Quoi de neuf à l’Est ?
Par Yves Blanc | Photos : Shutterstock

Qu’est-ce qui a justifié la suspension du trafic aérien, pendant 90 minutes, dans un aéroport du fin fond de la Russie, par une belle nuit d’hiver, dans la steppe de l’Altaï ?
21 janvier 2001, aéroport de Barnaoul, Sibérie méridionale, 20h20 (heure locale). Le soleil vient de se coucher quand apparaît dans l’axe de la piste une sphère multicolore, parfois rouge, parfois verte. La couleur du halo qui l’entoure évolue dans la gamme de l’arc-en-ciel. Les contrôleurs de l’aéroport observent avec stupeur cette lueur incompréhensible. Plusieurs membres du personnel au sol scrutent le phénomène aux jumelles. L’avion-cargo qui s’apprête à décoller, un quadriréacteur Ilyoushine, est contacté par la tour de contrôle qui lui demande de suspendre la procédure de décollage en raison de la présence d’un phénomène lumineux en vol stationnaire dans l’axe de la piste.
40 minutes plus tard, alors que l’avion est toujours cloué au sol, le commandant du vol, Vladimir Bouzouk, accompagné de deux personnes, décide de vérifier la nature du phénomène. Il file en voiture vers le bout de la piste. « C’était un objet lumineux de grande taille, placé à 15 degrés au-dessus de l’horizon, nettement plus gros qu’une étoile, mais plus petit que la lune », témoigne le commandant. Les trois hommes perçoivent un mouvement de l’objet dans le plan vertical : une oscillation toutes les deux secondes. Ils déduisent de sa position qu’il ne peut s’agir d’une étoile. Le commandant Bouzouk est nerveux car l’objet lumineux est précisément dans l’axe de décollage, 10 ou 15 km après le bout de la piste. Personne ne comprend rien, et le décollage de l’Ilyoushine est à nouveau retardé de 30 minutes.
Après 30 à 40 minutes de vol stationnaire, le phénomène lumineux se met soudain en mouvement, d’abord lentement, de 15 à 20 degrés vers le nord, à la verticale du cimetière de Mikailovka, puis de 30 à 40 degrés vers la petite ville de Pavlovsk. L’objet céleste disparaît finalement une heure et demie après son apparition. Il est 21h45.
Les militaires sont incapables de donner la moindre explication. Quant aux radars civils de l’aéroport de Barnaoul, ils n’ont rien détecté. Le trafic de l’aéroport reprend finalement une heure après la disparition de l’étrange boule lumineuse. Au sein du personnel technique de l’aéroport, personne n’explique le phénomène, encore moins sa nature.
Fukushima a réveillé le spectre de Tchernobyl. En Ukraine, un quart de siècle après le désastre, c’est loin, mais vraiment très loin d’être fini. Et au Japon, malgré le silence qui enveloppe déjà la centrale éventrée, ça risque d’être bien pire qu’à Tchernobyl.
La zone la plus irradiée autour de Tchernobyl s’étend sur 200’000 km2, sur une partie de l’Ukraine, de la Biélorussie et de la Russie. 600’000 liquidateurs ont eu beau se sacrifier ici, ces régions sont toujours lourdement contaminées. Et vous savez combien de gens vivent là, aujourd’hui ? 8 à 9 millions d’individus ! Beaucoup sont sévèrement malades, d’autres le seront prochainement, certains cancers mettant 40 ans à se déclarer. Plus de 90 % des enfants qui naissent dans ces régions ont des malformations, et, souvent, en cumulent plusieurs. Un type qui travaille sur place m’a raconté que, la nuit, des lueurs s’échappent du réacteur éventré…
Alors que les informations en provenance de Fukushima sont – déjà – de plus en plus rares et, de toute façon, toujours aussi peu fiables (l’opacité est l’une des spécificités de la filière nucléaire), on continue à s’interroger sur les effets sanitaires de Tchernobyl, encore mal connus, un quart de siècle plus tard. Il faut dire que, grâce au lobby atomique, les chiffres varient du tout au tout selon les sources. Par exemple, quelle est la quantité de matière radioactive toujours plus ou moins emprisonnée sous le sarcophage qui fuit de toute part ? Impossible à dire. La part des combustibles radioactifs éjectés dans l’atmosphère lors de l’explosion de 1986 est estimée, tenez-vous bien, entre 5 et 95 % !
Quant au nombre de victimes de Tchernobyl, ce serait quand même intéressant de le connaître, non ? Mais, là aussi, les chiffres divergent en fonction de leur lien avec le lobby nucléaire. Selon le comité scientifique de l’ONU, fâcheusement proche de l’AIEA (l’Agence internationale de l’énergie atomique), la catastrophe de Tchernobyl aurait fait… 62 morts. Il y en aurait eu 200’000 selon Greenpeace. D’autres sources évoquent le chiffre impressionnant de 9 millions de victimes, morts, malades et suicides confondus. C’est ce qu’explique notamment Corinne Lepage, ex-ministre de l’environnement française. Lors des cérémonies officielles du 25e anniversaire du désastre, qui se sont déroulées ce printemps, le président ukrainien Viktor Ianoukovtch a eu ces mots : « Nous commémorons une date tragique. 25 ans ont passé, et nous avons compris que les accidents nucléaires ont des conséquences immenses pour la population ».
Pourtant, à Tchernobyl comme à Fukushima, les plus mauvaises surprises restent à venir. Pour plusieurs raisons. D’une part, on découvre de nouvelles maladies insoupçonnées, conséquentes aux irradiations, notamment en termes neurobiologiques. D’autre part, l’attention de tous, focalisée sur l’hypothétique nouveau sarcophage, a éclipsé un autre problème, autrement plus grave selon les experts : les combustibles usés des trois autres réacteurs de Tchernobyl, arrêtés depuis l’an 2000, sont stockés dans des piscines, pleines à ras bord. Leur dangerosité est vingt fois supérieure à celle de l’accident d’avril 1986, explique Vladimir Tchouprov de Greenpeace Russie. C’est qu’on ne sait toujours pas fermer une centrale.
Pensons-y quand les rois du profit nous expliquent qu’il est impossible de sortir de l’atome. Ceux qui nous l’affirment sont ceux qui en profitent le plus. Le nucléaire, soit on en sort, très vite et définitivement, soit on va tous y rester. Si vous voulez que vos enfants aient un futur, il faut un moratoire planétaire sur le nucléaire. Le plus vite possible.
La Planète Bleue samedi à 18h00 et dimanche à midi sur Couleur 3, en podcast gratuit sur iTunes et sur son site internet.
L’émission d’Yves Blanc ‘La Planete Bleue’ sur Couleur 3 a été élue « meilleure émission suisse de radio » lors de l’International Radio Festival on Air. Nos Félicitations…







