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TWE12VE

le freestyle sans compromis
Un regard porté par Patrick Armbruster, co-fondateur d’Absinthe Productions, par Corinne Tâche-Berther
Photos: Romain Demarchi – fs7 – Bettmeralp (CH) © Jérôme Tanon /
Bode Merrill – Miller Flip – Mt. Baker (USA) © Scott Serfas

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Pour lui, les choses ont toujours été claires. Patrick Armbruster, alias Brusti, photographe et cinéaste zurichois, est déjà l’auteur de 12 films avec Justin Hoystnek, co-fondateur américano-suisse de sa société de production Absinthe. Chaque année, il célèbre l‘art du snowboard en le présentant sous son angle le plus prestigieux et en s’entourant des meilleurs riders du monde. Le dernier en date s’intitule Twe12ve.

Quel est pour toi l’événement le plus important en snowboard?
Shaun White a révolutionné la pratique du snowboard en pipe. Le personnage inspire parfois des sentiments mitigés, mais il faut lui reconnaître le fait d’avoir su élever le snowboard à un rang nouveau et de l’avoir rendu encore plus passionnant et attrayant. Il a ouvert la voie aux autres et montré comment y arriver.

Dans la pratique urbaine, comme on le voit très bien dans Twe12ve, les gars de Salt Lake City mettent la barre toujours plus haut. Dan Brisse et Bode Merrill nous en mettent plein la vue, leurs parts sont hallucinantes. Comme la neige tombe souvent assez tôt et en grande quantité à Salt Lake City, c’est un lieu idéal pour les expéditions urbaines. Avec leurs yeux aiguisés, ils arrive à voir des possibilités partout. D’année en année, les progrès réalisés sont épatants.

D’une manière générale, les riders ont gagné en niveau et en constance et surtout, ils sont plus à l’aise en back-country. Les tricks qu’ils faisaient avant dans les parcs, ils les font maintenant dans la poudreuse et on voit que l’influence du skate est de plus en plus présente. Les gars mélangent des jibs de piste avec des tricks de freestyle ! Les distances et les rotations n’ont évolué qu’en partie, mais côté créativité et confiance, ça progresse. Parfois, on voit aussi des combos fabuleux dignes de jeux vidéo. Ce qui se passe en back-country est vraiment très impressionnant. Même si on repasse aux mêmes endroits chaque année, on n’a jamais l’impression de voir les mêmes spots ni les mêmes tricks. Impossible de s’ennuyer ! L’avantage du skate, c’est que les spots ont toujours exactement les mêmes caractéristiques, tant qu’ils existent, en snowboard, par contre, c’est une contrainte. On passe déjà un certain temps pour dénicher un site et commencer à travailler. Du coup, on n’a que des chances très limitées de mettre en boîte les meilleurs tricks. Il faut parfois jusqu’à 7 ou 8 tentatives avant qu’il ne rentre. Mais c’est aussi pour cela que filmer est passionnant. Il faut se battre avec la nature et contre les éléments, en étant totalement dépendant des conditions météo et de l’enneigement, mais au final on partage sa plus grande satisfaction avec toute l’équipe, après avoir effectué des repérages, modelé la neige, fait des essais, subi les nuages et les aléas interminables du temps, pour qu’enfin il en reste une trace sur la pellicule.

Quels sont les moments forts de Twe12ve?
À tous les niveaux, c’est l’homme qui est sur l’affiche : Bode Merrill ! Ses deux parts sont béton et illustrent les plus grosses difficultés, aussi bien en riding urbain qu’en back-country. À ma connaissance, c’est le premier à effectuer deux parties complètes en back-country et en ville dans le même film. En ville, par exemple, il fait un petit gap sur un transformateur, slide, puis drop-down. Son style est fortement imprégné de skate. Il nous fait des handplants sur des ponts d’autoroute et tout un tas d’autres tricks improbables. Pour le back-country, c’était sa deuxième virée dans les montagnes d’Alaska et là encore, il a dominé avec ses manœuvres très skateboardiennes. Dans la même séquence, il enchaîne un drop sur la colline, un handplant sur une congère et un 360 one-foot.

Un autre temps fort, bien sûr, c’est la part de Nico Müller. On ne s’en lasse pas. Cette année, on a tourné ensemble en Turquie et c’est un atout supplémentaire pour le film.
Johnny Paxson est venu pour la première fois et son “bout d’essai” mérite vraiment le détour, même si on aurait aimé l’avoir plus longtemps avec nous. Avec son emploi du temps de mannequin (ndlr : pour la nouvelle campagne publicitaire de Ralph Lauren), ce n’était pas évident pour lui de rester longtemps au même endroit. En tout cas, son style est toujours aussi méchant, avec son tailgrab d’extraterrestre. En ce moment, il nous accompagne sur la tournée de promotion du film. Difficile de souhaiter mieux. On a aussi Lucas Debari qui est venu de Mont Baker et Dan Brisse, qui a gagné le prix vidéo XGames entre janvier et octobre. Un extrait vidéo d’une minute a été projeté en direct pendant les XGames. Rien que pour ça, Brisse a touché 50 000 dollars. Bien sûr, ces séquences sont aussi visibles dans le film.
Le Suisse Mat Schär a participé pour la première fois, il a été super. Dommage que Jules Reymond n’ait pas pu nous rejoindre cette année. Quant à Gigi Rüf, il n’y a quasiment rien à dire, à part qu’on a réalisé des prises géniales de lui. Il suffit de mettre Gigi et Nico sur la neige, de faire tourner la caméra et on est sûr d’avoir du bon matos !

