter des prix à la télé, on se dit toujours qu’ils en font trop, mais franchement, c’est vraiment une sensation incroyable. Mais je ne pensais pas à l’importance du prix. Je me réjouissais surtout de bientôt pouvoir utiliser un appareil Hasselbad (qui faisait partie du lot de prix), et d’essayer de nouvelles choses. Mon concept, assez simple, est d’essayer de capter les émotions du sujet. Avec un appareil photo moyen format, j’ai de nouveaux défis à relever. Le portrait avec lequel j’ai remporté le prix était exposé au Photo 10 à Zurich, où un nombre incalculable de personnes l’ont vu. J’ai d’ailleurs eu l’honneur d’y faire la connaissance de Marco Grob, qui m’a tout de suite reconnu. Nous avons eu un échange très enrichissant.

Qu’est-ce qui fait de toi un bon portraitiste ?
J’attache beaucoup d’importance aux émotions. C’est certainement grâce à mon aptitude à saisir celles d’une personne que je suis reconnu. Je m’intéresse aux êtres, aux cultures. J’espère que je serai amené à voyager durant ma vie, souvent, et dans des pays lointains. Je perçois beaucoup de choses dans un visage et je réagis à ce que je vois. J’essaye toujours de figer la personnalité du sujet sur mes photos, le naturel et l’authentique. J’ai commencé en photographiant des parties, mais je n’étais jamais satisfait du résultat, et l’équipement à disposition n’était pas bon. J’ai donc commencé en 2003 sans savoir-faire technique et avec un appareillage bas de gamme. En 2006, alors que je voulais devenir indépendant en tant que personal trainer, j’ai fait appel à un photographe pour faire mon dossier. Son tarif était de 1’300 € par jour, et quand je revois les photos aujourd’hui, je les trouve techniquement assez mauvaises. J’ai réalisé qu’on pouvait se faire pas mal d’argent avec ce travail, ça m’a motivé. Désormais, j’ai des clients fidèles, comme Escada Sport, Elle, Architectur Digest, Swiss Textiles, SI Style, Clariden Leu… Je suis présent à plusieurs Fashion Weeks et pas plus tard qu’hier, je photographiais Sarah Meier pour une campagne publicitaire pour une marque de montres. Mais mon but n’est pas matériel. Je veux juste avoir la liberté d’être où je veux et de pouvoir répondre à des mandats dans le monde entier.

Est-ce que tu as un avis sur les personnes que tu prends en photo ? Et est-ce que cet avis rend parfois ton travail difficile ?
A Art Basel, j’ai photographié le milliardaire Abramovic. Je l’ai reconnu grâce aux trois femmes en fourrure qui l’accompagnaient. En général, on sait d’où provient la fortune des gens célèbres, mais dans son cas… Je ne sais pas trop quoi penser de lui. Ce genre de situation rend le travail intéressant : on se retrouve pris dans un conflit avec soi-même. Lors d’un reportage sur les lieux de production d’extensions capillaires en Inde, j’ai été profondément touché par les très jeunes filles que j’ai vues trier des cheveux, pendant des heures et sans climatisation. Elles prétendaient toutes avoir 18 ans, mais j’en doute. Dans un sens, j’aime vivre ce genre de situations, de l’autre, elles procurent de drôles de sentiments. Le travail crée la distance, mais on garde toujours une forme de mauvaise conscience. C’est complètement barré. On peut faire le même constat sur l’univers de la mode qui prétend toujours : « It’s so fashion » ! C’est un monde très superficiel, une toute autre réalité. Beaucoup de designers aimeraient jouer dans la cour des grands, mais ils n’en ont pas les moyens. Peu d’entre eux ont le budget et le style.

Comment gagne-t-on la confiance des gens, afin d’obtenir des portraits naturels et de qualité ?
Il existe différentes manières de faire. Il faut avoir un certain sens du social, et il faut savoir mettre les gens à l’aise. Les portraits d’entreprise sont les plus difficiles à réussir : les sujets ont peur de se donner un air trop important. J’essaye alors de faire s’évanouir leur peur en étant moi-même détendu et en leur faisant des compliments. La recette n’est pas infaillible, mais en général ça marche.

Qu’est-ce que tu fais en premier ? Un gros plan ou un plan à distance ?
Un gros plan ! J’aime entrer tout de suite dans le vif du sujet. La distance ne donne pas le feeling. J’utilise plutôt des focales courtes, c’est un tout autre langage visuel.

Qu’est-ce que tu penses de l’adage qui veut que chaque portrait soit aussi un autoportrait de l’artiste ?
Si on prend l’exemple du portrait gagnant, j’ai choisi 50 mm de distance focale et l’ai pris à un mètre : je voulais rendre le sujet noble, et proche. Je veux qu’on l’admire. La fille de la photo ne regarde pas directement le spectateur, on est proche d’elle et loin à la fois. Les petits défauts sont indispensables, mais dans une juste mesure : si elle avait eu un gros bouton, je l’aurais retouché. En somme, l’émotion que transmet un portrait doit être évidente, mais pas fausse.

alexander-palacios.com
lookat.alexander-palacios.com

Laissez un commentaire

Spam Protection by WP-SpamFree Plugin