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ICELAND

0201_islande_ptune terre unique au monde en termes de paysages et de puissance émotionnelle
Texte et photos de Vanessa Beucher

Quelques Islandais, par l’énergie qu’ils déploient, par leur passion du snowboard et du surf dans ces paysages hors du commun, par leur émerveillement sans cesse renouvelé, sont bien à l’image de leur île si particulière, où l’eau et le feu ont créé un paysage hostile et sublime. Un hymne d’amour à l’Islande.
Au début du mois de mai, le long hiver islandais touche à sa fin et le printemps fait progressivement son entrée : les journées se font plus longues et la nature s’éveille doucement… Le blanc de la neige se mêle au vert tendre des bourgeons et au bleu profond de l’océan, créant une véritable symphonie de couleurs. Les possibilités de rider deviennent alors magiques, que ce soit sur une pente montagneuse ou dans les eaux froides de l’Atlantique Nord… Rencontre avec une poignée de passionnés qui font de leur île un infini terrain de jeux et d’exploration, le tout dans une atmosphère unique au monde.

Après trois jours de bateau en mer du Nord, depuis le port d’Esbjerg au Danemark, via l’archipel des îles Féroé, l’arrivée en Islande se fait par le fjord majestueux de Seydisfjördur, sur la côte est de l’île. L’épisode de grosse mer dans la dernière partie du voyage a laissé place à des eaux plus calmes et à un ciel dégagé. Le Norröna aborde sereinement les côtes dans la lumière du petit matin. L’échelle du panorama est tout simplement époustouflante car une grande partie des fjörds de l’est se dévoile devant les yeux. A cette époque de l’année, les montagnes sont quasiment entièrement recouvertes de neige, et ce même jusqu’au niveau de la mer, créant une belle palette de couleurs. La remontée du fjord se fait par une route en lacets, dont le sommet surplombe le petit village de Seydisfjördur et les montagnes environnantes. Le noir du bitume crée un contraste saisissant avec le paysage, encore recouvert de neige et de glace, aux tonalités blanches et bleutées. L’Islande est une terre unique au monde en termes de paysages et cette puissance émotionnelle se ressent vite. Les fjörds profonds alternent avec des paysages volcaniques lunaires, des lagons d’icebergs, des langues glaciaires, et des hautes terres où seule la mince toundra, capable de résister aux assauts du climat, pousse.

La partie nord de l’Islande se situe tout près du cercle polaire arctique, ce qui garantit un enneigement qui s’étend jusque vers mi-mai début juin. C’est le royaume des montagnes qui tombent dans la mer, la rencontre majestueuse de deux éléments. Entre les mois d’avril et juin, le printemps islandais offre la meilleure période de l’année pour le freeride. La météo très rude et instable de l’hiver – longues nuits polaires, tempêtes soudaines – fait place à des conditions plus clémentes pour ceux qui désirent s’aventurer dans ces contrées éloignées de tout. La région d’Akureyri surprend par ses possibilités infinies et la qualité de la poudreuse y est exceptionnelle : grâce à la proximité avec l’océan, la neige est chargée en humidité, ce qui lui procure une excellente adhérence avec les couches inférieures. Dans cette partie du pays, les sommets atteignent près de 1500 mètres, mais leur situation très au nord fait que l’on peut rider quasiment jusqu’au niveau de la mer. Et quelle vue du sommet de ces montagnes! Les superlatifs manquent presque pour décrire ce paysage grandiose depuis le haut de Latrar, un refuge isolé à la pointe est du fjord, qui offre une base idéale pour le freeride. Latrar fait partie de ces endroits hors du temps où il n’y a plus rien, plus de routes, plus de téléphone, plus d’électricité mais où il y a peut-être l’essentiel : la communion avec dame Nature y est entière. Le panorama se déroule devant les yeux à 360° : d’un côté l’extrémité de la chaîne de montagnes qui ferme l’autre bout du fjord et tombe verticalement dans l’océan glacial arctique, de l’autre une magnifique vallée intérieure où l’on n’a que l’embarras du choix pour laisser sa trace.