twe12ve_07_ptQue signifie le freestyle pour toi?
Vivre. Avoir la liberté de faire ce que je veux, aussi bien sur le plan privé que professionnel. Mais c’est une liberté qui coûte cher et qui exige de travailler plus, avec davantage de stress, parce que les engagements sont nombreux et impliquent beaucoup de responsabilités. Ce n’est pas le genre de travail où on rentre chez soi à cinq heures du soir. Pour vivre le freestyle en suivant ses propres valeurs et ses propres règles, il faut donner de son temps, mais on vit d’autant plus intensément.

Avec quelles caméras travailles-tu?
Toujours en 16 mm, j’y reste fidèle. Depuis quelques années, on utilise le Super16 pour pouvoir basculer en 16/9ème. Ce qui est bien, c’est qu’on peut toujours faire une renumérisation au dernier format. Celui qui prime aujourd’hui, c’est la HD (1920 x 1080). Dans quelques années, lorsque la résolution aura encore augmenté, les images numériques nous paraîtront vieilles. Nous, il nous suffit d’archiver les images pour ensuite les rescanner au format le plus récent. La profondeur de couleur des films, elle aussi, augmente sans arrêt. C’est un avantage dans la neige, où l’éclairage est souvent très brut. Les blancs ne sont alors plus aussi blancs que sur les machines numériques et on distingue nettement les nuances de gris et de blanc. Les trois quarts d’entre nous utilisent encore l’argentique. À Salt Lake, lorsqu’on a filmé en ville ou sur les routes de nuit, on a travaillé en numérique. Ça présente aussi des avantages, car sinon, les centaines de prises et de repérages reviendraient trop cher. Avec le numérique, les prises nocturnes sont d’une qualité très proche de la pellicule classique.

Dès l’année dernière, le film a été transposé en Blu-Ray, seul support de stockage à prendre en charge les films HD, y compris sur iTunes, également en HD.
Cette année, nous lançons un appel à tous les fans de films de snowboard : pour continuer à voir de bons films, vous pouvez télécharger Twe12ve sur iTunes dès le 27 septembre, pour une fraction du coût d’un DVD. À ce prix-là, tout le monde peut même se permettre de le visionner en HD !

Qu’est-ce qui te motive tous les ans à faire un nouveau film, en repartant à chaque fois de zéro?
Les raisons ont un peu évolué par rapport à mes débuts. Ce qui avait commencé dans l’enthousiasme et l’euphorie il y a douze ans s’est calmé au fil du temps pour devenir une entreprise plus sobre. Bien sûr, la montagne, la neige et les voyages restent mes passions, mais ce qui me motive, c’est trouver le juste équilibre entre l’esprit de départ et un bon sens des affaires. Bien que d’un côté j’aie envie de refaire quelque chose et de le réussir encore mieux, j’aime aussi rester fidèle à l’équipe, aux riders et aux cadreurs qui travaillent pour nous. Parfois, je remet tout en question, mais dès qu’on se retrouve ensemble sur la tournée, dans des villes et des pays différents tous les jours et que les gens se déplacent pour aller voir nos films en salles, on en retire une immense satisfaction. L’équipe a changé au cours des années, mais le noyau dur est resté. Gigi, Nicolas, JP, Wolle et Romain sont des membres de la famille. Ils font quasiment partie de l’aventure depuis le tout début !

Quel est ton meilleur souvenir de freestyle à titre personnel?
Le jour qui me revient tout de suite à l’esprit, c’est le dernier après-midi de tournage de Futureproof, lorsqu’on a travaillé avec l’hélico. C’était la dernière journée de l’hiver 2005, après cinq semaines en Alaska. On a trouvé un saut extrêmement balèze et on s’est préparés à tourner. On n’était pas certains que ça fonctionnerait, mais si c’était le cas, nous savions que ce serait ultime ! C’était un gap en step-over. Il faisait beau, il n’y avait aucun vent, tout était calme et la neige était fraîche… L’un de ces jours bénis sans l’ombre d’un nuage. Justin, David Vladyka et moi avons fait des prises sous trois angles de Gigi et de Kurt Wastel. Chaque nouvelle prise était encore meilleure que la précédente ! Les jours où tout se passe vraiment bien, on les compte sur les doigts d’une main. Pour ça, il a fallu bourlinguer tout l’hiver. C’était de la pure magie. Et une façon idéale de boucler la saison !

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