PANDORA DECOSTER
en vogue
Texte et photo par Stéphane Robin

Née à deux pas du berceau du surf européen, Pandora aurait pu se contenter de son petit paradis sans faire de bruit. Au lieu de ça, elle montre la voie en se lançant à fond dans l’art, le surf et les voyages.
Surf héritage
Avec un grand-père illustre collectionneur de surf art et une mère peintre, difficile de ne pas passer pour “ la fille de ”. Pourtant Pandora s’affranchit de son héritage avec une maturité déconcertante. A 19 ans, elle crève déjà l’écran à coups de noses et de pinceaux… Intuitive et solitaire, elle touche à tout. Peinture, photo, vidéo, rien ne l’arrête. Comme elle a toujours été entourée par des œuvres en tous genres, son œil s’est fait presque naturellement. En plus de l’exposition de ses toiles, elle a présenté son premier film l’été dernier à Biarritz, L’apéritif, une réflexion sur la nécessité de faire des films de surf, ou pas. C’est dire si l’on dépasse largement le scénario classique narcissique de mise dans la plupart des vidéos. Humour, décalage et travail de l’image sont les maîtres mots de son expérimentation. Le surf dont elle parle lui ressemble, sans leash, stylé et tout en couleurs. Résidente de la Côte des Basques, elle préfère le longboard classique au surf moderne, les courbes fondues plutôt qu’agressives, les petites vagues et la bonne humeur. Un cocktail un peu troublé par l’affluence estivale qui la rend un peu nerveuse. Un rien irrévérente, elle voudrait que le surf soit comme le patin à glace. Un spectacle que tout le monde n’aurait pas forcément envie de reproduire soi-même.
“ Ça limiterait la foule dans l’eau. Aujourd’hui il y a tellement de débutants que c’est devenu super dangereux ”. Mais c’est sans compter avec la force charismatique du sport le plus cool de tous les temps. Comme les spectateurs du Roxy Jam, elle a rêvé devant le style des Californiennes qui viennent chaque année à Biarritz. Sa chance à elle, c’est d’être rapidement passée de l’autre côté du miroir. Elle côtoie désormais l’éclectique Kassia Meador, dont elle emboîte allègrement le pas.
I love California
Pas étonnant ! Surtout lorsqu’il s’agit d’un premier voyage. Difficile ne pas s’attacher à la terre promise du surf. En 2010, elle y aura passé trois mois à vadrouiller d’un point break à un autre, d’une maison à une autre. Son projet artistique était double. Faire le portrait de tous les gens qu’elle rencontrait, ainsi que documenter tout avec un film en collaboration avec une réalisatrice canadienne. “ Je préférais peindre les visages plutôt que de les photographier, ça correspondait plus à la vraie vision que je voulais donner de ces personnes ”. Contrairement aux peintures, le film lui ne verra sans doute jamais le jour. Mais peu importe. C’est surtout la vitalité de la culture surf qui l’a impressionnée. “ Là-bas, à 18 ans ils ont tous un studio. Il y a des expositions d’art partout. Ce n’est pas comme en France où personne ne se bouge. Quand j’étais petite j’étais fan de Kassia Meador, mais c’est pas pour ça que je me suis sentie obligée de faire du surf art. Le surf art c’est très vaste. ça peut très bien être un trait bleu sur une page blanche. Avec l’enfance que j’ai eue et les gens qui m’ont entourée, je crois que ça m’a enlevé toutes les barrières du normal. En Californie j’ai eu ce sentiment de liberté. Et puis même s’il y a du monde dans l’eau, il y a des spots partout, et Rincon n’est pas plus peuplée que la Côte des Basques ”. Mis à part la Californie où elle compte bien retourner, Pandora a besoin de se retrouver dans la nature. Elle rêve d’Amérique du Sud qu’elle aura peut être la chance de découvrir un jour avec le team Roxy. “ J’ai hâte de surfer les longs point breaks là-bas. Mais j’ai aussi envie d’aller dans les montagnes, de me retrouver seule. De manger les fruits que je trouverai dans les arbres. Quand je pense au Pérou j’ai la vision d’une vieille dame qui marche pendant des heures pour arriver à son village. J’ai vraiment envie de découvrir les grands espaces, de vivre un style de vie plus proche de la nature, j’ai toujours vécu dans une ville depuis que je suis petite, et je trouvais ça normal ”. En attendant Pandora profite du printemps pour sillonner la côte Est de l’Australie au volant d’un vieux van, un vagabondage avec quelques copines entre Noosa et Byron Bay.
Wetsuit style et yoga
“ Mon rêve serait de faire des combinaisons de surf pour filles. J’ai déjà dessiné plein de modèles. C’est vrai, quand on passe la moitié de son temps dans l’eau, on aimerait pouvoir changer un peu de tenue ! ”. Un point de vue qu’elle développe avec une imagination débordante. “ Pourquoi n’aurait-on pas une garde-robe de combinaisons ? Dernièrement j’ai essayé de surfer avec une combinaison jupe. C’était plutôt pas mal même si je pense qu’il faudrait garder un collant en néoprène en-dessous de la jupe, la mienne ayant tendance à remonter un peu trop. Il y a plein de trucs à faire au niveau des manches aussi ”. On l’imagine bien créer une ligne de wetsuit girly complètement irrésistible. “ J’ai la chance de pouvoir faire plein de choses avec Roxy. C’est presque en train de devenir un travail. Cet été je n’ai pas eu beaucoup de temps pour moi. D’habitude c’est plus calme, j’ai beaucoup plus de temps pour surfer, pour peindre. En 2010, c’est passé très vite. J’ai eu énormément de choses à préparer. J’adore ça mais c’est devenu assez intense ! ”. Une collaboration qui n’est pas prête de s’arrêter, Pandora risquant d’être très sollicitée pour préparer l’anniversaire de la marque qui fêtera ses vingt ans l’an prochain. Heureusement il lui reste le yoga pour se détendre avant ou après le surf. Une pratique qu’elle a découverte presque par hasard le dernier jour d’un voyage au Costa Rica. Bénéficiant d’un cours particulier elle a étonné sa prof par ses prédispositions naturelles. Elle arrivait à faire des postures que certaines personnes mettent des dizaines d’années à réussir. “ J’ai ressenti un truc pendant ce cours, j’ai repoussé les limites de mon corps pour la première fois. En rentrant je me suis inscrite à des cours. Le yoga m’aide à m’aimer moi-même. Il a sauvé mon dos et au niveau spirituel ça me permet de me poser ”.








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