0104_islande_ptRunar Omarsson et Asgeir Höskuldsson aiment venir dans ce bout du monde au printemps. Fondateur de la marque Nikita avec Heida Birgisdottir et Valdi Hannesson, Runar est considéré comme le “ godfather of snowboarding ” (ou parrain du snowboard) en Islande. Dans le petit skate-shop qu’il a ouvert à Reykjavik il y a une dizaine d’années, il importait les premières planches dans le pays et offrait même des leçons gratuites pour chaque snowboard acheté. De là est née toute une génération de riders super talentueux, une communauté très soudée où tout le monde se connaît. Runar et Asgeir, marketing managers de Nikita, apprécient Latrar pour se ressourcer dans la beauté grandiose de ces paysages. Quelques domaines de ski existent bien près de Reykjavik à Blajföll, ou près d’Akureyri à Hlidarfjall, mais pour eux, rien ne vaut le freeride dans ces montagnes du nord, la sensation de faire corps avec ces géants enneigés. La période du jour continu qui s’étend de mai à août permet aussi de longues randonnées jusque tard dans la “ nuit ” : le soleil ne descend que très brièvement sous la ligne d’horizon et vers minuit-1h du matin, la lumière devient alors magique, irréelle. Les montagnes s’enveloppent de teintes mauves bleutées et les sens s’embrasent…
L’Islande, comme son nom l’indique (Island signifie terre de glace en islandais), est le pays de la neige, du froid, qui évoquent aussitôt le ski et le snowboard, mais l’île, par sa position au milieu de l’Atlantique Nord, cache une multitude de spots de surf qui reçoivent des houles constantes tout au long de l’année. Le courant froid d’Irminger mêlé à des vents d’ouest dominants fait que la péninsule ouest et sud-ouest du pays capte les meilleures rentrées de houle. Ils ne sont encore qu’une poignée à s’aventurer dans les eaux froides de l’océan – combis épaisses, boots, gants et cagoules sont de rigueur quasiment en toute saison – mais cette période du printemps réserve quelques belles surprises ensoleillées. Grâce à l’influence du Gulf Stream, les côtes bénéficient de températures bien plus clémentes que celles du nord des Etats-Unis et du Canada.

0101_islande_ptCette matinée-là, toutes les conditions sont réunies pour une belle session au point break de Porlakshöfn, petit port de pêche sur la côte sud du pays, situé à environ une heure de Reykjavik. Une houle de sud-ouest et un léger vent off-shore ont donné naissance à une droite régulière à la pointe du phare. Pas encore de risque de surpopulation au peak : ils ne sont que quatre ou cinq amis à surfer ce matin-là, bientôt rejoints par deux ou trois autres personnes. Les séries arrivent tranquillement. Des vagues consistantes de 1,5 à 2 mètres déroulent pendant deux bonnes heures. Au loin, on aperçoit en toile de fond les majestueux volcans-glaciers de la côte sud. Vers la fin de la matinée, une silhouette longiligne se rapproche du rivage et sort avec précaution des rochers glissants. Tout sourire, elle savoure encore cette session glassy et ensoleillée. Pia est une des rares surfeuses de l’île ; les filles sont encore aujourd’hui bien moins nombreuses dans l’eau que sur la scène snowboard. Un peu fatiguée et son corps engourdi par le froid, même avec son épaisse combinaison, elle reconnaît que le fait de ne pas être allée dans l’eau depuis un moment a rendu les choses plus difficiles. Mais surfer entourée d’hommes renforce sa motivation et affûte ses compétences. Elle n’a jamais ressenti la sensation négative d’une compétition entre hommes et femmes. Le point break commence à saturer avec la marée haute mais ils sont encore quelques-uns à vouloir en profiter jusqu’au bout. Parmi eux, Ingo Olsen, un touche-à-tout qui jongle entre ses diverses activités, à la fois en charge du skate park de Reykjavik, guide de glacier chez Arctic Adventures, et fondateur il y a quelques mois d’Iceland Surf Project, une petite compagnie qui propose des surf trips autour de l’île. Goggi Hilmarsson fait quant à lui figure d’un des surfeurs les plus respectés d’Islande. Passionné de photographie, il a exposé notamment une partie de ses œuvres au magasin Nikita de Reykjavik. Son frère Oliver vit du côté de Dalvik, dans la fabuleuse péninsule des Trolls, et est un des rares à surfer toute l’année la côte nord de l’île, quand il ne travaille pas comme guide de montagne pour Arctic Heli Skiing.
Ces quelques Islandais, par l’énergie qu’ils déploient, par leur passion du snowboard et du surf dans ces paysages hors du commun, par leur émerveillement sans cesse renouvelé, sont bien à l’image de leur île si particulière, où l’eau et le feu ont créé un paysage hostile et sublime. Les contours de l’Islande se transforment en permanence, l’île étant un point chaud du globe sur laquelle plus de 130 volcans actifs sont disséminés. La géothermie permet en effet aux habitants d’être totalement auto-suffisants en énergie et a développé dans le pays une conscience écologique très affûtée. Mais pourtant, même là-bas, des débats très houleux ont eu lieu ces dernières années par rapport à l’implantation d’une usine d’aluminium dans les fjörds de l’est. Le géant américain Alcoa a décidé de construire un immense complexe, qui a nécessité l’inondation de dizaines de kilomètres carrés de terres sauvages et la modification du cours du fleuve Jökulsa. Promesses d’emplois contre préservation d’une nature encore sauvage et fragile, le dilemme se pose même là-bas… L’Islande fait encore figure de joyau brut de la nature… mais très convoité.

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